Non, un sérum physiologique ne permet pas de venir à bout du coronavirus

REMÈDE - Des internautes assurent qu'un sérum physiologique développé par Didier Raoult est la solution miracle pour venir à bout du coronavirus. Ils font en fait la confusion avec un produit préventif actuellement en attente de commercialisation.

REMÈDE - Des internautes assurent qu'un sérum physiologique développé par Didier Raoult est la solution miracle pour venir à bout du coronavirus. Ils font en fait la confusion avec un produit préventif actuellement en attente de commercialisation.

Tout nouveau traitement est bon pour décrédibiliser le vaccin. Quitte à entretenir la confusion. "Nos start-ups ont du talent, et le vaccin est en passe de devenir … superflu!", s'est ainsi félicité lundi 1er février une association qui prétend venir en aide aux victimes du coronavirus. Sur son blog, une tribune anti-vaccin, elle assure qu'un spray nasal viendra à bout du Covid-19 sans devoir attendre l'immunité collective. D'autres internautes ont depuis repris l'information à leur compte, présentant le spray comme un sérum physiologique, ou encore comme une nouvelle trouvaille de Didier Raoult. Pourtant, il n'en est rien.

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Un amalgame avec un spray nasal

Commençons par le commencement. Non, le sérum physiologique ne vient pas à bout du virus. Cela fait plusieurs mois que tous les médecins s'accordent à le dire. Depuis mars 2020, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) indique même sur son site que les sprays nasaux commercialisés en pharmacie sont déconseillés contre ce virus. À la question "se rincer régulièrement le nez avec une solution saline peut-il aider à prévenir la COVID-19 ?", l'organisation répond par la négative. S'il existe bien "quelques éléments probants indiquant que cette pratique peut aider les gens à se remettre plus rapidement d'un rhume ordinaire", ce n'est pas du tout le cas pour les infections respiratoires.

Alors pourquoi cette fausse information revient-elle sur les réseaux sociaux? Il s'agit d'un amalgame avec un produit à base "d'eau ionsée". Le texte du blog faisait référence au produit développé par l'entreprise P&B (Pharma and Beauty). Cette société spécialisée entre autres dans la fabrication de dispositifs médicaux et produits cosmétiques, a développé depuis la crise sanitaire un traitement à but préventif. Composé à 40% d'eau ionisée, connue pour ses propriétés antimicrobiennes, ce produit promet d'éliminer 99% de la charge virale présente dans les fosses nasales, où le virus incube, nous explique Laurent Dodet, président de P&B. Après inhalation, le produit doit venir "déloger le virus" puis "désactiver sa charge virale". "Il ne reste plus qu'à se moucher pour l'évacuer". En pratique, l'objectif est de l'utiliser quotidiennement et ce, "après une prise de risque", explique le chef d'entreprise. Exemple très concret : "Je suis à la maison avec du monde ou je sors au restaurant, je m'applique ce spray pour venir éliminer un virus potentiellement présent dans le nez." Il devrait également "diminuer la charge virale des personnes infectées".

"On n'est donc pas du tout sur un produit de type sérum physiologique", appuie Bénédicte Cantecor, directrice des recherches et du développement du groupe. "Ni en termes de composition, ni en termes d'efficacité." La seule comparaison possible se retrouve sur la "très bonne tolérance" de l'utilisateur au  produit, assure-t-elle auprès de LCI.fr.

En attente d'une commercialisation

Une efficacité démontrée in vitro, grâce aux équipes de l'institut hospitalo-universitaire (IHU) Méditerranée Infection de Marseille, l'un des seuls laboratoires à disposer de la souche du virus. C'est à lui que l'entreprise a sous-traité la phase de tests. Ce ne sont cependant pas les équipes de Didier Raoult qui se sont occupées du produit mais celles du professeur Bernard La Scola. Il a montré après quatre mois de recherches que trente secondes de contact avec le virus permettait d'en éliminer plus de 99%. Un dispositif médical qui est préventif, qui n'a absolument rien à voir avec un sérum physiologique, ni avec les équipes du professeur marseillais grand défenseur de l'hydroxychloroquine. Et qui ne se substitue pas non plus au vaccin. "C'est un 'geste barrière' additionnel", résume Bénédicte Cantecor.

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Quant à savoir s'il risque de rendre un test PCR négatif, là encore, il y a une confusion. Cette solution doit uniquement agir sur la muqueuse nasale lors d'une utilisation. "On va avoir une répulsion, un délogement des charges virales de manière très rapide", souligne Bénédicte Cantecor. Une "action locale", à l'entrée des voies respiratoires supérieures qui "ne peut pas annuler un test PCR", assure le fabricant. Interrogée sur cette éventualité, l'Agence nationale du médicament n'a pas répondu à nos sollicitations. L'entreprise, qui attend la finalisation d'un accord de distribution, espère une commercialisation en officine mi-février.

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