Covid-19 : la France va espacer les deux injections jusqu'à six semaines, l'idée divise

Covid-19 : la France va espacer les deux injections jusqu'à six semaines, l'idée divise

DÉBAT - Afin de vacciner une population plus large plus rapidement, Olivier Véran a annoncé ce jeudi que les deux doses de sérum pourraient être espacées de "jusqu'à six semaines au lieu de trois". Rendue possible sous conditions par l'OMS, cette idée envisagée par différents pays ne fait pas consensus dans la communauté scientifique.

Espacer "jusqu'à six semaines au lieu de trois" l'injection des deux doses de vaccin Pfizer-BioNTech : cette possibilité a été annoncée ce jeudi 7 janvier par le ministre de la Santé Olivier Véran lors d'une conférence de presse consacrée à la situation sanitaire en France. Une façon d'accélérer la campagne de vaccination pour immuniser le plus rapidement possible la population contre le Covid-19. 

Comme la France, plusieurs pays ont décidé ou envisagent de repousser la deuxième injection qui permet de maximiser l'efficacité du vaccin. Celui de Pfizer, le seul administré à ce jour au sein de l'Union européenne, nécessite une deuxième injection 21 jours après la première. Pour le vaccin de Moderna, autorisé ce mercredi par l'Agence européenne du médicament, 28 jours maximum doivent s'écouler entre les deux doses.

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Le monde commence à se vacciner contre le Covid-19

Mardi 5 janvier, le groupe stratégique consultatif d’experts (SAGE) sur la vaccination de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a ouvert la voie à un élargissement de ces délais. Même si le SAGE recommande toujours "l'administration de deux doses de ce vaccin dans un délai de 21 à 28 jours" selon les laboratoires, il est possible de retarder la deuxième injection "dans des circonstances exceptionnelles de contextes épidémiologiques et de contraintes d'approvisionnement".

Ainsi, plusieurs pays ont déjà opté pour cette stratégie. Au Royaume-Uni, douze semaines s'écoulent entre les deux doses, élargissant entre trois et quatre fois les recommandations de la SAGE. Lundi 4 janvier, le Danemark a annoncé qu'il faudrait désormais attendre six semaines entre les deux injections, face à des stocks encore limités. Et selon l'AFP, l'Allemagne pourrait suivre. Outre-Rhin, le ministre de la Santé Jens Spahn a demandé aux autorités sanitaires d'évaluer les options pour rallonger le délai.

"Un pari assez osé", estime une infectiologue

Au sein de la communauté scientifique, cette solution divise. Selon le chef de l'Agence nationale danoise de la Santé, la date de la deuxième injection n'est pas fixe. Les laboratoires ont présenté une documentation qui fait état d'une seconde dose reçue "entre 19 et 42 jours" après la première, a-t-il justifié sur la télévision publique TV2, dans des propos rapportés par l'AFP. Mais tous ne sont pas de cet avis. Cette stratégie représenterait "un pari assez osé", note par exemple la Pr Christine Rouzioux, infectiologue à l'hôpital Necker à Paris (voir vidéo en tête de cet article). Selon elle, la deuxième dose reste primordiale car elle "induit une immunité mémoire".

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Une hypothèse qui laisse également perplexe Morgane Bomsel, chercheuse du CNRS à l'Institut Cochin et spécialiste en vaccinologie. "Ce vaccin est complètement nouveau, nous n'avons aucun recul", rappelle-t-elle à LCI. "Le temps entre les injections dépend de ce qui compose le sérum, et pas seulement de la partie qui mime le virus", poursuit la chercheuse. "Lorsque vous développez un vaccin, vous avez deux paramètres : la quantité et la fréquence. Quand on oublie le Covid-19, le vocabulaire traditionnel est de dire que l'on va faire un rappel : vous rappelez la réponse immunitaire et lui permettez d'être plus forte et plus précise."

La deuxième injection correspond donc au rappel et doit être injectée à un moment précis, pour lequel "il y un peu de marge, mais pas tellement", estime Morgane Bomsel, "sans doute une ou deux semaines, mais cela dépend des vaccins". Pour ceux à ARN, une technologie nouvelle utilisée par les deux vaccins homologués en Europe, Pfizer/BioNTech et Moderna, "nous n'avons pas de recul", insiste-t-elle.

Il n'y a pas de données qui démontrent que la protection reste en place au-delà de 21 jours- Porte-parole de BioNTech

BioNTech se montre d'ailleurs sceptique quant à l'idée de repousser la deuxième injection. "Même si des données démontrent qu'il existe une protection partielle dès douze jours après la première dose, il n'y a pas de données qui démontrent que la protection reste en place au-delà de 21 jours", prévient une porte-parole de la société allemande. "L'efficacité et la sécurité du vaccin n'ont pas été évaluées pour d'autres calendriers de dosage." L'entreprise pharmaceutique estime donc qu'une "deuxième injection est nécessaire pour procurer la protection maximale contre la maladie".

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