Covid-19 : l'acceptabilité sociale, cette notion "très difficile à appréhender"

Les manifestations contre les restrictions sanitaires se multiplient en France et en Europe. Le signe que ces mesures sont de moins en moins acceptées.

INTERVIEW - De nouvelles restrictions sanitaires devraient être annoncées ce mercredi par Emmanuel Macron dans un contexte où la situation sanitaire française continue de se dégrader. La marge de manœuvre de l'exécutif semble toutefois minime, du fait notamment d'une acceptabilité sociale de plus en plus incertaine. Corinne Gendron, juriste et sociologue au Québec nous aide à y voir plus clair.

Depuis près d'un an, la France subit les vagues épidémiques successives du Covid-19. Pour faire face à cette pandémie, le gouvernement français opte pour une politique de "stop and go". À l'heure où les hôpitaux font de nouveau face au spectre de la saturation, le gouvernement devrait annoncer un nouveau tour de vis. 

Pour autant, sa marge de manœuvre semble diminuer au fil des semaines, d'autant plus que l'exécutif dit prendre ses décisions en considérant des indicateurs lui permettant d'évaluer "l'acceptabilité sociale". On parle de cette notion, qui s'invite à chaque fois que de nouvelles restrictions sont appliquées, avec Corinne Gendron, sociologue, juriste et professeure au département de Stratégie, Responsabilité sociale et environnementale de l’ESG UQAM.

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L'acceptabilité sociale est un terme complexe. Sur quels critères s'appuie-t-elle ? 

Tout d'abord, elle repose sur la crédibilité de la personne qui prend des décisions ou propose un projet. Souvent, les gens font une économie de l'analyse poussée de la décision. Donc leur avis sur la personne, le groupe ou l’instance qui en est à l'origine constitue une grande part de leur jugement final. Parallèlement, l'acceptabilité sociale peut aussi être largement influencée par le contexte. Cela signifie qu'une décision sera plus à même de susciter de l'adhésion si la population considère qu'il s'agit du meilleur choix possible à l'instant T. Il ne s'agit pas seulement d'"être d’accord ou non" mais plutôt d'évaluer l’opportunité d’une action par rapport à toutes celles qui pourraient être effectuées. En substance, on peut dire que l'acceptabilité sociale renvoie à l'assentiment de la population à un projet, ou à une décision, que la population juge supérieure aux alternatives connues, y compris le statu quo. 

Peut-elle être évaluée, mesurée ?

Difficilement tant elle est très difficile à appréhender. De toute façon, ce ne serait pas très bon, une décision pouvant être ponctuelle. L’acceptabilité sociale change extrêmement rapidement. Il s’agit en plus d’un phénomène collectif, très ancré dans les relations. Par exemple, une personne sans aucun jugement sur une problématique précise peut manifester une pensée bien plus tranchée après en avoir discuté avec quelqu’un. L’acceptabilité, plus qu’une question de valeurs, est aussi très liée au réseau social des individus. Pour évaluer le potentiel d’acceptabilité sociale, il vaut mieux se tourner vers les leaders d’opinion, regarder comment ils envisagent la chose. Cette méthode est beaucoup plus efficace qu’un sondage, quoique plus difficile, car il faut être capable d’identifier les leaders d’opinion. Ces personnes peuvent aisément faire basculer l’opinion publique dans un sens comme dans l'autre. In fine, plus que quantifier l’acceptabilité, on peut la constater, via les manifestations notamment. 

La transparence et la pédagogie peuvent-elles permettre d'avoir une meilleure acceptabilité sociale ? 

Oui, incontestablement. Il va de soi que plus le processus décisionnel est transparent, rigoureux ou attendu, plus cela peut déboucher sur une acceptabilité accrue. Et donc sur une bonne acceptabilité. Même constat pour la pédagogie, à condition qu’elle ne soit pas condescendante. Une pédagogie inclusive contribue ainsi largement à une forte acceptabilité sociale.

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Au contraire, certains reprochent au gouvernement sa théâtralisation, le fait qu'il contribue à la création d'un vrai-faux suspense. Cela renforce-t-il de l'inacceptabilité sociale ? 

Il est relativement difficile de faire un lien entre ce dont vous parlez et l'intensité de l'acceptabilité. Il s’agit plutôt d’un aspect politique, voire d'une question de perception. À partir du moment où les gens interprètent une action (ou une inaction) comme une mise en scène, la crédibilité de la personne qui en est à l'origine est moindre. En l'occurrence, ces impressions sont une manifestation du peu de crédibilité accordée aux décideurs politiques.

Que se passe-t-il lorsque l'on franchit le seuil de l'inacceptabilité ? 

Toute potentielle inacceptabilité sociale est mauvaise. Néanmoins, elle devient d'autant plus problématique lorsqu’il s’agit de mesures sanitaires car elle peut les miner. Les mesure de santé publique ont besoin de l’adhésion de la population pour fonctionner. On ne peut pas seulement les imposer ni mettre des policiers devant chaque porte. Ce constat devient encore plus important lorsque l'on considère que les restrictions devront être, à un moment donné, levées. Or, plus ces dernières durent, moins elles sont susceptibles d'être acceptées alors qu'elles devraient, pour être efficaces, emporter une forte adhésion. Ce paradoxe devient encore plus problématique au fil du temps. De même, l'acceptabilité sociale est particulièrement cruciale en matière de vaccination puisqu'elle ne peut, généralement, pas être rendue obligatoire. À ce titre tout ce qu’il s’est passé autour d’Astra Zeneca est particulièrement dramatique. 

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