Covid-19 : risque-t-on vraiment d'être contaminé en allant au restaurant ?

Covid-19 : risque-t-on vraiment d'être contaminé en allant au restaurant ?
Santé

PROPAGATION - Les professionnels de la restauration, encore plus depuis que la fermeture totale ou à partir de 22H de leurs établissements dans les jours à venir a été imposée par le gouvernement, ne cessent de répéter qu'ils ne sont pas à l'origine de foyers de contamination. Rien ne permet en effet d'assurer le contraire.

"C'est ridicule de dire que c'est en allant au restaurant qu'on attrape le coronavirus." Ce sont les termes utilisés par Samia Ghali, deuxième adjointe à la maire de Marseille, pour décrire la décision du gouvernement de fermer à partir de ce samedi 26 septembre les bars et restaurants de la métropole d'Aix-Marseille. L'incompréhension est la même, voire plus exacerbée encore, chez les professionnels qui s'insurgent contre une mesure décrite comme "injustifiée", si ce n'est même "contre-productive".

Un secteur professionnel pointé du doigt

"Les contaminations surviennent dans le milieu privé et familial", a ainsi plaidé Franck Trouet. Selon ce porte-parole du syndicat patronal GNI, qui représente les indépendants de l'hôtellerie et de la restauration, cette décision pourrait même s'avérer dangereuse. "En fermant nos établissements à 22h" - comme ce sera le cas dans toutes les villes en zone "alerte renforcée"- "on pousse nos clients à faire la fête ailleurs: les plages et bords de fleuves tant qu'il fait beau, et demain les appartements privés", avance ainsi Franck Trouet. De son côté, le président de l'Union des Métiers et des Industries de l'Hôtellerie (UMIH) sur la Côte d'Azur, Noël Ajoury, évoque des "foutaises"."Le virus ne circule pas plus au restaurant que dans les transports !", s'est-il insurgé.

Une colère qui s'entend, mais des affirmations qui ne sont pas tout à fait justes. De fait, si, pendant la période estivale, il était vrai que les Français s'infectaient majoritairement au sein du "milieu familial élargi" et des "événements publics et privés", le dernier bilan épidémiologique de Santé publique France montre que dans le pays, plus d'un quart des foyers de propagation du virus se trouve désormais "dans les entreprises hors établissements de santé" (26%). Derrière ce terme très large, "cinq secteurs" d'activité sont particulièrement pointés du doigt par l'agence nationale de santé publique. En tout premier lieu, loin devant tous les autres, "l'industrie alimentaire", qui compte plus de la moitié des clusters dans le monde professionnel, suivie des "transports terrestres et transport par conduites" (27%). Le domaine de la restauration n'arrive, quant à lui, qu'en troisième position (20%). En tout, seuls 70 salariés de ce secteur auraient été exposés dans ces entreprises, selon Santé publique France. 

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Aucune étude concluante sur le sujet

Rien ne prouve donc que les professionnels du secteur se contaminent outre-mesure dans ces lieux. Mais qu'en est-il de la clientèle ? Nous avons posé la question à la Commission communautaire commune (Cocom) de Bruxelles, où les clients des cafés, bars et restaurants doivent communiquer leurs coordonnées lorsqu'ils entrent dans l'un de ces établissements. Contactée par LCI, Inge Neven, responsable du Service de l'inspection de l'hygiène de la Cocom, qui a à charge le suivi des cas contacts dans la région de la capitale, a ainsi indiqué que, parmi les personnes contaminées, "50% se sont rendues dans un restaurant ou un bar dans les deux jours qui ont précédé les premiers symptômes ou un test positif". Si cela ne veut "pas nous plus dire que ces individus ont été infectés dans ces lieux", comme le relève cette experte qui appelle à rester "prudents", on peut en comprendre "par déduction" que ce sont des endroits "à risque, où les personnes ont des contacts proches".

Des résultats proches de ceux d'une étude réalisée aux Etats-Unis. Publiée le jeudi 10 septembre par les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), elle est fondée sur des questionnaires donnés à 300 personnes venues se faire tester en juillet dans 11 hôpitaux américains. Une moitié a reçu un test positif, et l'autre moitié un test négatif. Avec les réponses des interrogés, qui devaient notamment préciser s'ils étaient sortis faire des courses dans les 14 jours précédant les symptômes où s'ils s'étaient rendus chez le coiffeur, dans un bar ou un restaurant, les experts se sont rendu compte que les participants négatifs et positifs respectaient les mêmes gestes barrières et avaient les mêmes comportements pour l'ensemble des lieux, sauf deux : les bars et les restaurants. Les cas positifs étaient deux fois plus nombreux à avoir fréquenté ces lieux que les cas négatifs, dans les deux semaines précédant les premiers symptômes. Une analyse qui a toutefois ses limites étant donné qu'elle ne distingue pas les espaces intérieurs et extérieurs.

Une autre recherche prouvait, en juillet dernier, comment la climatisation dans un restaurant qui n'était pas aéré a permis de diffuser le virus. Là encore, on ne parle que d'un établissement en intérieur. Les chercheurs ne recommandaient toutefois pas, à l'époque, une fermeture de ces lieux mais concluaient qu'il fallait "augmenter la distance entre les tables et améliorer la ventilation". 

Et qu'en est-il de la France? Impossible de le savoir à priori puisque, contrairement à l'Allemagne et la Belgique, le traçage dans ces lieux très fréquentés n'est pas obligatoire. Et pourtant, Olivier Véran a déclaré ce vendredi à Marseille qu'il était "prouvé que les bars et restaurants sont des lieux à risque". Interrogée par LCI, la Direction Générale de la Santé (DGS) n'était toujours pas en mesure de nous expliquer, ce lundi 28 septembre, sur quels éléments s'appuie le ministre de la Santé.

Si les contagions dans les bars et restaurants, où le port du masque n'est obligatoire pour les clients qu'à partir du moment où ils se déplacent à l'intérieur, sont soupçonnées depuis longtemps, rien ne permet donc pour le moment de rigoureusement établir la hiérarchie des lieux publics les plus à risque. Raison pour laquelle Andrea Ammon, la directrice du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), relevait pas plus tard que jeudi dernier que des mesures aussi "drastiques" que la fermeture de ces commerces n'étaient pas nécessaire. Assurant plutôt que "conserver la distanciation sociale est le plus sûr".

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