Covid-19 : les températures négatives peuvent-elles expliquer le léger déclin des indicateurs ?

Covid-19 : les températures négatives peuvent-elles expliquer le léger déclin des indicateurs ?

ÉPIDÉMIE - Depuis plusieurs jours, le nombre de contaminations ainsi que le taux de positivité des tests sont en légère baisse en France. La vague de froid joue-t-elle un rôle ? Éléments de réponse.

C'était pour le moins inattendu. Ces derniers jours, l'ensemble des indicateurs de l'épidémie au niveau national diminuent légèrement. Jeudi 11 février, Santé publique France a recensé 21.063 nouvelles contaminations, contre 23.448 une semaine avant. Le taux de positivité des tests communiqué par l'agence sanitaire décroit lui aussi, désormais fixé à 6,2%, contre 6,7% fin janvier. Le gouvernement n'a pourtant ni resserré le couvre-feu - avancé à 18h depuis près d'un mois - ni procédé à un troisième confinement. Et si la météo était venue apporter son aide ?

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Jusqu'à présent, il était convenu que le froid était un facteur d'aggravation de l'épidémie. Avec la baisse des températures et nos comportements en hiver - moins de déplacements et d'aération - le virus a continué de se propager dans le pays. "Généralement, les températures froides sont plutôt propices à la circulation des virus respiratoires", confirme à LCI le Dr Jean-Claude Manuguerra, virologue et responsable de la Cellule d'intervention biologique d'urgence à l'Institut Pasteur.

"Pour la grippe, il existe une véritable corrélation entre humidité, températures froides et nombre de cas grippaux", poursuit-il. "Ce coronavirus est comme les autres : il se conserve très bien au froid et lorsqu'il ne fait pas trop humide. Une étude parue l'an dernier montrait par exemple qu'une hausse d'un degré était associée à une réduction de 3% des nouveaux cas et 1,2% des décès."

Des "chocs thermiques" pour le virus

Toutefois, si le virus se propage plus facilement en hiver qu'en été, il reste sensible aux variations de températures. "Des chocs thermiques peuvent être mauvais pour la transmission de la maladie", indique Jean-Claude Manuguerra. "Le virus est entouré d'une enveloppe de graisse. Lorsqu'il y a des chocs de températures, des cristaux peuvent se former à l'intérieur du virus et endommagent cette enveloppe. Quand le virus passe de 35°C dans les voies respiratoires supérieures à -10°C en extérieur, il peut effectivement connaître un choc thermique." Mais le virologue reste perplexe et pense que "le froid actuel n'est pas de nature à diminuer la circulation virale".

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Pour Alix Roumagnac, président de Predict Services, une société filiale de Météo France qui s'occupe de la gestion des risques, l'hypothèse d'une altération de la circulation du virus lors de températures négatives ne doit cependant pas être écartée. "Nous avons réalisé une étude depuis le début de la pandémie en analysant la relation entre le climat" et la situation sanitaire, explique-t-il à LCI. 

Un "indice climatique", basé sur la température et l'humidité, a été développé. Il permet d'estimer la facilité avec laquelle les gouttelettes, expulsées par l'homme et sur lesquelles se fixe le virus, restent en suspension dans l'atmosphère.

"En deçà de -3°C, les gouttelettes tombent tout de suite au sol"

"Dès que les gouttelettes sont expulsées, par la toux par exemple, elles arrivent en extérieur et dépendent des conditions climatiques", poursuit Alix Roumagnac. "S'il fait très froid, c'est-à-dire en deçà de -2°C ou -3°C, elles tombent tout de suite au sol", ce qui réduit les risques de propagation. En revanche, "lorsque les conditions sont plus favorables, entre 5°C et 8°C et entre 65% et 85% d'humidité", alors les gouttelettes restent plus facilement en suspension dans l'air.

Des chiffres proches de ceux évoqués par Arnaud Fontanet, membre du Conseil scientifique. "Des chercheurs ont élaboré un modèle suggérant que le risque de circulation virale est majeur lorsque la température varie de 3 à 17°C et que l'humidité relative de l'air est moyenne", expliquait-il récemment au Journal du dimanche. "En théorie, ces calculs sont intéressants, mais il faudra vérifier qu'ils peuvent prédire l'avenir."

Il pourrait y avoir une légère diminution du taux d'incidence dans les jours à venir dans le nord de la France- Alix Roumagnac, président de Predict Service

Les températures actuellement ressenties dans une partie du pays pourraient donc bien diminuer la circulation virale. "Si notre concept est jugé pertinent, il pourrait y avoir une légère diminution du taux d'incidence dans les jours à venir dans le nord de la France", avance Alix Roumagnac. 

Ces recherches sont d'ailleurs prises très au sérieux par Olivier Véran. "J'ai demandé une expertise scientifique indépendante pour observer les données brutes, mais cette étude est extrêmement troublante", commentait le ministre de la Santé en décembre sur France 5. "Si c'est démontré, c'est intéressant pour le pilotage de la crise dans les semaines et les mois à venir."

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