Covid-19 : pourquoi l'hypothèse d'une troisième dose de vaccin ARNm prend de l'épaisseur

Les personnes âgées devront-elles recevoir une troisième dose d’ici la fin de l’année ? Après le PDG de Pfizer, c’est celui de Moderna qui le conseille. La préconisation est également partagée par les médecins.

IMMUNITÉ COLLECTIVE - Le patron de Moderna estime que les "personnes à risque" devront probablement recevoir cet été une troisième dose de vaccin contre le Covid-19. Il a aussi défendu l'utilité d'un rappel, dans quelques mois, pour tous les adultes.

Un secret de polichinelle. Depuis plusieurs semaines, des scientifiques ouvrent la porte à l'injection d'une troisième dose de vaccin anti-Covid-19 pour éviter le risque d'une quatrième vague épidémique. Une rhétorique que reprennent les laboratoires. Mi-avril, Pfizer indiquait qu'une "troisième dose" serait "probablement nécessaire". "À partir de là, il y aura une vaccination à nouveau chaque année", avait alors ajouté Albert Bourla, le patron du laboratoire américain. 

À son tour, le patron de Moderna s'est positionné dimanche en faveur d'une troisième dose de vaccin "dès la fin de l’été" pour les personnes vulnérables. "Tous les adultes, mêmes jeunes, devront ensuite recevoir un rappel afin de protéger les personnes fragiles non vaccinées", a estimé Stéphane Bancel. Une potentielle injection supplémentaire, déjà préconisée en France pour les personnes immunodéprimées, que les scientifiques justifient par plusieurs arguments. 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Maintenir la réponse immunitaire

Le premier d'entre eux est à chercher dans la concentration des anticorps. Si les vaccins homologués ont démontré une réelle efficacité, des incertitudes demeurent quant à leur capacité à maintenir une réponse immunitaire suffisamment intense dans le temps. Selon des résultats obtenus par Pfizer, l'efficacité du vaccin resterait au-dessus de 90% six mois après la deuxième injection. 

Une étude de l'Unité d'évolution et de transmission virale de l'hôpital San Raffaele de Milan et de l'Institut de recherche sur le diabète du même établissement, publiée début mai, démontre même la présence dans l'organisme d'anticorps neutralisant le Covid-19, au moins huit mois après l'infection. 

Cependant, à long terme, le flou demeure. "Une troisième dose va être probablement nécessaire, parce qu’au fil du temps la protection induite par la primo-vaccination risque de diminuer. Donc, il sera nécessaire, pour maintenir la protection et le taux des anticorps neutralisants, d’effectuer une troisième dose", explique à France Info le professeur Jean-Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Henri Mondor de Créteil (Val-de-Marne). 

"Si on veut avoir une efficacité maximum sur toutes les formes de la Covid, il faut maintenir des anticorps à des titres élevés et c'est dans ce sens-là, pour éviter au maximum la circulation de ces virus, qu'il sera très probablement nécessaire de faire des rappels", renchérit chez RTL l'infectiologue Odile Launay.  

Contrer les variants

Autre sujet d'inquiétude qui justifierait l'injection d'une troisième dose : les variants du virus. Certains médecins envisagent d'ailleurs que les vaccins pourraient devenir inefficaces devant une énième mutation du virus. "L’arrivée des variants augmente le niveau de la menace", souligne Stéphane Bancel. "Si on ne vaccine pas massivement, le risque d’une quatrième vague ne peut être écarté." Même vigilance du côté d'Albert Bourla : "Les variants joueront un rôle clé. Il est extrêmement important de réduire au maximum le nombre de personnes vulnérables au virus."

Comme le virus s'adapte au fur et à mesure, on va devoir sans doute, nous aussi, nous adapter- Jacqueline Marvel, directrice de recherche à l'Inserm

Outre la nécessité d'accumuler davantage d'anticorps pour faire face aux mutations du virus, ce sont surtout des rappels ciblés qui pourraient constituer la clé de l'équation. "L'idée derrière cette évocation d'une troisième dose est de dire qu'il faudrait peut-être réimmuniser avec un vaccin basé sur une souche variante", explique sur LCI, Jacqueline Marvel, directrice de recherche à l'Inserm et membre du Centre international de recherche en infectiologie. "Comme le virus s'adapte au fur et à mesure, on va devoir sans doute, nous aussi, nous adapter", conclut-elle, rappelant que la même méthode était employée pour le vaccin contre la grippe. 

Quels publics concernés ?

Les avis divergent sur les catégories de population qui pourraient avoir à effectuer ce rappel. Une donnée fait néanmoins consensus : la nécessité de protéger au mieux les personnes à risque. À cet égard, le Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale (COSV) a rendu le 6 avril un avis suggérant l’injection d’une troisième dose de vaccin à ARNm (Pfizer ou Moderna) pour les personnes sévèrement immunodéprimées. 

Une mesure logique si l'on en croit les données d'une étude de l’Université Johns-Hopkins publié à la mi-mars. Seulement 17% des patients immunodéprimés ayant reçu une première dose de vaccin à ARNm présentent, vingt jours après l’injection, les anticorps suffisants pour neutraliser le Covid-19. Ce chiffre ne monte qu'à 45% après la deuxième dose. 

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Toujours est-il que l'hypothèse d'une administration plus large d'une troisième dose de vaccin ARNm à la population n'est pas écartée. Pour le patron de Moderna, il sera notamment nécessaire de vacciner à nouveau les personnes âgées et pensionnaires des Ehpad dès la fin de l'été. "Deux à trois mois de retard entraîneraient de nombreuses hospitalisations et des morts", affirme Stephane Bancel. "Tous les adultes, mêmes jeunes, devront ensuite recevoir un rappel afin de protéger les personnes fragiles non vaccinées."

"Une hypothèse vraisemblable est qu'une troisième dose sera probablement nécessaire, entre six mois et douze mois, et à partir de là, il y aura une vaccination à nouveau chaque année, mais tout cela doit être confirmé", abonde Albert Bourla, du côté de Pfizer. Reste désormais à voir dans quel sens vont troncher les autorités sanitaires. 

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