Que sait-on du Criigen, ce comité de recherche souvent cité en exemple dans la sphère anti-vaccins ?

Les arguments portés par le Criigen alimentent les discours de certains opposants à la vaccination, ou les critiques à l'égard de la politique sanitaire actuelle.

CRISE SANITAIRE - Un comité scientifique indépendant, le Criigen, se montre bien plus critique que les experts en santé publique sur les politiques de vaccination massives. LCI s'est penché sur le parcours de ce comité et sur celui de ses membres les plus influents.

Peut-être avez-vous, au cours des derniers mois, lu ou entendu des membres du Criigen au sujet de l'épidémie de Covid-19. Derrière cet acronyme, qui désigne le Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique, une association loi de 1901 dont la fondation remonte au 1er juin 1999. D'ordinaire focalisé sur les questions liées aux OGM et aux pesticides, le comité a vu certains de ses membres s'exprimer publiquement sur la gestion des politiques de santé publique depuis l'émergence du virus en France, à la fin de l'hiver 2019/2020.

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Sceptiques quant à l'utilisation des virus à ARNm, le Pr Christian Vélot, vice-président du Criigen, a été invité à s'exprimer à de multiples reprises. Il a jugé problématique la décision d'inciter à vacciner en masse la population, et a estimé "urgent de ne pas vacciner les enfants". Toujours au sujet des vaccins, le généticien a indiqué qu'ils laissaient "la voie libre aux variants". 

Le site du Criigen héberge par ailleurs une tribune signée de l'un de ses membres, le professeur de biochimie Jean-Paul Bourdineaud. Un long texte où le variant Delta est qualifié de "grippette", et au cours duquel les autorités sont accusées de "jouer avec la santé des gens en prétendant les protéger". Si ces expressions renvoient à une rhétorique classique dans les milieux antivax, les représentants du Criigen se défendent de toute opposition de principe à la vaccination. Une position qui ressemble à un délicat exercice d'équilibriste.

Une série d'arguments trompeurs

Le Criigen, composé à la fois de chercheurs et de personnalités issues d'horizons plus variés (agriculteurs, enseignants, chefs d'entreprises...) a utilisé son site Internet pour relayer les messages de Christian Vélot ou Jean-Paul Bourdineaud. Une manière d'en assurer la promotion, tout en laissant entendre que l'association partage sur le fond les propos et arguments qui sont tenus. Des messages à contre-courant de ceux délivrés par les autorités, mais également pas une majorité de virologues et épidémiologistes, plaidant pour une vaccination large et massive des populations.

On note que les relais nombreux de ces déclarations (au sein de la sphère anti-vaccins notamment) ont fini par attirer l'attention des médias, et notamment du service de vérification des faits de l'Agence France-Presse. Ce dernier s'est focalisé sur l'extrait d'une émission à laquelle était invité le généticien. Une vidéo réalisée par FranceSoir, plateforme épinglée à de multiples reprises pour sa diffusion de fake news, et qui voit Christian Vélot assurer que la vaccination contribue à l'émergence de variants et à leur sélection. 

Un discours que l'AFP a déconstruit en longueur, s'appuyant sur l'expertise de plusieurs spécialistes. De nombreux arguments repris par son partenaire du Criigen Jean-Paul Bourdineaud se heurtent, eux aussi, aux faits : ce dernier évoque notamment des milliers de morts vaccinés aux États-Unis, attribuant le décès de ces patients aux doses reçues. Une interprétation totalement trompeuse des chiffres fournis par les autorités de santé outre-Atlantique.

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Les membres du Criigen sont-ils légitimes pour faire valoir une expertise sur le Covid-19 et la vaccination ? Lorsque l'on passe en revue les publications des membres du "conseil scientifique" du comité, on observe que le champ de compétence des chercheurs se concentre essentiellement sur les questions liées aux pesticides. Christian Vélot, par exemple, a cosigné des articles sur l'impact du Roundup, relatifs aux champignons en particulier. Au cours de cette enquête, LCI n'a trouvé chez les membres du Criigen aucune trace d'étude publiée et revue par des pairs au sujet du Covid ou des vaccins dans la littérature scientifique.

Cette absence n'est pas forcément surprenante puisque depuis deux décennies, le Criigen s'est fait connaître et remarquer par son approche à la fois scientifique et militante autour d'un sujet précis, celui des OGM et des pesticides. Le site de l'association témoigne de cette spécialisation : les publications archivées se concentrent dans leur immense majorité autour de ces thématiques, tandis que les "autres recherches" se limitent à quelques écrits sur l'autisme ou la contamination des poissons par du mercure. Rien sur le vaccin, sur l'ARN messager, ni d'ailleurs sur l'étude et la compréhension des virus ou de leurs variants.

Au cours des derniers mois, on note que les propos de Christian Vélot ont été remis en question par Libération. Sollicitant plusieurs experts spécialisés dans l'étude des virus, le journal s'est focalisé sur deux affirmations trompeuses. Tout d'abord, le fait qu’il existerait un risque d’intégration "de l’ADN vaccinant dans nos propres chromosomes" chez les vaccins à vecteur viral tels qu'AstraZeneca, ce que soutien le vice-président du Criigen. Mais également un potentiel risque d’incorporation d’ARN messager ou d’ADN (contenu dans les vaccins Pfizer ou Moderna) au sein du génome d’autres virus. Jugés infinitésimaux, les risques évoqués par Christian Vélot sont très largement relativisés par les experts cités par Libé. Une probabilité semblable à celle "de gagner au loto et d’être frappé par la foudre le même jour".

Une critique sévère des institutions de santé

Pour mieux comprendre la position singulière affichée par le Criigen ces derniers mois, LCI a contacté le Pr Christian Vélot. Il insiste d'emblée, comme il le fait régulièrement lors de ses prises de parole, sur le fait qu'il ne s'oppose pas à la vaccination. Celle-ci constitue "un moyen de lutte contre l’épidémie qui ne doit absolument pas être écarté, bien évidemment", introduit-il. Les vaccins ne devraient toutefois pas à ses yeux être perçus comme une réponse unique à la pandémie, surtout "quand ils sont très imparfaits comme ceux qui nous sont proposés aujourd’hui". Il juge "essentiel, comme pour toute maladie infectieuse, de ne pas mettre tous les œufs dans le panier du vaccin", en ne manquant pas de "soutenir la recherche et le développement d'autres thérapies, préventives ou curatives". La stratégie des autorités de santé lui apparait contre productive, en cela qu'elle "alimente le doute, les crispations et installe une profonde rupture de confiance qui pourrait conduire à un refus en bloc de la vaccination même lorsqu’on disposera de vaccins sûrs".

Christian Vélot affiche par ailleurs une défiance assumée vis-à-vis d'institutions telles que l'Académie de médecine, le Haut Conseil de la santé publique ou l'Inserm, qui ont pris position en faveur d'une large vaccination de la population. Quel crédit leur accorde-t-il ? "Aucun !", tranche-t-il. "L’Académie de médecine a dit tellement de conneries sur tellement de sujets que quand ses positions contredisent les miennes, cela me rassure en me disant que je dois vraiment avoir raison. Toutes ces institutions sont dans des positions souvent dogmatiques qui ne reflètent absolument pas la diversité de pensées qu’il y a au sein de la communauté scientifique."

Conscient que ses discours détonnent dans le paysage actuel de la recherche, le généticien ne se "préoccupe pas du pédigrée" de celles et ceux qui "reçoivent, relaient ou s'appuient" sur ses interventions. Et ne s'émeut pas que des internautes opposés aux vaccins s'appuient sur ses déclarations. "Je suis personnellement contre toute forme de censure", lance-t-il, "et je ne vois pas pourquoi on devrait empêcher les anti-vaccins de s’exprimer (que l’on partage ou non leurs thèses). La contradiction est ce qui fait respirer la démocratie, et on en a besoin en science comme ailleurs." Il loue d'ailleurs l'esprit d'ouverture des membres du Criigen, un comité dont il se réjouit qu'il ne soit "pas une secte" et "ne défende pas la pensée unique".

Des membres pas consultés

Membre lui aussi du comité scientifique du Criigen, Pierre-Henri Gouyon évoque également la pluralité d'opinions qui y règnent. Ingénieur agronome et docteur-ingénieur en génétique, ce professeur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris ne cache pas un certain embarras lorsqu'on l'interroge sur la manière dont les questions liées à la vaccination sont abordées par certains membres du comité. Il évoque ainsi des "débats" en interne, et plus globalement une "situation assez confuse au Criigen actuellement. [...] Il y a des choses qu'il faut que l'on règle dans la manière dont on communique", ajoute-t-il, laconique. 

Reconnaissant que les virus ou les vaccins n'entrent pas dans son champ de compétences direct, l'enseignant souhaiterait que les scientifiques de tous horizons et spécialités soient davantage consultés dans cette crise. Et s'interroge sur certains aspects de la stratégie vaccinale : "Est-il vraiment utile de revacciner les gens qui ont déjà guéri du Covid ?", demande-t-il, "sachant que ces doses pourraient servir dans les pays pauvres" où la circulation non contrôlée du vaccin peut notamment contribuer à l'émergence de nouveaux variants.

S'il ne se considère plus comme un membre actif du comité depuis plusieurs années déjà, Louis-Marie Rocque apparaît toujours dans la rubrique "membres" sur le site du Criigen. À la tête de Loop Dee Science, entreprise normande de biotechnologie spécialisée dans les recherches sur l'ADN, il se dit "un peu surpris" des propos qui ont pu être tenus au cours des derniers mois par des membres du comité. "Ce sont plutôt des déclarations individuelles que collectives", ajoute-t-il, confirmant n'avoir pas été informé au préalable des publications qui seraient partagées sous la bannière du Criigen. 

Figure de prou de l'association, dont elle a été la présidente-fondatrice en 1999, l'avocate et ancienne ministre de l'Environnement Corinne Lepage reste aujourd'hui présentée comme présidente d'honneur. Sollicitée il y a quelque temps par l'AFP en réaction aux arguments défendus par Christian Vélot, elle a soutenu "n'avoir aucune fonction au sein du Criigen" et s'est présentée comme "une pro-vaccin assumée". Lorsque au sein du comité, la stratégie des autorités de santé est parfois remise en cause ou critiquée, la codirigeante du parti Cap écologie affiche une position très claire : "Je suis opposée à la remise en cause du vaccin", indique-t-elle sans réserve.

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