Olivier Véran a-t-il affirmé que "c’est le confinement qui provoque la circulation du virus" ?

Les propos du ministre ont été tronqués, ce qui déforme le sens de son message.

TRONQUÉS - Une phrase prononcée par Olivier Véran en mars est utilisée pour dénoncer le retour du confinement. Sortie de son contexte, elle laisse à penser que le gouvernement à retourné sa veste.

L'annonce d'un reconfinement a affecté de nombreux Français et a suscité une forme d'incompréhension pour une partie de la population. Depuis l'allocution télévisée du président de la République, les réactions se sont multipliées et des publications ont connu un grand succès sur les réseaux sociaux. C'est le cas d'une vidéo, repartagée plusieurs milliers de fois et dans laquelle on voit s'exprimer le ministre de la Santé, Olivier Véran.

Une séquence qui date du 9 mars extraite d'une interview donnée à la chaîne BFMTV. Le successeur d'Agnès Buzyn indique notamment que "c’est le confinement qui provoque la circulation du virus". Une déclaration qui semble avec le recul incompréhensible pour beaucoup, alors que vient d'être décidé un reconfinement généralisé. "J'espère que c'est bien clair pour tout le monde maintenant que nous sommes dirigés par de grands psychopathes", lance la publication Facebook, maintes fois commentée. 

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Un extrait trompeur

Ce n'est pas la première fois que ce passage de moins de 30 secondes est exhumé par des internautes, puisque dès la mi-avril, Le Monde soulignait qu'il était massivement relayé en ligne. Des paroles qui "semblent être en totale contradiction avec les mesures sanitaires adoptées par la suite par le gouvernement", mais qui sont en réalité totalement sorties de leur contexte. Olivier Véran a bien tenu ces propos, mais il s'inscrivaient dans un cadre bien différent.

Voici les propos du ministre, en longueur : "Sur la fin de l’épidémie, hélas, il a l’air assez résistant à la chaleur et aux beaux jours ce virus, de ce qu’on en sait. Mais en réalité, vous savez ce qui fait que la grippe s’arrête au printemps ? Ce n’est pas la chaleur, c’est qu’en fait, au printemps, qu’est-ce qui se passe ? On ouvre les fenêtres, on ouvre les portes, on n’est plus confiné dans des lieux, on va dehors. Et donc, c’est le confinement qui provoque la circulation du virus."

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Il est essentiel de rappeler qu'au moment de cette intervention télévisée, le 9 mars, "la France n’est pas encore confinée et 1400 personnes sont alors infectées et vingt-cinq sont mortes", note Le Monde. "Les établissements scolaires, bars, magasins, sont toujours ouverts. Le premier tour des élections municipales se profile, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a pas encore caractérisé l’épidémie de Covid-19 comme une pandémie (elle le fera deux jours après)."

Par ailleurs, nous sommes alors dans un contexte où le gouvernement vient de restreindre les rassemblements massifs à 1000 personnes maximum. Ce que souligne Olivier Véran dans la suite de son énoncé : "C’est pour ça que nous prenons des décisions sur des événements publics. C’est pour ça qu’on veut plus qu’il y ait des salles de concert avec 15.000 personnes. […] On le fait, car, si les gens sont regroupés et rassemblés en grand nombre, il y a un risque d’avoir une majoration de l’épidémie." Le confinement évoqué par le ministre ne se réfère ainsi pas à la mesure que nous vivons actuellement, mais à la présence de très nombreuses personnes dans les lieux publics.

Emmanuel Macron aussi crée la confusion

Plus récemment, le 14 octobre, ce sont des mots d'Emmanuel Macron qui ont semé le trouble. Le chef de l'Etat a ainsi tenu les propos suivants pour justifier le fait d'inciter les Français à profiter des vacances de la Toussaint : "On sait que quand on est dans des espaces qui sont ouverts, on peut prendre l'air. On sait que quand on est justement dans des lieux où on peut sortir, on lutte plus efficacement contre le virus. Donc demander aux gens de rester chez eux dans un appartement et de ne pas aller dans un lieu de vacances, honnêtement, ce serait disproportionné." D'aucuns ont depuis fait part de leur circonspection, alors que le confinement a été décrété il y a quelques jours. 

Des messages contradictoires ? Pas forcément. S'il faut souligner que la situation sanitaire à la mi-octobre était moins inquiétante qu'elle ne l'est devenue quelques jours plus tard, ce discours doit lui aussi être analysé en fonction du contexte qui l'accompagne. Dans son propos, le président de la République explique que dans une situation où chacun est libre de se déplacer à travers le territoire, il n'est pas plus dangereux de se trouver chez soi où dans un lieu de villégiature. Un constat d'autant plus vrai à l'aube de la deuxième vague, puisque l'épidémie était répandue à travers tout le pays et pas seulement circonscrite à quelques régions.

En vidéo

REPORTAGE - Situation critique à l'hôpital

Dès lors que le confinement est décrété, la situation change radicalement. Comme le souligne la Direction générale de la santé (DGS), "si vous êtes dans une logique de confinement et de réduction stricte des déplacements", les objectifs diffèrent. Désormais, le but n'est plus d'éviter que des personnes circulant beaucoup se contaminent, mais de réduire au maximum l'exposition potentielle de chacun au virus pour éviter de l'importer dans le cadre de son domicile. "Les personnes qui vivent en vase clos et évitent les contacts extérieurs ont, de fait, moins de chance de ramener le virus", glisse la DGS. Qu'elles soient deux, quatre, ou plus sous le même toit. Dans le contexte actuel où les Français sont tenus de rester chez eux, si un individu est porteur du virus, il devient plus dangereux pour ses proches. C'est pourquoi les autorités sanitaires recommandent une stricte applications des mesures barrières y compris en famille. 

En résumé, il convient donc de se méfier des citations prononcées il y a plusieurs semaines ou plusieurs mois et relatives aux préconisations sanitaires. L'évolution de la situation et des connaissances entraîne en effet des évolutions majeures dans l'approche de la lutte contre le virus, qui se traduisent dans les mesures prises par les autorités. Si passer beaucoup de temps enfermé à l'intérieur de chez soi peut s'avérer dangereux alors que les déplacements sont libres et que l'on croise au quotidien de nombreuses personnes, le confinement se révèle beaucoup plus efficace dès lors que les mouvements de populations sont limités au strict minimum.

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