Covid-19 : une surmortalité "relativement faible" même chez les plus de 65 ans, vraiment ?

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LÉTALITÉ - Une étude publiée vendredi 26 mars et notamment cosignée par l'épidémiologiste Laurent Toubiana, assure que l'excès de mortalité en France était "relativement faible". Nous l'avons passée au crible.

C'est un document "exclusif". "Étude édifiante" à l'appui, Sud Radio a annoncé ce vendredi 26 mars que la surmortalité liée au coronavirus était "relativement faible" en 2020. Parmi les quatre auteurs du document cités par la radio, Laurent Toubiana, épidémiologiste à l'Inserm. Invité de l'antenne pour la publication de ces travaux, il y répète que cette surmortalité a été de l'ordre de "3,6 % de plus que les années précédentes". Des conclusions trompeuses.  

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Une étude pas soumise à des pairs

Depuis le début de l'épidémie, ce débat fait rage dans la sphère scientifique. Entre les chercheurs jugés "alarmistes", qui demandent des mesures exceptionnelles, et ceux décrits comme "rassuristes". Dans cette seconde catégorie, certains pensent en effet que la létalité ne suffit pas à justifier les mesures inédites et leurs conséquences, tant économiques que psychologiques, tandis que d'autres relativisent tout bonnement le bilan du Covid-19. Laurent Toubiana fait partie de ceux-là. Invité dans le "documentaire" complotiste Hold Up, il a notamment martelé à la rentrée que "le virus ne circule pas".  Après "une année d'une crise sans précédent", il a donc tenu à analyser "l'impact réel de l'épidémie". Et son constat est sans appel : "L'épidémie de Covid-19 a eu un impact relativement faible sur la mortalité en France. Avec trois autres auteurs, il estime "à 3,72 %, l'excès par rapport à la mortalité attendue en 2020".

Pour donner du crédit à ce travail, les auteurs ont cité les institutions auxquelles ils étaient affiliées. Et notamment le prestigieux Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Si Laurent Toubiana est bien un chercheur de cet établissement public, il n'a pas réalisé cette étude dans le cadre de son travail au sein du "laboratoire d'informatique médicale" auquel il est affilié. Ainsi, l'Inserm souligne que cette étude, qui "n'est pas publiée dans un journal scientifique soumis à une évaluation par les pairs", n'a "pas fait l'objet d'une communication de l'Inserm". Auprès de LCI.fr, l'institut rappelle par ailleurs que "les prises de position de Laurent Toubiana ne sont en aucun cas celles de l'Inserm", dont les travaux s'appuient "sur des faits scientifiques rigoureusement établis et sur des données transparentes et solides". 

Parmi les autres co-auteurs, on trouve également Jacques Bouaud, chercheur en informatique biomédicale, et Laurent Mucchielli, un sociologue spécialiste des questions de délinquance et d'insécurité. Des profils très loin de la statistique. Contrairement à celui du dernier auteur, Pierre Chaillot, présenté comme affilié à l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Or, c'est précisément cet institut qui est le seul organisme en France habilité à exploiter les données de mortalité. Seulement, auprès de LCI.fr, l'institut officiel des statistiques dévoile que "la personne en question ne travaille ni à l'Insee, ni au sein du service 'Statistique publique". De fait, selon son profil LinkedIn, Pierre Chaillot a quitté l'agence en avril 2019. Il est désormais "directeur de projet Data Intelligence" au Conseil Régional des Pays de la Loire. 

Auprès de LCI.fr, l'Insee s'est donc désolidarisé de ces conclusions, soulignant qu'il n'était "associé en aucune façon à cette étude". "La mention de l'affiliation de son auteur à l'Insee est à la fois erronée et trompeuse."

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Quant aux conclusions des chercheurs, comme nous vous l'expliquons ici, on ne s'invente pas statisticien. Pour réaliser une analyse de la question très délicate de la surmortalité, de nombreux critères sont à prendre en compte. Or, l'Insee a déjà mené une enquête sur le sujet. Hautement plus minutieuse, ses conclusions publiées ce lundi 29 mars sont bien différentes. Elles montrent que la mortalité a augmenté de 9,1% en France en 2020. Une hausse décrite comme "inédite" depuis 70 ans. 

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