Pourquoi les chiens dressés à détecter le Covid-19 sont si peu mobilisés en France

Des bergers malinois dans un aéroport.
Santé

DÉPISTAGE - Depuis des mois, Dominique Granjean, professeur à l'école vétérinaire d'Alfort, développe un programme de détection du Covid-19 basé sur l'odorat canin. Si de nombreux pays s'y intéressent fortement, ce n'est pas le cas de la France. Nous avons voulu savoir pourquoi.

Pour dépister le Covid-19 qui contamine plusieurs milliers de personnes par jour en France, plusieurs outils sont à disposition : les tests PCR, les tests sérologiques, et plus récemment les tests antigéniques. D'autres méthodes, moins connues mais pourtant prometteuses, sont également développées. C'est notamment le cas des chiens renifleurs. Depuis le mois de mars, Dominique Grandjean, professeur à l'école nationale vétérinaire d'Alfort, s'emploie à apprendre aux chiens la détection du coronavirus grâce au flair. Une méthode très fiable qui a déjà intéressé de nombreux pays dans le monde, mais pas la France. 

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C’est sans doute trop simple et pas assez coûteux pour que ça rentre dans le champ de vision des décideurs.- Dominique Grandjean, Professeur à l’école nationale vétérinaire d'Alfort

"J’ai fourni toutes les informations, tous les dossiers possibles et inimaginables à la Direction générale de la santé (DGS), et au Comité scientifique qui conseille le président de la République. On m’a demandé un plan de déploiement national, je l’ai fait et je l’ai transmis il y a plusieurs semaines. Tout ce qu’on me répond, c’est que mes documents ont bien été reçus", regrette le professeur.

Dominique Grandjean explique ce manque d'intérêt par le fait que le monde vétérinaire est "tenu à l'écart" depuis le début de la crise sanitaire, "un peu comme s’il n’y avait que les humains qui soignaient les humains". Pour lui, le monde de la médecine a d'autre part tendance à faire confiance à des outils de plus en plus sophistiqués et oublie que des dispositifs simples peuvent parfois tout aussi bien, voire mieux fonctionner. "C’est sans doute trop simple et pas assez coûteux pour que ça rentre dans le champ de vision des décideurs", lance-t-il, espérant que l'une étude qu'il a pilotée sur le sujet, censée paraître dans les prochains jours dans la revue scientifique Plos-One, fasse changer d'avis la sphère politique sur le sérieux de ses recherches. Selon lui, après une formation de quatre à sept semaines, un chien arrive à détecter les cas positifs dans 93% des cas et à ne pas déclarer de faux positif dans 96% des cas.

La "grande variabilité" des chiens en cause, selon la DGS

Contactée par LCI au sujet de ce manque d'intérêt, la DGS nous répond que pour la mise en place à large échelle d'un tel dispositif, "les points cruciaux à valider sont la fiabilité, la reproductibilité, la spécificité et la capacité de mise en place d’une infrastructure ou d’une organisation permettant un débit suffisant en usage de routine en vie réelle", soit "autant d’éléments qu’il convient de vérifier soigneusement dans le cas de l’utilisation d’êtres vivants soumis par définition à une grande variabilité". Et de rappeler "à titre de comparaison, et pour prendre un exemple connu", que "la validation de l’utilisation de chiens renifleurs dans le cadre de la détection du cancer est encore en cours alors qu’elle a été initiée il y a plusieurs années". 

De nombreux pays utilisent déjà les chiens pour dépister le Covid

En attendant, une quinzaine de pays ont déjà sollicité l'école vétérinaire d'Alfort pour s'inspirer de sa méthode d'apprentissage, dont le Brésil, l'Argentine, l'Australie, la Namibie ou encore les Emirats arabes unis, qui ont déjà mis en place des unités mobiles de détection à l'aéroport de Dubaï, ainsi qu'à la frontière du pays. Une mise en œuvre à l’arrivée des paquebots de touristes est également envisagée. En Finlande, des chiens sont aussi présents à l'aéroport d'Helsinki, tandis que les Russes les mobilisent aux frontières. Des canidés devraient également être bientôt utilisés par la compagnie aérienne russe Aeroflot. "Il y a aussi un groupe international de travail qui s’est monté sur le sujet. Nous avons fait deux symposiums avec une trentaine de pays", affirme Dominique Grandjean.

Une promesse de financement signée avec l'OMS

 A la même période, l'Académie nationale de médecine et l'Académie nationale vétérinaire, qui se sont penchées sur le sujet, qualifiaient de "prometteuses" les recherches du professeur et encourageaient "le développement de ce nouveau test afin de le mettre en œuvre dans les meilleurs délais". Pour autant, aucune aide financière de leur a été accordée. Il y a six semaines, le professeur a en revanche été contacté par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), qui souhaitait se renseigner sur ces recherches. Il a été décidé cette semaine qu'elle allait les soutenir financièrement.

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350 chiens renifleurs bientôt déployés dans les Ehpad

En attendant un déploiement plus massif sur le territoire français, dix chiens sont pour le moment opérationnels. Ils sont répartis sur quatre services d’incendies et de secours en Corse du sud, dans l’Oise, la Seine-et-Marne et les Yvelines et servent au dépistage interne. L'association Handi'chiens, qui éduque et remet gratuitement des chiens d'assistance aux personnes à mobilité réduite, a par ailleurs fait appel à l'école nationale vétérinaire d'Alfort pour former 350 chiens officiant dans des Ehpad. "Cela leur permettra d'avoir des chiens pour dépister au quotidien, car faire des PCR a des personnes âgées est parfois rigoureusement impossible", affirme Dominique Grandjean. La Nouvelle-Aquitaine est également en train de démarrer une formation à Bordeaux et Périgueux, tandis que la région Auvergne-Rhône-Alpes envisage de le faire. 

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