Un vaccin qui "n'empêche pas la transmission", est-ce vraiment "du jamais-vu depuis Pasteur" ?

Un vaccin qui "n'empêche pas la transmission", est-ce vraiment "du jamais-vu depuis Pasteur" ?

IMMUNITÉ - Le très controversé professeur Perronne a regretté ce vendredi que le vaccin contre le Covid-19 "n'empêche pas la transmission", soulignant que cela était une première "depuis Pasteur". C'est faux.

Ses positions controversées depuis le début de l'épidémie de Covid-19 en ont fait un personnage absent des médias. C'est pourtant sur la chaîne Sputnik que le professeur Christian Perronne s'est exprimé ce vendredi 3 décembre. Médecin controversé de l'AP-HP, démis de ses fonctions, il a répété un certain nombre de contre-vérités, affirmant notamment que la mise sur les marchés des vaccins contre le Covid-19 était illégale et défendant à nouveau l'hydroxychloroquine, promue par Didier Raoult. 

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Sur la chaîne russophile, la caution scientifique du film complotiste Hold-Up, a également amené d'autres arguments pour décrédibiliser le vaccin. Il a ainsi assuré que "le vaccin n'empêche pas de transmettre le virus". Une situation "jamais vue dans l'histoire des vaccins, depuis Pasteur". Qu'en est-il réellement ? 

Immunité stérilisante ou effective

Effectivement, si les vaccins contre le Covid-19 offrent une protection contre les formes graves de la maladie et les décès, ils confèrent aussi "au minimum une certaine protection contre l'infection et la transmission", comme le relève l'Organisation mondiale de la santé (OMS), "mais pas autant que contre les formes graves et les décès", du propre aveu de l'agence onusienne. Si le vaccin n'empêche pas la totalité des transmissions - son efficacité est tombée de 60% à 40% avec l'arrivée du variant Delta - c'est cependant loin d'être une première. 

Il faut savoir qu'il existe deux types d’immunité. La première est l'immunité dite "stérilisante". But ultime de la recherche médicale, elle prévient toute infection de l'organisme par le pathogène et permet donc l'éradication du virus. Comme nous l'expliquions déjà ici, c'est ainsi que la variole a disparu officiellement depuis mai 1980. La rougeole fait aussi partie de ces maladies contre lesquelles l'humanité lutte grâce à un vaccin à l'immunité stérilisante. 

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Néanmoins, la liste de ces produits super efficaces s'arrête ici. Car la plupart des vaccins ne procurent qu'une immunité dite "effective". Celle-ci protège contre les symptômes les plus graves d'une maladie sans empêcher le virus d'entrer dans l'organisme. Ce qui ne les rend pas pour autant inefficaces. "Avec ces vaccins, le système immunitaire contient suffisamment l'agent pathogène pour prévenir la maladie, mais celui-ci peut persister dans l'organisme et potentiellement infecter d'autres personnes", comme le résumait Dawn Bowdish dans les pages du magazine américain Scientific American. C'est le cas pour l'hépatite B, les oreillons, ou encore la grippe.

Les vaccins contre cette maladie contagieuse offrent peut-être le meilleur exemple. Ce produit, dont la composition change chaque année, ne permet "toujours pas d'éviter la maladie" mais "réduit le risque de complications graves ou de décès", comme le résume le site internet de Santé publique France qui regroupe les informations sur la vaccination. 

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Contrairement à ce que l'on peut penser, la majorité des vaccins n'empêchent donc pas la diffusion d'un virus dans la population. Pire encore, certains vaccins accélèrent sa diffusion ! Le magazine américain de vulgarisation scientifique cite ainsi l'exemple des vaccins contre la coqueluche. S'ils permettent de lutter contre les formes graves, ils entraînent "la réplication du microbe dans les voies respiratoires supérieures". "La transmission asymptomatique peut donc être un moteur majeur de la résurgence de la coqueluche dans les populations hautement vaccinées", d'après les modélisations d'une équipe de l'Institut Pasteur de Lille.

Pas de quoi faire tourner Louis Pasteur dans sa tombe. Car malgré tout, l'introduction des vaccins contre la coqueluche en 1959 a fait chuter le nombre de cas de manière "spectaculaire". Et a permis d'éviter 1,3 million de décès dans le monde, selon une estimation de l'OMS qui remonte à 2001. 

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