Covid-19 : "Nous ne sentons pas une réponse à la hauteur", redoute le chef des urgences de l’hôpital Bichat

Covid-19 : "Nous ne sentons pas une réponse à la hauteur", redoute le chef des urgences de l’hôpital Bichat

HÔPITAL – Invité de LCI ce jeudi 18 mars, le Pr Enrique Casalino, infectiologue, est revenu sur la crise profonde entre les politiques et les soignants et la situation actuelle dans les hôpitaux franciliens, à quelques heures de nouvelles restrictions.

Alors que la capacité hospitalière se réduit de plus en plus en Ile-de-France et que les réanimations sont saturées depuis mardi 16 mars avec un taux d’occupation des lits de 101%, le gouvernement se résigne à serrer la vis dans la région. Invité de LCI ce jeudi 18 mars, le Pr Enrique Casalino, infectiologue et chef des urgences de l’hôpital Bichat à Paris, est revenu sur la situation actuelle dans son service : "Il y a une augmentation des patients à l’hôpital que nous avons senti ces dernières semaines", dit-il. "On est passé de 3, 4 patients hospitalisés par jour à partir des urgences de Bichat à 10 patients hospitalisés, avec un manque de lits. L’entrée des patients est beaucoup plus rapide que leur sortie, donc ça sature." 

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Le médecin raconte que face à cette tension hospitalière et à un manque de personnel soignants, "hier, il a fallu prendre des décisions difficiles : transformer certains secteurs de l’hôpital en lits Covid, réaffecter l’orthopédie…",  ajoute-t-il. 

"Il faut être là, engagé et convaincu"

Ainsi, cette situation qui dure à l’hôpital crée forcément des frictions entre le pouvoir politique et la société. "Comment fait-on pour retrouver l’engagement qui s’est effritée ?", s’est demandé le Pr Enrique Casalino, ayant évoqué la confiance aussi ébranlée envers sa profession : "C’est pareil pour les soignants : nous sommes passés de héros à responsables des infections nosocomiales". Avant de revenir sur l’état d’esprit des soignants, épuisés par un an de crise sanitaire : "Lorsque la pandémie est arrivée, l’hôpital traversait une très grande crise", rappelle-t-il. "La Covid est arrivée et paradoxalement, nous avons retrouvé du sens à notre métier (…) Mais aujourd’hui, nous revenons à un esprit plus grincheux, démotivé et ce n’est pas possible. Nous avons besoin de chacun de nos soignants. Il faut être là, engagé et convaincu, avec un sentiment que la victoire est possible."

Dans ce contexte, l’infectiologue s’est dit favorable à ce qu’un confinement strict soit décrété en région parisienne et que l’exécutif prenne des mesures fortes dans un souci de "lisibilité" : "Il faut un discours courageux, un vrai coup de frein dans la circulation virale" assure-t-il. Par ailleurs, note-t-il, "nous voyons qu’il y a une rupture entre notre cri d’alerte" et, de fait, la réponse apportée. "Nous ne sentons pas une réponse à la hauteur", a avancé le médecin, alors que le taux d’incidence a dépassé en Ile-de-France les 400 nouveaux cas pour 100.000 habitants sur sept jours glissants.

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Interrogé sur la séquence de la veille entre Emmanuel Macron et des soignants - à qui on a reproché à ces derniers de lui tourner le dos en signe de contestation pendant sa prise de parole à l’hôpital de Poissy -, le Pr Enrique Casalino a souligné la rupture consommée entre le personnel de santé et le pouvoir politique. "On sent que la souffrance est d’autant plus intense parce qu’elle n’est même pas exprimée", a jugé ce dernier, alors que le président n’a pas été interpellé lors de sa visite. "D’ailleurs, on sentait que le président cherchait les mots", assure-t-il. 

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