Covid-19 : les professionnels de santé inquiets à l'approche d'"une vague d'une violence inouïe"

Covid-19 : les professionnels de santé inquiets à l'approche d'"une vague d'une violence inouïe"

UNANIMES - De concert, médecins et professionnels de santé tirent la sonnette d'alarme sur la situation de l'épidémie du Covid-19, notamment en Île-de-France où "tous les indicateurs progressent de façon violente". Tous prédisent de prochaines semaines difficiles.

"Droit dans le mur", "emballement", courbes "vertigineuses", progression "violente" ou "inouïe"... le champ lexical et les images utilisés depuis quelques jours par les médecins et professionnels de santé sont éloquents. Témoignant de leur inquiétude face à des indicateurs de l'épidémie du Covid-19 qui se dégradent notamment en Île-de-France, région la plus touchée, nombre d'observateurs tirent, de concert, la sonnette d'alarme concernant les semaines à venir.

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Et pour cause, avec 30.581 nouveaux cas de Covid-19 comptabilisés dimanche par Santé publique France et 15.792 lundi, le virus circule toujours activement. Le nombre de patients atteints par le virus soignés dans des services de réanimation (plus de 4.500), poursuit aussi sa progression et se rapproche du pic de la seconde vague de l'automne (4.900). L'Ile-de-France, les Hauts-de-France et la région Provence Alpes-Côte d'Azur sont déjà saturées. 

"L'épidémie s'emballe"

"Rea Covid : pleine, Réa non-Covid : pleine, Unité intermédiaire Covid : pleine, Lits réa Covid dispo dans le 93 (Seine-Saint-Denis): 0", a notamment témoigné, sur Twitter, Stéphane Gaudry, professeur de médecine intensive et réanimation à l'hôpital Avicenne (Bobigny). "Heureusement ça va aller mieux avec le méga-confinement", a-t-il ironisé, doutant, comme d'autres médecins, que la nouvelle et complexe panoplie de restrictions mise en œuvre ce week-end pour environ 21 millions d'habitants dans seize départements en région parisienne, dans les Hauts-de-France, en Normandie et dans les Alpes-Maritimes, ait un effet sur l'épidémie.

Sur Twitter toujours, Aurélien Rousseau, le directeur de l'ARS d'Île-de-France, sonne lui aussi l'alarme. "Ce n'est pas donner de leçons ou jouer une quelconque culpabilisation que de dire la réalité de la situation en Île-de-France : 1350 malades en soins critiques, c'est déjà 250 de plus qu'en deuxième vague". Dans le détail, la région est confrontée à une envolée de son taux d'incidence (nombre de nouveaux cas enregistrés sur une semaine), à plus de 530 pour 100.000 habitants sur les sept derniers jours, contre plus de 400 il y a une semaine. C'est plus de deux fois le seuil d'alerte (250) fixé par le gouvernement. "Dans la région parisienne, l'épidémie s'emballe, tous les indicateurs progressent de façon violente. Il faut qu'on arrive à casser ces courbes, pour reprendre le contrôle de l'épidémie", explique-t-il dans les colonnes du Monde. 

"D'ici 15 jours, 3 semaines, une vague d'une violence inouïe"

Même inquiétude pour Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France et maire de Fontainebleau (77), qui ce mardi sur LCI, dresse également un constat alarmant sur la situation épidémique : "Une vague d'une violence inouïe" menace les hôpitaux, assure-t-il. "Les chiffres explosent. Ils augmentent à une vitesse vertigineuse. On atteint le taux d’occupation des lits de réanimation qu’on avait à l’automne, mais au pic de l’automne, ça faisait plus de 15 jours que des mesures de freinage très fortes avaient été prises. Là, on est à ce niveau là avec un confinement qui n'en est pas un", a-t-il fait remarquer. Selon lui, le confinement mis en place actuellement a peu de chances d'"inverser les courbes qui sont vertigineuses". Appelant le gouvernement "à garder le doigt sur le bouton Stop, c’est-à-dire sur le reconfinement réel", il estime qu'"avec le décalage, les hôpitaux risquent de se prendre d'ici 15 jours, trois semaines, une vague d'une violence inouïe". 

"Le problème, c'est que les points sur lesquels on aurait dû freiner ne sont pas là", s'inquiétait aussi ce lundi sur LCI, l'épidémiologiste et chef du service parasitologie à l'hôpital parisien de la Pitié-Salpêtrière, Renaud Piarroux. "Il ne faut donc pas rêver, il ne va pas y avoir une baisse rapide de l'épidémie permettant de respirer rapidement. Nous sommes stables, légèrement ascendants, depuis longtemps, mais à un niveau très élevé. Être stable à 30.000 cas par jour, c'est compliqué à gérer. Pendant ce temps, les services de réanimation se remplissent, avec à la clé" la question du tri des patients.

"On va droit dans le mur"

"Partout, c'est plein, plein, plein. Plein comme un œuf", abonde dans les colonnes du Parisien le pneumologue Jean-François Timsit chef du service réanimation de l'hôpital parisien Bichat : "La prochaine étape sera de mettre les patients dans des blocs opératoires inoccupés." Soulignant les "grosses difficultés à prendre de nouveaux patients" et les difficultés à évacuer les malades vers d'autres régions, il estime qu'"à ce rythme-là, on va droit dans le mur". Et de détailler : "Ce qui a été décidé ces derniers jours n'a aucune chance de casser l'épidémie [...] Nous savions que les deux prochaines semaines allaient être difficiles, mais on devine désormais que les suivantes le seront tout autant. Je suis très inquiet."

C'est aussi ce que redoute Benjamin Davido, infectiologue et médecin référent de crise Covid-19 à l’hôpital Poincaré. "Les 15 prochains jours, voire les trois prochaines semaines vont être extrêmement difficiles, car le pic n’est pas atteint", a-t-il déclaré sur notre antenne, à la veille de l'annonce du reconfinement dans certains territoires, n’anticipant aucune amélioration possible dans un futur proche. "Aujourd’hui, on a dépassé le pic de la deuxième vague, qui était atteint alors même qu’on était confinés", insiste-t-il. Et de conclure : "C’est terrible, parce qu’on en était presque à attendre qu’une place se libère par un défunt pour accueillir un nouveau patient. C’est traumatisant pour les équipes".

"Ca ne commence pas du tout à descendre"

S'"il y a autant de malades en réanimation aujourd'hui qu'il y en avait au pic de la deuxième vague", arguait lui aussi le directeur général de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, il y a quelques jours sur RTL, à l'époque "ça commençait à redescendre", ce qui n'est pas le cas actuellement. "Ça ne commence pas du tout à descendre, on est plutôt dans une phase d'accélération", a-t-il poursuivi  avant d'ajouter "chaque jour on fait plus de place" en réanimation. 

Et de détailler : "En période de calme, on a besoin en général de 1.000 places en réanimation pour toutes les maladies, là pour une seule maladie, il y a plus de patients que l'ensemble des places habituelles (...) si je me projette dans quinze jours (...), on aura entre 1.700 et 2.100 patients à la fin du mois, et si je mets une semaine de plus, au 6 avril, là on passe entre 2.000 et 2.800 patients en réanimation, c'est exactement la chose qu'on a eue du mal à prendre en charge il y a un an, début avril de l'année dernière". 

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Face à cette déferlante de patients Covid-19 redoutée d'ici quelques semaines, les hôpitaux vont prendre "les mesures nécessaires pour que les services de réanimation puissent accueillir 1530 malades Covid en début de semaine prochaine, ce qui implique de déprogrammer 40 % des interventions prévues dans d'autres domaines", a annoncé Aurélien Rousseau, le directeur de l'ARS d'Île-de-France, estimant qu'il faudra même "peut-être aller plus loin et déprogrammer davantage encore d'opérations". Les Échos se le préfiguraient, d'ailleurs, ce mardi, en évoquant la déprogrammation de 80% des soins en Ile de France.

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