Mix vaccinal "total" : sur quelles études le Canada s'est-il appuyé pour l'autoriser ?

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"MIX AND MATCH" - Tandis que la France autorise les personnes primo-vaccinées avec AstraZeneca à se rabattre, pour la deuxième dose, sur un vaccin à ARN messager, le Canada a pris une longueur d'avance en autorisant mardi le mélange des vaccins Pfizer-BioNTech et Moderna.

Le 9 avril dernier, la Haute Autorité de Santé (HAS) a autorisé l'injection d'une dose de vaccin à ARN messager pour les patients de moins de 55 ans ayant déjà reçu une dose d'AstraZeneca en raison de rares cas de thromboses (caillots sanguins) repérés en Europe. Mardi, le comité scientifique conseillant le gouvernement du Canada sur la vaccination a été plus loin. En plus d'autoriser un mix entre une première dose d'AstraZeneca et une deuxième dose de Pfizer ou Moderna, le comité consultatif national de l'immunisation (CCNI) a donné son feu vert à la possibilité de recevoir deux vaccins à ARN messager différents si le sérum injecté la première fois est indisponible.

Alors que l'hypothèse de la nécessité d'une troisième dose est de plus en plus évoquée, en plus d'un rappel du vaccin chaque année, pouvoir jongler entre les différents vaccins au gré de leur disponibilité semble pertinente. Mais que sait-on de l'efficacité et des effets de tels mélanges ? Sur quoi s'est basé le Canada, premier pays au monde à avoir donné son autorisation pour la vaccination des 12-17 ans, pour prendre cette décision ?

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Pour autoriser ces mélanges de vaccins, le CCNI s'est notamment appuyée sur une étude menée par l'Institut espagnol de la santé, dont les résultats ont été publiés le 18 mai. Ses auteurs ont analysé les données de 670 volontaires âgés de 18 à 59 ans qui avaient déjà reçu une première dose du vaccin AstraZeneca. Ces personnes ont ensuite été divisées en deux groupes : 441 ont reçu une deuxième dose du vaccin Pfizer et 232 n'ont pas reçu de deuxième dose. 

La comparaison des taux d'anticorps de ces deux groupes a montré une très bonne réponse immunitaire développée par la combinaison des deux vaccins : ceux qui avaient reçu une première injection d'AstraZeneca et une seconde de Pfizer ont vu leurs anticorps multipliés par 150 environ deux semaines après la seconde dose, par rapport au groupe qui n'a reçu qu'une dose.

Dans tous les cas de figures, ont indiqué les scientifiques, les effets secondaires légers étaient fréquents à l'endroit de l'injection (rougeur, douleur, etc.). Certains volontaires ont également rapporté des effets secondaires systémiques, dont les plus courants étaient les maux de tête (44 % des cas), les malaises (41%), les frissons (25%), les nausées légères (11%), la toux légère (7%) et la fièvre (2, 5%). Mais, précise l'étude, ces effets sont similaires à ceux identifiés lors de schéma de vaccination homologue, soit avec deux doses d'un même vaccin.

... mais des effets secondaires plus importants selon une étude anglaise

Une autre étude récente menée au Royaume-Uni, qui a également servi de base aux recommandations du CCNI, indique au contraire une possible augmentation du risque de réactions légères ou modérées telles que fatigue, maux de tête ou fièvre avec un mix des vaccins d'AstraZeneca et de Pfizer-BioNTech. Ces recherches, dont les résultats préliminaires ont été publiés le 12 mai, ont débuté en février dernier avec 830 participants âgés de plus de 50 ans. Ceux-ci ont été divisés en quatre groupes se faisant administrer deux doses de vaccin (uniquement Pfizer / uniquement AstraZeneca / AstraZeneca puis Pfizer / Pfizer puis AstraZeneca), avec un intervalle de quatre ou de douze semaines entre les doses.

Selon les premiers résultats de l’étude avec intervalle de quatre semaines, à laquelle 463 personnes ont participé, 10% des participants ont connu des effets secondaires après avoir reçu deux doses du vaccin AstraZeneca, contre 21% de ceux n'ayant reçu que du Pfizer-BioNTech. Par contre, lorsque les participants recevaient d’abord le vaccin AstraZeneca et ensuite le Pfizer-BioNTech, la proportion de personnes ressentant des effets secondaires grimpait à 34%. Elle augmentait encore plus, à 41%, lorsque le vaccin de Pfizer-BioNTech était suivi de l'AstraZeneca. Ces effets restaient néanmoins légers à modérés.

Les résultats portant sur l'immunité apportée par la vaccination mixte devraient être disponibles en juin pour les groupes ayant eu un intervalle de quatre semaines entre les deux doses. Les résultats de la vaccination espacée de 12 semaines sont de leur côté attendus dans courant de l’été, puisque la deuxième dose des participants a été administrée en mai. En avril, les chercheurs ont d'autre part élargi l'étude en proposant le vaccin Moderna ou Novavax après une première dose d'AstraZeneca ou de Pfizer. Les résultats préliminaires de ces recherches devraient être publiés, selon la BBC, "d'ici juin ou juillet".

Pfizer-Moderna : aucune étude mais des scientifiques confiants

À l'heure actuelle, aucune étude n'a porté sur le mix des deux vaccins à ARN messager autorisés, Pfizer et Moderna. Plusieurs chercheurs canadiens estiment cependant que cela est a priori sans danger. "Je n'ai aucune inquiétude quant au mélange et à l'appariement des deux vaccins, car je connais les composants du vaccin (…) Ils sont à peu près sur un pied d'égalité", déclare ainsi à Radio Canada Alyson Kelvin, virologue au Centre canadien de vaccinologie. "[Pfizer et Moderna] sont tellement interchangeables que je doute qu'il y ait une quelconque différence entre les deux (…) Leurs réponses immunitaires devraient être assez similaires" juge quant à lui Zain Chagla, médecin spécialiste des maladies infectieuses au St Joseph's Healthcare Hamilton.  

"Le fait qu'ils fonctionnent via un mécanisme similaire et aient une efficacité similaire permet de supposer qu'ils sont à peu près équivalents. Il s'agit certes d'une hypothèse, mais le risque de retarder encore plus la deuxième dose est considéré par beaucoup comme l'option la plus risquée", écrivait en avril l'épidémiologiste montréalais Christopher Labos dans La Gazette de Montréal, alors que le  gouvernement québécois avait envisagé un temps la substitution du vaccin Moderna par le vaccin Pfizer en raison de retards de livraison.

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Ce mercredi, l'Inserm a annoncé avoir lancé le 28 mai un essai sur le mélange des deux vaccins à ARN messager. 400 participants majeurs devant avoir déjà reçu une dose de Pfizer ou Moderna sont attendus pour cette étude. Elles recevront quatre à six semaines après leur première injection un sérum à ARN messager différend. Un prélèvement sanguin pour rechercher la présence d’anticorps spécifiques dirigés contre le virus SARS Cov-2 sera réalisé avant la deuxième dose puis quatre semaines plus tard, indique l'Inserm. Au total, 17 centres sont impliqués dans cet essai, trois étant des hôpitaux de l'AP-HP.

Lors d'une conférence de presse donnée mardi pour annoncer la décision du CCIN, Theresa Tam, administratrice en chef de la santé publique du Canada, a par ailleurs rappelé qu'en matière de vaccins, il n'était pas inhabituel que des produits différents soient administrés, selon les programmes de vaccination et l'approvisionnement. Cela se fait notamment pour la grippe, pour laquelle quatre vaccins sont actuellement autorisés en France : Influvac et Influvac Tetra (Mylan Medical), Fluarixtetra (GSK Vaccines) et Vaxigriptetra (Sanofi Pasteur). Comme pour le vaccin d'AstraZeneca, ils sont composés de virus inactivés et purifiés. 

Mixer à partir de la 3e dose ? Une étude américaine se penche sur la question

Les National Institutes of Health (NIH) ont annoncé mardi avoir lancé un essai clinique examinant les effets de l'injection d'une troisième dose différente deux premières. L'essai inclura environ 150 adultes vaccinés uniquement avec le vaccin de Johnson & Johnson, Pfizer-BioNTech ou Moderna. Ils recevront douze à 20 semaines après leur deuxième dose un rappel du vaccin Moderna.

"Bien que les vaccins actuellement autorisés par la Food and Drug Administration des États-Unis offrent une forte protection contre le Covid-19, nous devons nous préparer à la possibilité d’avoir besoin de rappels pour contrer le déclin de l’immunité et suivre le rythme d’un virus en évolution", a déclaré le Dr Anthony Fauci, directeur de l’Institut national des allergies et des maladies infectieuses, qui fait partie du NIH. "Les résultats de cet essai sont destinés à éclairer les décisions de politique de santé publique sur l’utilisation potentielle de calendriers de vaccination mixtes si des doses de rappel sont indiquées."

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