Covid-19 : cette combinaison quasi-intégrale, vendue 300 euros, est-elle viable ?

La BioVyzr, cette nouvelle combinaison intégrale qui prétend être une "révolution" dans la lutte contre le Covid-19

PROTECTION - Depuis quelques jours, une nouvelle sorte d'équipement, la BioVYZR, fait son apparition sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok. Si son créateur vante une "révolution" dans la lutte contre le Covid-19 qu'en est-il réellement ?

Il est à mi-chemin entre la populaire visière et la combinaison d'un astronaute. Tout droit sorti d'un film de science-fiction, un nouvel "équipement de protection individuelle" s'invite sur les réseaux sociaux. Et notamment sur TikTok, où la vidéo de présentation de ce "BioVYZR", partagée ce vendredi 23 octobre, a cumulé plus de 5 millions de vues en quatre jours, et a été partagée plus de 99.700 fois. Si l'accoutrement, ergonomique et futuriste, fascine, il en inquiète d'autres. Alors est-ce qu'on en est "vraiment arrivés là", pour reprendre les termes d'un internaute sur Facebook ? 

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Un "équipement de protection individuelle" auto-proclamé

Sur son site, l'entreprise canadienne à l'origine de cette technologie, vante une "révolution de l'EPI". Elle est supposée répondre à un paradoxe. On mène une "guerre" contre le Covid-19 avec une "armure qui n'a pas évolué depuis la grippe espagnole de 1918". Pour y répondre, l'entreprise a donc eu l'idée de cette bulle "anti-buée" et "pressurisée" aux airs d'habillage imperméable de poussette. Sa conception en plastique est en fait pensée pour garder une vue à 180 degrés. Doté de deux ventilateurs, qui ont une autonomie de huit heures, et deux filtres, l'appareil possède un système de purification d'air intégré à l'arrière qui "filtrerait les agents pathogènes, les allergènes et les polluants à 95%", selon ses créateurs. Disponible en ligne pour un achat en pré-commande, notamment pour l'Europe, il devrait être expédié à partir du 5 novembre. Prix de cette "révolution" décrite comme "abordable et accessible à tous" ? 320 euros. Auxquels il faut ajouter les 24 euros pour cinq paires de filtres. Chaque filtre serait efficace 60 heures, toujours selon le site. En le portant en continu pendant 12 heures, un paquet de 10 filtres durera donc "25 jours."

Si cette bulle peut avoir l'air d'être la nouvelle technologie qui nous rendra la "vie d'avant", elle a plusieurs limites. Notamment les lieux où on pourra l'utiliser. Tandis que le site la préconise, entre autres, dans les "transports publics", les "salles de classe", ou lors de voyages, les autorités en charge dans ces lieux ne sont pas forcément prêtes à accepter des usagers qui porteraient cette combinaison. Interrogé par le New York Times - qui a voulu tester l'efficacité de trois de ces technologies futuristes - l'une des premières acheteuses peut en témoigner. Immunodéprimée, elle a contacté la compagnie aérienne qui devait lui permettre de quitter la Floride pour rendre visite à sa fille à Toronto. Mais après "de multiples mails et appels téléphoniques avec Air Canada", la compagnie aérienne a refusé de la laisser le porter dans l'avion. 

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De plus, ce scaphandre nouvelle génération pèse tout de même 2,25 kg avec sa batterie, soit l'équivalent du poids d'un ordinateur portable. Enfin, auprès du quotidien américain, le chercheur Chenyu Sun, co-auteur d'une étude sur l'efficacité du masque, relève qu'il est important de garder à l'esprit qu'un masque doit "s'adapter au visage". Et si les soignants ont souvent des équipements N95 réalisés sur mesure, ce n'est pas le cas de celui-là. Il a en fait une approche universelle avec uniquement trois tailles différentes proposées à la vente.

"Aucune donnée" ne permet d'évaluer ses performances

Au-delà de ces obstacles d'ordre pratiques, il y en a encore un autre. Et de taille. Rien ne prouve que cet appareil est plus efficace qu'un simple masque en tissu. Ni qu'il est adapté au grand public. Interrogée par LCI, la Direction générale de la Santé (DGS) nous décrit en effet "une version plus ergonomique de ce que l'on nomme 'cagoule de fuite ou d'évacuation'". Elles sont généralement utilisées "pour la protection respiratoire des personnes lors d'évacuation en zones exposées à un agent chimique gazeux". Pas pour faire ses courses au supermarché. D'ailleurs, "retirer cet équipement seul, de manière sécurisée, parait difficile". Ce vêtement "très onéreux et à la disponibilité limité",  devrait également être "décontaminé avant nouvelle manipulation", relève la branche du ministère de la Santé. 

Auprès de LCI, la DGS relève également ne pas "disposer à ce jour des données permettant une évaluation des performances de ce dispositif". La France ne fait pas office d'exception. Le chercheur Peter Chin-Hong, spécialiste des maladies infectieuses à l'Université de Californie à San Francisco, explique auprès du New York Times qu'il n'existe à ce jour "absolument aucune documentation évaluée par des pairs ni aucun organisme de réglementation qui ait rigoureusement examiné ces données et qui les ait certifiées comme EPI pour les professionnels".  Raisons pour lesquelles, si les créateurs assurent que leur trouvaille est un nouvel équipement de protection individuel (EPI), rien ne permet en pratique de l'affirmer. Pour sortir des films de science-fiction et débarquer dans le métro et dans nos bureaux, le BioVYZR devra donc quoi qu'il en soit, être d'abord testé. 

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