Un vaccin peut-il vraiment être mis au point en seulement un an ?

Des procédures spécifiques ont été mises en place dans ce contexte de pandémie.

PROUESSE - D'ordinaire, produire un vaccin prend près d'une décennie. Ce qui suscite des interrogations puisque des laboratoires assurent aujourd'hui se trouver près du but avec celui contre le Covid-19. Des résultats jamais vus, et obtenus grâce à une multitude de facteurs.

La reprise d'une vie "normale" semble aujourd'hui suspendue à l'arrivée d'un vaccin contre le Covid-19, et les laboratoires sont nombreux à se mobiliser pour tenter de le développer. Ces dernières semaines, les annonces encourageantes se sont multipliées, avec des essais dont les résultats montrent pour certains une efficacité supérieure à 90%. Pour autant, ces premières réussites interrogent et interpellent, sachant qu'en théorie, il faut près de 10 ans pour mettre au point un vaccin. Une question simple émerge alors : peut-on vraiment mettre au point un vaccin en un an ? 

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Une organisation chamboulée

Avant toute chose, rappelons qu'à l'heure qu'il est, aucun vaccin n'a bénéficié d'un agrément des autorités sanitaires permettant de mise sur le marché et sa diffusion. Les résultats des essais cliniques, aussi encourageants qu'ils soient, n'offrent pas de garantie quant aux futurs agréments qui vont être délivrés. Néanmoins, la confiance est de mise, et des voix s'élèvent pour indiquer que si tout se déroule sans encombre, les premiers vaccins homologués devraient être disponibles en toute fin d'année. 

Surprenant, d'autant que le développement d'un vaccin nécessite de sept à dix ans en moyenne, dans un contexte plus "normal". L'ampleur de la pandémie de Covid-19 a modifié la donne : "C'est un contexte exceptionnel, et la réponse apportée est tout aussi exceptionnelle", lance Frederik Tack, le vice-président du comité vaccins du Leem, l’organisation professionnelle des entreprises du médicament opérant en France. Il avertit néanmoins que "l'on ne peut pas faire des raccourcis", à savoir sauter des étapes dans le travail de recherche qui puisse faire courir des risques pour les patients.

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Comment faire pour accélérer ? Frederik Tack souligne "la collaboration impressionnante qui a été observée durant cette épidémie", dans le secteur de la recherche d'une part, mais aussi dans le dialogue avec les autorités. Il met en avant "l'apport précieux des Chinois, qui ont partagé très tôt le séquençage du génome qu'ils ont réalisé", un gain de temps non négligeable. Avec les pouvoir publics, l'organisation a été par ailleurs totalement revue. "On passe d'ordinaire par des phases séquentielles", indique le représentant du Leem, "on soumet dans un premier temps des preuves, qui vont faire l'objet d'une évaluation. Alors seulement débute une deuxième phase, basée sur le même modèle, et ainsi de suite." Une série d'échanges se met en place, "et seulement à la fin, débute la production des doses".

En pleine pandémie, les processus habituels sont chamboulés. L'agence européenne du médicament l'explique très bien sur son site, et montre que des étapes de développement et de tests qui sont d'ordinaire conduites les uns après les autres se font actuellement en parallèle. Ce qu'illustre les schémas ci-dessous. 

Ce fonctionnement repensé, prévu en cas d'épidémie majeure, est l'élément central qui explique les délais raccourcis observés dans le cadre de cette pandémie. Il faut néanmoins rappeler que tous les laboratoires ne se trouvent aujourd'hui pas au même niveau, et que seuls quelques-uns pourront prétendre à un vaccin validé dès la fin de l'année. Cela varie en fonction des techniques utilisées, souligne le Leem, assurant que les laboratoires "s'engagent dans un marathon et pas dans un 100 mètres". Les besoins en vaccins seront importants, et le resteront sans doute dans le temps, il n'est donc pas envisageable de griller des étapes pour se prévaloir d'être le premier. D'autant que tous les vaccins ne sont pas identiques, certains nécessitant par exemple deux injections quand d'autres n'en requièrent qu'une. 

Une prise de risque assumée et partagée

"Certains vaccins pour COVID-19 sont développés à l'aide de nouvelles méthodes qui devraient augmenter le volume et la vitesse de production par rapport à d'autres types de vaccins", assure l'Agence européenne du médicament, tandis que "d'autres vaccins sont mis au point à l'aide de méthodes existantes. Ceux-ci sont déjà utilisés dans des vaccins contre d'autres maladies, ce qui signifie qu'il pourrait être plus facile d'utiliser les installations de production existantes pour produire des vaccins COVID-19 à grande échelle que pour les types de vaccins plus récents."

Frederik Tack, le vice-président du comité vaccins du Leem, ajoute que de précédentes épidémie, à l'instar du SARS-CoV qui a touché la planète en 2003, "ont permis d'engranger des connaissances très utiles aujourd'hui, et permettant de gagner du temps". Les chercheurs ne sont donc généralement pas partis d'une page blanche lorsqu'ils se sont penchés sur le Covid-19 et qu'ils sont partis en quête d'un vaccin. 

Enfin, il faut souligner le fait que les laboratoires, comme les autorités, "prennent des risques qu'ils n'accepteraient pas d'ordinaire". Pas en matière de sécurité, les instances telles que l'Agence de sécurité nationale du médicament veillant à ce que les vaccins ne présentent pas de risques pour les populations, mais plutôt en matière de production. L'Union européenne s'est par exemple engagée très tôt à commander des doses par millions, avant même que ne soient finalisés les vaccins. Un signal fort envoyé aux labos, et la garantie que les investissements consentis ne mettront pas en danger leur équilibre économique.

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En outre, des accords moins médiatisés ont été noués, en ce qui concerne les éventuelles indemnisations. Les développements de vaccins prennent généralement du temps car il s'agit de multiplier les phases de tests pour voir apparaître d'éventuels effets secondaires. Une mise au point accéléré laisse de facto moins de temps pour ces évaluations, et les laboratoires craignent que des patients ne se retournent contre eux si des complications venaient à survenir à l'avenir. Les procédures d'indemnisation dans ce cas de figure sont connues, et le plus souvent très coûteuses.

Avant même de finaliser des vaccins, l'industrie pharmaceutique a donc exigé des garanties des autorités. Elle a accepté de travailler dans l'urgence pour qu'un vaccin soit prêt au plus tôt, mais a en parallèle exigé que le coût des éventuelles indemnisations soit partagé en cas de litiges. "Les accords d'achat anticipé conclus avec certains laboratoires prévoient que les États membres indemnisent le fabricant pour certaines responsabilités encourues", reconnaît la Commission européenne.

Si les délais annoncés pour la mise au point d'un vaccin contre le Covid-19 sont sans commune mesure avec ceux d'ordinaire observés, cela s'explique donc pas une multitude de facteurs. L'accélération des phases de développement et la collaboration accrue avec les autorités permet à certains laboratoires d'espérer un vaccin en un an seulement. Une partie peuvent aussi s'appuyer sur d'anciennes recherches, autour de coronavirus différents. Ajoutons enfin qu'un facteur chance peut aussi entrer en compte, et que certains virus sont plus faciles à appréhender que d'autres. Les représentants du Leem soulignent ainsi le fait que l'industrie pharmaceutique planche depuis des décennies sur un vaccin contre le Sida, mais qu'à l'heure actuelle, aucune équipe de chercheurs n'est parvenue à le mettre au point. 

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