Si le virus se transmet d'abord par les postillons, pourquoi ne favorise-t-on pas plus les tests salivaires ?

Le test PCR reste aujourd'hui le plus efficace.
Santé

CHARGE VIRALE – Des internautes s'interrogent en observant le faible recours aux tests salivaires afin de dépister le Covid-19. Si le virus n'est pas détecté via la salive, ils s'étonnent que l'on cherche à se prémunir d'elle et remettent en cause l'utilité des masques. Un raisonnement qui ne tient pas.

Pour dépister le Covid-19, les laboratoires ont généralement recours aux tests PCR avec un prélèvement naso-pharyngé, une technique peu agréable pour les patients puisqu'elle conduit à insérer un long écouvillon dans le nez. Des publications sur les réseaux sociaux s'interrogent sur la pertinence de cette méthode de détection, alors même que l'on présente ce virus comme transmis "par la salive via les postillons". 

Pourquoi, dès lors, ne pas se contenter de prélever des échantillons de salive ? Ne pas les utiliser, "cela voudrait dire que la salive ne contient pas le virus ?", se demandent ces messages. Les mesures de prévention sont en conséquence remises en cause : "En quoi le masque nous protégerait ? J'ai du mal à comprendre…" 

Une charge virale trop faible

Si au premier abord, il s'agit ici d'arguments "de bon sens", ce raisonnement ne tient pas aux yeux des professionnels de santé, qui insistent sur le rôle joué par la charge virale et le besoin de rechercher le virus là où sa concentration est la plus élevée. La Direction générale de la Santé (DGS), sollicitée par LCI, souligne que "lors d’une infection par le SARS-CoV-2, celui-ci va se multiplier majoritairement au niveau du pharynx avant de migrer plus profondément dans les voies respiratoires".

Si d'autres types de prélèvements, par la gorge notamment (on les qualifie de "oro-pharyngé") ont été envisagés, "la RT-PCR sur prélèvement naso-pharyngé [via le nez, NDLR] est la technique de référence pour la détection du SARS-CoV-2", poursuit la DGS. En revanche, le prélèvement salivaire "montre une présence moins importante du virus" : cela ne signifie pas qu'il est absent des postillons, mais bien que sa concentration est moins forte et qu'il est donc moins judicieux de prélever de la salive. 

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"Quand on veut se donner les moyens de le trouver, il faut chercher là où il est le plus présent", résume Denis-Jean David, adjoint à la direction du service d'évaluation des actes professionnels au sein pour la Haute autorité de santé (HAS). "En l'occurrence, le plus accessible est au fond des fosses nasales." Il ajoute que si le virus est présent dans les postillons, qui "sont une voie de contamination", ce n'est pas pour ça qu'il "reste dans la bouche". En effet, "le virus migre et se développe ailleurs".

Pour appuyer son propos, Denis-Jean David utilise une comparaison très parlante : "Prenez le VIH, ce n'est pas parce qu'il se transmet lors de rapports sexuels que les tests de dépistage vont s'effectuer au niveau des parties génitales !"

Les tests salivaires dans certaines conditions

Le fait de privilégier les tests PCR naso-pharyngés est donc directement lié à la charge virale et explique que des méthodes soient privilégiées par rapport à d'autres. Néanmoins, la DGS rappelle que la HAS a jugé utile le prélèvement salivaire pour "les patients symptomatiques de moins de 7 jours, soit lorsque l’expression virale est la plus élevée".

La HAS "a en effet placé le test salivaire en 2e ligne", confirme Denis-Jean David, notamment "pour les personnes qui ont des difficultés à réaliser le prélèvement naso-pharyngé, que ce soit les jeunes enfants, des personnes âgées atteintes de maladies dégénératives… Dans certains cas de figure, le prélèvement salivaire est préférable." Pour formuler ses recommandations et s'assurer que les tests salivaires puissent présenter dans certaines situations une alternative fiable, la HAS a procédé à une revue de la littérature scientifiques afin d'en livrer une étude critique.

En marge de ces préconisations, les autorités de santé rappellent par ailleurs que le port du masque n'est pas préconisé pour se donner bonne conscience, mais bien car "la respiration, comme la parole, nécessite un flux d’air descendant vers les poumons et ressortant par la bouche et le nez". Dès lors, "l'air, qui est déjà humide, traverse ces zones où le virus est le plus présent et l’entraîne avec lui. Il peut également s'accompagner de particules de salive, notamment lors d’un éternuement ou tout simplement pour parler." Pour ces raisons, le masque apparaît comme une réponse adaptée, permettant de "faire barrière non seulement au niveau de la bouche, mais aussi du nez", ce qui constitue "tout son intérêt".

En conclusion, on peut donc souligner qu'il est logique de privilégier les tests PCR naso-pharyngé plutôt que les prélèvements salivaires, la charge virale étant plus importantes au sein des voies respiratoires. Il s'avère néanmoins que dans certaines situations, en l'occurrence pour les patients symptomatiques de moins de 7 jours, les tests salivaires sont aujourd'hui jugés pertinents par la HAS, bien que les PCR soient pour l'heure considérés comme la méthode la plus fiable et efficace.

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