Controversé et désormais sous les verrous, le Pr Fourtillan fédère au sein de la complosphère

Jean-Bernard Fourtillan dans "Hold-Up", mis en ligne le 11 novembre 2020.

DÉTENTION - Certains voient en lui un grand chercheur lanceur d'alerte, d'autres le définissent comme conspirationniste. Incarcéré à la prison de la Santé, le Pr Fourtillan divise. Pour plaider sa cause, ses fidèles soutiens n'hésitent pas à multiplier les fake news.

La crise sanitaire du Covid-19 a mis sur le devant de la scène des personnalités controversées, y compris parmi les médecins. Si le professeur de pharmacologie Jean-Bernard Fourtillan ne fait pas partie des experts régulièrement invités sur les plateaux de télévision, son visage est connu de milliers d'internautes, qui ont pu suivre ses interventions dans le très controversé "documentaire" Hold-Up. Âgé de 77 ans, celui qui pourrait mener une retraite tranquille se trouve pourtant détenu à la maison d'arrêt de la Santé.

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Quand la justice le poursuit pour des essais thérapeutiques illégaux, l'intéressé nie toutes les accusations qui lui sont adressées. En ligne, des groupes sont d'ailleurs formés pour militer et réclamer afin qu'il soit libéré au plus vite. Ces soutiens, nombreux au sein de la complosphère française, se réfèrent aux prises de position du professeur depuis le début de l'épidémie. Avec son avocate, il voit dans son incarcération une manière de le réduire au silence, lui qui a clamé haut et fort que le virus avait été créé de toutes pièces par l'Institut Pasteur. Alors qu'une manifestation est organisée le 27 mai devant le tribunal judiciaire de Paris, LCI revient sur l'itinéraire du sulfureux Pr Fourtillan et se penche sur ses étranges "révélations". 

Soigner Alzheimer et Parkinson avec des patchs ?

Retraité depuis 2008 et retiré de la liste des professionnels de l'Ordre des pharmaciens, Jean-Bernard Fourtillan ne s'est pas totalement mis en retrait du monde médical. Réagissant à l'épidémie de Covid-19, il s'est fait remarquer en défendant la thèse d'un virus conçu par l'Institut Pasteur. Une affirmation totalement fausse, maintes fois démentie et démontée, ayant même valu à l'auteur d'une vidéo conspirationniste une condamnation en justice pour diffamation fin 2020.

Est-ce la mise en cause du célèbre institut qui vaut aujourd'hui au Pr Fourtillan une détention à la prison de la Santé ? C'est ce qu'il affirme, imité par son avocate : à qui veut l'entendre, elle explique que des brevets déposés par l'Institut Pasteur prouvent sa responsabilité dans l'épidémie. Si l'AFP a minutieusement déconstruit ce discours, il faut surtout souligner que la raison de l'incarcération de l'ancien professeur des universités n'a rien à voir avec le Covid-19. La justice lui reproche en effet des essais thérapeutiques illégaux entre 2018 et 2019. "Il s'agissait de tester des patchs cutanés", résumait à l'automne 2019 un représentant de l'ANSM, "avec pour objectif de traiter des maladies graves comme Alzheimer ou Parkinson. Cela sans aucune autorisation, dans l'illégalité la plus totale et sans aucune connaissance des effets de ces substances". Des patchs dont le rôle était de "renforcer une sécrétion physiologique" de deux hormones, dont la "valentonine" que le pharmacien dit avoir découvert en 1994 grâce à une "révélation divine".

Pour réaliser ces essais totalement interdits, Jean-Bernard Fourtillan s'était associé à une figure des milieux anti-vaccins et conspirationnistes, le Pr Henri Joyeux. Un homme lui aussi très controversé, que l'Ordre des médecins tente de radier depuis plusieurs années (y compris via des actions en justice). Le duo était rassemblé au sein d'une structure commune aux accents mystiques nommée Fonds Josefa, et assurait début 2018 que "les essais cliniques" censés prouver l'efficacité des fameux patchs ne débuteraient "qu’après avoir obtenu les avis favorables" des autorités compétentes. Un discours de façade puisque ces essais ont été menés sans le moindre aval de l'ANSM sur au moins 350 personnes. Le tout dans une abbaye localisée près de Poitiers (Vienne).

Quand l'agende du médicament a eu vent de ces pratiques, conduites "de manière sauvage" selon ses propres mots, elle a sommé les deux hommes de mettre fin à toutes leurs expérimentations. Le début également d'une procédure en justice : le parquet de Paris a ouvert le 27 septembre 2019 une information judiciaire, notamment pour "tromperie", ainsi que pour "abus frauduleux de l'ignorance ou de la faiblesse d'une personne vulnérable"

Mis en examen en mars 2020, Jean-Bernard Fourtillan ne répondait plus depuis des mois aux convocations du juge d'instruction. Arrêté une première fois en décembre dernier dans le Gard, il avait été hospitalisé d’office en psychiatrie l'espace de quelque  jours, puis relâché sous contrôle judiciaire.

Interpellé à nouveau mi-avril dans le Cantal, le professeur s'est vu reproché (outre son absence de réponse aux sollicitations de la justice) le non-paiement d'une caution de 10.000 euros, ainsi que d'avoir repris contact avec certains de ses patients, ce qui lui avait été interdit. Conduit à Paris, le septuagénaire a été présenté à une juge des libertés et de la détention, comme l'a relaté Paris Match. "La détention, c'est la dernière solution", a alors déploré la magistrate, estimant toutefois qu'il devrait "aller un temps en prison". La justice, lui a-t-elle expliqué "vous a présenté une alternative en vous donnant des obligations, mais vous avez dit, encore aujourd'hui, que vous ne les respecteriez pas". C'est pour cette raison, et dans l'attente d'une nouvelle audience, que Jean-Bernard Fourtillan demeure aujourd'hui incarcéré dans la capitale.

Ses soutiens dans le déni

En ligne, les partisans du professeur se structurent afin de lui témoigner leur solidarité. Un "comité Fourtillan" sur Facebook rassemble environ 2.500 personnes, se ralliant notamment aux positions exprimées dans "Hold-up" par le pharmacien. Dans le message qui appelle à venir manifester devant le tribunal jeudi 27 mai, il est notamment fait référence à cette fameuse thèse d'un virus créé par l'Institut Pasteur, "dénoncé" par ses soins, lui qui a eu le "courage de dire la vérité".

Parmi les autres arguments trompeurs qui sont avancés pour le défendre, le fait qu'il aurait "créé et prouvé l'efficacité de patchs qui guérissent", le tout "sans effets secondaires" et pour "un coût abordable". Cette présentation valorisante passe évidemment sous silence le fait que lesdits patchs n'ont vu leurs effets validés par aucune étude officielle. Ni que les essais thérapeutiques des Prs Fourtillan et Joyeux étaient menés dans l'illégalité, faisant courir des risques notables à leur patients. Aucune mention non plus des multiples appels aux dons envoyés aux participants, et ce alors même que l'ANSM demandait à ce que cesse toute expérimentation. Dans des emails que s'est procuré France Inter, Jean-Bernard Fourtillan indiquait à ses "patients" avoir procédé à un important à achat d'or : 4 kilos dont la valeur était estimée à 200.000 euros. Un métal précieux dont la vente devait, disait-il, alimenter le Fonds Josefa. Le Pr Joyeux, aujourd'hui, prend ses distances avec cette structure. Il explique notamment avec vigueur ne l'avoir "jamais cofondé", ce qui n'a pas empêché de se voir également notifié une mise en examen.

Sans juger le potentiel thérapeutique des patchs développés par le Pr Fourtillan – ces derniers n'ayant pas fait l'objet d'essais cliniques dignes de ce nom –, il convient de souligner que l'hormone "valentonine" qu'il prétend avoir découverte laisse perplexes nombre de ses pairs. Son existence même est contestée, et des membres de l'Académie nationale de pharmacie ont jugé suspect qu'aucune étude n'ait jamais été diligentée pour la mettre en évidence et corroborer les propos de Jean-Bernard Fourtillan. "Lorsqu’on a fait un travail scientifique, la seule manière d’être jugé est de publier ce travail", faisait remarquer un membre de l'Académie en 2015. Un point de vue partagé par Bruno Claustrat, chef de service au CHU de Lyon et fin connaisseur d'une hormone du sommeil bien connue, la mélatonine.

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Quoi qu'il en soit, l'incarcération du Pr Fourtillan n'a rien à voir avec ses prises de position durant l'épidémie de Covid-19. Son implication dans des essais thérapeutique illégaux lui vaut aujourd'hui de se retrouver sous les verrous. Une détention que la  juge des libertés et de la détention a estimé nécessaire, non pas en raison de la dangerosité du septuagénaire, mais parce qu'il s'est soustrait à de multiples reprises aux obligations qui étaient les siennes dans le cadre de son contrôle judiciaire. 

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