Covid-19 : quel est ce collectif de "30.000 médecins" qui demande à "prescrire" ?

Site du collectif "Laissons les médecins prescrire", qui revendique à tort "30.000 médecins"

MISE AU POINT - Une députée à la tête d'un collectif créé en mars a interpellé le ministre de la Santé ce mardi. Assurant avoir l'appui de "30.000 médecins", elle revendique le droit de "prescrire des traitements" contre le coronavirus.

Elle revendique devant la représentation nationale le droit de "prescrire". Ce mardi 9 février, Martine Wonner, députée Libertés et territoires du Bas-Rhin, a accusé l'exécutif de feindre"d'ignorer l'existence de centaines de médecins" qui soigneraient leurs patients du coronavirus "avec des traitements qui fonctionnent". Pour défendre son argument, la médecin psychiatre a assuré que "chaque jour des médecins ont recours" à ces prétendus traitements. Une référence aux membres d'un collectif fraichement formé, qui aurait le soutien de "30.000 signataires". Qu'en est-il réellement? 

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Des figures de la complosphère

À la tête du collectif "Laissons les médecins prescrire", deux femmes, parmi lesquelles cette députée. Ancienne élue LaREM, dont elle a été exclue en mai dernier, ce n'est pas la première fois qu'elle fait parler d'elle. En rupture avec les stratégies de l'exécutif dans la gestion de la crise sanitaire, elle a notamment cité à tort un texte des autorités américaines pour plaider contre l'utilisation des masques. Depuis, elle dénonce ce qu'elle considère comme une médecine d'État. Un rôle d'opposante politique, aux informations bancales, qui lui a valu une place d'honneur dans le "documentaire" complotiste Hold Up. Elle y partage d'ailleurs l'affiche avec Violaine Guérin, la co-présidente de ce groupe de médecins. 

À elles deux, elles ont lancé ce groupe, né au début du printemps, en réaction à l'interdiction de prescription de l'hydroxychloroquine. Elles tentent à l'époque de réunir autour d'elles des praticiens pour échanger leurs expériences "depuis le terrain" face à un virus émergent pour lequel on cherche encore un traitement. À l'origine, il s'agit donc d'un collectif aux inquiétudes sanitaires. Depuis, il a peu à peu dérivé vers l'opposition, pointant désormais "un certain nombre d'anomalies dans la gestion de cette crise sanitaire". Et en attisant la peur autour des mesures gouvernementales. Il a part exemple partagé en janvier dernier un document supposé protéger les enfants contre une prétendue volonté des autorités sanitaires de dépister les plus jeunes. 

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Un rôle de contestation pleinement assumé. Si bien que le 9 janvier dernier, ce collectif a lancé un "appel" et créé une "coordination de santé libre" qui devait permettre aux soignants "l'exercice de la médecine sans subir une stratégie déraisonnable de l'État". Au cours d'une réunion, il s'est même présenté comme un "conseil scientifique du peuple". Pour s'ancrer dans ce nouveau rôle, le collectif est allé jusqu'à proposer, le 31 janvier, des "voies thérapeutiques précoces" pour lutter contre le Covid-19, via un document qui a fait le tour des réseaux sociaux, provoquant l'ire de l'Ordre des médecins. Un protocole qualifié d'amateur, inutilement coûteux et même "criminel" par les experts. Et contre lequel Olivier Véran a mis en garde. Ce mardi à l'Assemblée nationale, le ministre de la Santé a regretté que ce type de prises de parole puissent pousser les Français à "considérer qu'ils [peuvent] se faire leur popote dans leur cuisine". 

Uniquement 2400 signataires

Un amateurisme qui surprend pour un regroupement riche de "30.000 soignants". Pour donner un ordre d'idée, ce chiffre représente plus de 13% des quelque 226.000 praticiens que comptait la France au 1er janvier 2018, selon les chiffres de la Drees. En réalité, il n'en est rien. Il suffit de reprendre le fichier des "médecins engagés" mis en ligne par le groupe lui-même. On découvre rapidement qu'il n'y a en fait que 2400 médecins Français et 155 "internationaux". On est donc loin des chiffres annoncés. Les choses s'empirent en épluchant un peu les pages. C'est ce qu'ont fait plusieurs internautes, à l'initiative de l'association Citizen4Science. Avec cette analyse, on se rend compte que seule la moitié des professions citées sont des généralistes en mesure de prescrire des traitements contre le coronavirus. On y trouve également beaucoup de doublons et une énorme part de retraités (10% des noms). Interrogé sur cette différence entre annonce et réalité, le collectif n'a pas encore répondu à nos sollicitations. 

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