Covid-19 : "l'herbe à pic", la plante traditionnelle guadeloupéenne qui suscite l'espoir

Covid-19 : "l'herbe à pic", la plante traditionnelle guadeloupéenne qui suscite l'espoir

OR VERT - Tous les regards se tournent vers la Guadeloupe, où une plante médicinale bien connue localement, l'herbe à pic, pourrait jouer un rôle bénéfique contre le coronavirus. Le gouvernement a même été interpellé à l'Assemblée pour pousser les investigations.

En Guadeloupe et en Martinique, les pharmacies sont en rupture de stock. Les flacons de Virapic se sont arrachés depuis que le Dr Henry Joseph a annoncé que son principe actif pourrait prémunir contre le coronavirus. Ce scientifique est le concepteur de ce sirop bien connu aux Antilles, extrait d'une plante traditionnelle guadeloupéenne, l'herbe à pic ou zèb a pik en créole. Selon l'annonce qu'il a faite la semaine dernière, l'herbe à pic pourrait inhiber "la réplication de tous les virus à ARN", dont le coronavirus et ses variants.

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Contre les rhumes, les coups de froid ou la grippe, les Antillais ont régulièrement recours au Virapic, réputé pour prévenir la maladie ou aider à la surmonter. Mais cette fois, ils se sont rués sur les pharmacies. A Pointe-à-Pitre, Françoise Berthelot confirme à LCI avoir été dévalisée. "C'est allé très vite, puisque beaucoup de clients en achetaient plusieurs, jusqu'à des gens qui les achetaient par vingt"

Cette pharmacienne du centre-ville se souvient que l'année dernière, au début de l'épidémie, un premier "rush" avait eu lieu, sans qu'aucune communication n'ait été effectuée. "Localement, c'est considéré comme un produit qui marche. C'est un antiviral, et en Guadeloupe on a eu le Zika, le Chikungunya, et la dengue réapparaît cycliquement. Et le Virapic fonctionne plutôt bien sur ces pathologies. Ce qui fait qu'on le prend assez régulièrement".

Une recette ancestrale

Le sirop Virapic, très populaire en Guadeloupe et jusqu'en Martinique, est en fait l'adaptation d'une recette ancestrale. "A la campagne", explique Françoise Berthelot, "beaucoup en ont chez eux et le préparent eux-mêmes, traditionnellement, avec une macération dans l'alcool. Les personnes âgées ont cette culture-là. Mais le Virapic est déjà amer, la version fait-maison est terrible !".

De fait, en Guadeloupe, l'herbe à pic pousse un peu partout. Selon Ronald Barrière, habitant des Abymes, "ces derniers jours, tout le monde regarde s'il en a chez lui ou dans les alentours". "Ça pousse même le long des chemins, mais en ce moment, il vaut mieux en avoir dans son jardin", précise-t-il. Sa famille a sa propre recette pour chasser l'amertume naturelle de l'herbe à pic. "Chez nous c'est ma tante qui le fait, elle m'en a toujours préparé", poursuit cet ingénieur du son, "elle ajoute de la vanille pour rendre le sirop un peu meilleur". La tante de Ronald est désormais mobilisée pour transmettre sa recette aux proches, plus jeunes, qui désormais s'activent à préparer leurs propres décoctions.

Le fondateur du laboratoire Phytobokaz, et concepteur du sirop Virapic, est un spécialiste de la pharmacopée traditionnelle guadeloupéenne. Depuis des années, le docteur Henry Joseph étudie les principes actifs des plantes que les anciens utilisaient selon un savoir transmis oralement. 

Henry Joseph était déjà convaincu de son action face à d'autres virus à ARN, comme la dengue ou le chikungunya, c'est ce qui l'avait poussé à commercialiser le sirop Virapic. Le scientifique s'est associé avec le chimiste Damien Bissessar, qui a étudié les molécules de l'herbe à pic, dans les locaux du CNRS de Montpellier.

Interrogé par les médias locaux, ce jeune chercheur a indiqué que "chimiquement, la molécule" d'herbe à pic testée a permis de montrer qu'elle a une action "inhibitrice sur l'enzyme DHODH qui permet la réplication des virus à ARN". Damien Bissessar maintient cependant une réserve : "Il faudra mener des essais cliniques".

C'est en ce sens que le député de Guyane Gabriel Serville (GDR), a posé une question à la ministre de la Recherche, Frédérique Vidal, lors des questions à l'assemblée ce mardi. Il a rappelé, en substance, que la défiance de principe à l'égard des Outre-mer ne devrait pas empêcher de considérer l'hypothèse d'une percée scientifique venue de Guadeloupe. Contacté par LCI, il met en avant "la pharmacopée traditionnelle très forte dans en Guyane ou aux Antilles". Il salue le travail du laboratoire Phytobokaz, et interroge : "Est-ce qu'on ne pourrait pas permettre à ces entités des Outre-mer de bénéficier de l'attention qu'elles sont en droit d'attendre ? Au fur et à mesure du temps qui passe, les certitudes sur le coronavirus s'ébranlent, pourquoi fermer des portes qui semblent prometteuses ? "

 

La réponse de la ministre fut "ouverte", mais sans perspective quant à la suite concrète qui serait donnée à la piste de l'herbe à pic. Notant que cette plante traditionnelle est "prometteuse", Frédérique Vidal a jugé qu'"il est encore trop tôt pour en dresser le bilan". La ministre met aussi en garde contre "l'engouement" que suscite la plante. Le risque étant de se croire protégé à tort, et de négliger les gestes barrières. 

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Pour la pharmacienne de Pointe-à-Pitre, un tel relâchement est improbable. La découverte annoncée par Phytobokaz rend fiers les Guadeloupéens, mais l'usage habituel du Virapic n'est pas exclusif. Et surtout, localement, tout le monde sait que le CHU de l’île a subi un incendie en 2017, qui l'a laissé dans un état catastrophique. Ici, "les gens ont une conscience immédiate" du risque de saturation de l'hôpital, explique-t-elle. Si elle n'exagère pas l'adhésion de la population aux gestes barrières, ce qu'elle observe à Pointe-à-Pitre, "où se croisent toutes les populations de l'île", lui semble tout de même sérieux. "A la pharmacie, si quelqu'un entre sans le masque", raconte-t-elle, "les autres lui font les gros yeux, et c'est une méthode très efficace"

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