Covid-19 : que sait-on des contaminations intrafamiliales ?

Covid-19 : que sait-on des contaminations intrafamiliales ?

PROTECTION - Ce jeudi matin sur LCI, l'infectiologue Gilles Pialoux recommandait le port du masque à la maison pour éviter toute transmission au sein du foyer, alors que les écoles sont encore ouvertes. Le risque de contamination intrafamilial existe-t-il vraiment ? LCI a fait le tour des études sur le sujet.

Pour la deuxième fois, le gouvernement a opté pour la solution du confinement afin de faire fléchir les courbes inquiétantes de la progression du Covid-19 sur le territoire. Mais contrairement à mars dernier, l'isolement se veut plus souple. Le télétravail est fortement encouragé, sans être obligatoire, les services publics restent ouverts, tout comme les établissements scolaires et les crèches. 

Au-delà des achats de première nécessité, les Français sont donc amenés à sortir pour tout un tas de raison. Selon le professeur Gilles Pialoux,  chef du service d'infectiologie de l'hôpital Tenon, ce jeudi sur LCI, ce type de confinement n'aurait pas grand intérêt dans la lutte contre le virus. "Il y a une contamination à l’intérieur de la cellule familiale et les Français n’ont pas pris conscience de ça", indique-t-il. Face à cette situation, il prône le port du masque, même à la maison. Mais que sait-on des contaminations intrafamiliales ? LCI fait le tour des études qui portent sur la question.

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Lors de son interview sur LCI, le professeur Gilles Pialoux faisait référence à une étude parue le 30 octobre dans le Bulletin épidémiologique "Morbidity and Mortality Weekly Report" et réalisée par des chercheurs officiant dans les Centres des maladies infectieuses (CDC) aux Etats-Unis. Ceux-ci ont suivi entre le mois d'avril et de septembre 101 personnes contaminées par le Covid-19 et symptomatiques, ainsi que leurs familles. Les personnes contaminées étaient âgées de 4 à 76 ans. Sur les 191 contacts familiaux que ces volontaires ont eu durant ce laps de temps, 102 ont été testés positifs, soit 53%. Dans le détail, les enfants de moins de 12 ans étaient 53% à avoir été infectés, les 12-17 ans, 38%, les 18-49 ans, 55%, et les plus de 50 ans, 62%.

Près des trois-quarts des patients initialement infectés ont rapporté avoir passé plus de quatre heures dans la même pièce qu'une ou plusieurs personnes de la famille la veille de la contamination de leurs proches et 40% l'ont également fait le lendemain. 40% de ces patients ont également dit avoir dormi dans la même pièce qu'une ou plusieurs personnes de leur famille la veille, et 30% le lendemain.

Quelques semaines plus tôt, une autre étude réalisée par la Covid-19 Response Team des Centres de contrôle et de prévention américains et également publiée dans le Morbidity and Mortality Weekly Report (MMWR), allait déjà dans ce sens. En analysant les données épidémiologiques de trois flambées du virus survenues dans l’État de l’Utah entre le mois d'avril et le mois de juillet, les chercheurs ont observé la fréquente transmission du virus à leur famille par de jeunes enfants inscrits au sein d'établissements scolaires et de garde. 

Au total, 74 adultes et 110 jeunes enfants, âgés de 7 ans en moyenne, ont été suivis. Sur le laps de temps que couvrait l'étude, 31 cas de Covid-19 ont été avérés et 13 d’entre eux concernaient des enfants. Seul l'un d'entre eux n'avait pas contracté l'infection en milieu scolaire. Sur les 46 cas contacts de ces enfants, 12 personnes, soit 25%, ont été déclarés comme cas secondaires de Covid-19, confirmés ou probables. Six concernaient des mères.

En France, seuls des chiffres concernant les clusters survenant dans le "milieu familial élargi" sont disponibles. Ceux-ci représentent, selon Santé publique France, moins de 5% des clusters connus. En Belgique en revanche, l'Agence pour une vie de qualité (Aviq) annonçait mi-octobre que le foyer familial était, dans le pays, le principal vecteur du virus. "Concrètement, 2.597 clusters familiaux et 481 clusters collectivités ont été recensés", rapporte à l'agence de presse Belga Matthieu Henroteaux, chargé des relations avec la presse au sein de cet organisme d’intérêt public autonome, gérant les compétences de la santé et du bien-être en Wallonie. Outre-Quiévrain, sur un total de 3078 clusters, les foyers familiaux représentent donc 84%. Hors du cercle familial, 46% des contaminations provenaient des écoles, 18% des écoles supérieures, 9% des entreprises et 2% des milieux d’accueil de la petite enfance.

Une contamination par les surfaces, mais aussi par l'air ambiant ?

Par quel biais se feraient alors ces contaminations dans le cercle familial ? Par les surfaces touchées, d'une part, mais aussi, sûrement, par les aérosols. Car, alors que la transmission par voie aérienne était considérée comme improbable au début de la pandémie de Covid-19, elle est aujourd'hui largement admise. Des études sur le SARS-CoV-2 et d’autres virus respiratoires ont en effet mis en évidence que des particules virales étaient aussi présentes dans des gouttelettes microscopiques dans l’air expiré par une personne infectée. Celles-ci peuvent rester en suspension en intérieur, potentiellement pendant des heures en l'absence de ventilation, et de fait être inspirées par d’autres personnes. 

Une étude, publiée en mai dans la revue américaine PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences), montrait ainsi comment la parole était un probable vecteur de transmission du virus via les micro-gouttelettes de salive qu'elle génère. Si d'autres études doivent encore prouver cela, l'Organisation mondiale de la santé (OMS), sous pression des scientifiques, a reconnu le 7 juillet dernier que la transmission aérienne du virus "ne peut être exclue".

Porter un masque, même à la maison, recommande le professeur Pialoux

Face à ces incertitudes, l'infectiologue Gilles Pialoux plaide donc pour le port du masque, y compris à la maison. Sur LCI ce jeudi, il dit avoir lui-même commencé à "essayer de mettre le masque dans l’univers familial". "C’est compliqué, c’est contraignant, mais on est dans une situation où il faut être innovant", fait-il valoir. "Il faut augmenter nos mesures de protection. Il faut avoir une tentation de ressembler à certains pays asiatiques qui ont intégré complètement les gestes barrières."

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