Les purificateurs d'air sont-ils efficaces dans la lutte contre le coronavirus ?

ILLUSTRATION

CONTAMINATION - Le Dr. Jean-Paul Hamon a regretté lundi sur LCI qu'un dispositif mis au point à Nantes pour "purifier l'air" n'ait pas retenu l'attention de l'exécutif. La méthode n'a pourtant pas encore fait ses preuves. Explications.

Mise à jour du 10/03 : 

Suite à la publication de cet article, LCI.fr a été contacté par "l'entreprise nantaise" à laquelle le Dr. Hamon faisait référence sur notre antenne. Son dirigeant Thierry Launois confirme avoir été en contact avec le président d'honneur de la fédération des médecins de France, précisant que "ses premières solutions de purification de l'air" allaient être commercialisées "d'ici fin mars". Nous avons ajouté leurs explications. 

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Que ce soit pour les amateurs de culture ou les habitués des restaurants, le temps se fait long. Alors évidemment, lorsqu'un praticien assure qu'un simple appareil permettrait à ces lieux d'ouvrir à nouveau leur porte, on s'étonne que cette solution miracle ne soit pas massivement utilisée. Invité de LCI ce lundi 8 mars, le Dr Jean-Paul Hamon, président d'honneur de la fédération des médecins de France, s'en est pris aux autorités sanitaires pour leur indifférence face à la technologie développée par "une entreprise nantaise". Un "boîtier", explique-t-il, qui "purifie l'air et détruit le coronavirus".

Ces propos, massivement repris sur les réseaux sociaux, servent désormais d'argument à une sphère très critique vis-à vis des restrictions gouvernementales. Ils seraient la preuve de l'obstination du gouvernement à faire vacciner la population, au détriment de ces "solutions créatives". Qu'en est-il ? Nous avons vérifié.

Une efficacité relative

Selon ces internautes qui se sont étonnés de l'affaire, le président d'honneur de la Fédération des médecins de France ferait référence à l'entreprise NatéoSanté. Basée à Nantes, elle a communiqué en novembre dernier sur les résultats de l'un de ses produits. Réalisés par un "laboratoire indépendant", ces tests montrent l'élimination de "99,6 % des aérosols contaminés et pulvérisés dans une enceinte hermétique" en "dix minutes". Seulement, il ne s'agit pas de cette société . 

Interrogé par LCI.fr, Thierry Ricci, son fondateur et dirigeant, assure ne pas avoir été en contact avec Jean-Paul Hamon. Selon lui, le docteur ferait plutôt référence aux produits d'hygiène de JVD, une entreprise, elle aussi, installée près de Nantes. Sollicités, les intéressés confirment avoir présenté au médecin les "premières performances" d'un purificateur d'air "dont la particularité est de combiner différentes technologies dans un seul et même réacteur". Le PDG de JVD spécialisée dans les équipements d'hygiène, Thierry Launois, nous confie également avoir été approché par un conseiller du cabinet du ministère de la Santé, sans toutefois avoir établi "de contact officiel". Sollicitée, la Direction générale de la Santé (DGS) n'a pas encore répondu à nos questions. 

Les deux chefs d’entreprise s'accordent en tout cas sur la lenteur des décisions des autorités sanitaires. Auprès de LCI.fr, Thierry Launois évoque un exécutif "frileux" sur la question, quand Thierry Ricci regrette de recevoir quotidiennement "des dizaines de demandes de restaurateurs qui anticipent la réouverture", sans qu'il ne s'agisse pour le moment "d'initiatives gouvernementales". Lui l'affirme : "Il n'y a aujourd'hui pas de doute sur le fait que cette technique-là diminue la charge virale dans l'air." 

Toujours est-il que les choses ne sont pas si simples. Oui, il y a bien une efficacité avérée de certains purificateurs d'air sur le Covid-19. Plus précisément, certains d'entre eux - qui disposent de filtre UV ou HEPA - permettent d'agir sur l'élimination des petits aérosols à près de 99%, selon l'Anses. Ou encore cette "nouvelle génération de purificateurs d'air", conçus par JVD donc la commercialisation est prévue pour "fin mars". Mais ce n'est pas le cas pour tous ces dispositifs. Cet acteur de l'hygiène appelle au passage à ce qu'un "réel effort de cadrage" soit réalisé sur le marché. "Le sujet est compliqué pour le gouvernement, car il existe tout un tas de produits de mauvaises factures", croit savoir Thierry Launois. 

Au-delà de cette problématique d'un secteur peu ou mal normé, cette technologie présente un autre défaut. Les aérosols ne représentent qu'un seul mode de transmission de la maladie. Pour rappel, le Covid-19 peut aussi se transmettre via les objets contaminés, les grosses gouttelettes d'aérosols - qui se diffusent à petite distance, mais avec une importante charge virale - et enfin les petites gouttelettes, en suspension. Or, le virologue Yannick Simonin note auprès de LCI.fr que les purificateurs d'air n'agissent que sur ce troisième vecteur. Et de prendre un cas concret : "Cette solution revient à aérer l'espace. Mais au restaurant, si vous parlez, la personne en face risque de s'infecter quand même, qu'il y ait purificateur ou non." 

Même constat chez JVD. S'il assure que leur technologie possède "un fort niveau de performance", Pierre-Alexandre Niemir-Deveau, le directeur scientifique de l'entreprise, concède que "le risque zéro n'existera pas". "Le traitement de l'air doit s'intégrer à un protocole beaucoup plus global", souligne-t-il.

Aucune étude "en condition réelle"

C'est justement là que l'invention bute. "Il n'existe aujourd'hui aucune preuve de l'efficacité en condition réelle", reprend Yannick Simonin. "On sait qu'on filtre plus de 95% des aérosols. Mais en conditions réelles, on n'a pas de retour sur le volume d'air filtré par minute pour quel nombre de personnes et pour combien d'individus infectés." 

Pour de vrai résultats scientifiques, relève le spécialiste, il faudrait "mettre un certain nombre de personnes contaminées dans un espace clos et regarder si la charge virale diminue". Un essai qui pose évidemment une question éthique, et qui n'a donc encore jamais été réalisé. Ce manque de données consolidées, voilà "le cœur du problème", pour reprendre les mots de celui qui est par ailleurs maître de conférences à l'Université de Montpellier. 

Aujourd'hui, seuls les retours du terrain permettraient donc de clore le débat. Le dispositif est d'ores et déjà testé dans certaines écoles allemandes, mais aussi en Auvergne-Rhône-Alpes. En novembre dernier, le président (LR) de la région, Laurent Wauquiez, avait en effet annoncé le début d'une "expérimentation" dans plusieurs établissements scolaires. Interrogées sur les premiers résultats de ces essais, les autorités locales n'étaient pas en mesure de nous répondre dans l'immédiat. 

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De son côté, Yannick Simonin n'a jamais vu pour l'heure d'études scientifiques prouvant l'efficacité du dispositif "en conditions réelles". Si cette technologie peut être utile, notamment pour remplacer l'aération lorsque celle-ci est impossible, ce n'est donc "absolument pas une solution miracle", prévient le virologue. "On a l'impression que si  l'air est pur, alors on n'a plus de coronavirus. Mais une personne contaminée sécrète continuellement du virus." En résumé, "c'est un outil qui peut être un complément, mais pas une solution". Et qui ne peut pas non plus remplacer le vaccin ni le lavage des mains.

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