Vaccination : vers une troisième injection pour les patients immunodéprimés ?

Vaccination : vers une troisième injection pour les patients immunodéprimés ?

VACCINATION - Les patients greffés ou dialysés ne produiraient pas suffisamment d'anticorps contre le Covid-19, même après deux injections. Médecins et associations de malades demandent à ce qu'ils puissent bénéficier d'une troisième injection dans les plus brefs délais.

S'immuniser contre le Covid-19 tout en possédant un système immunitaire fragile, c’est tout le casse-tête des personnes immunodéprimés. En France, plus de 60.000 personnes vivent grâce à une greffe d'organe ou à la dialyse en cas d'insuffisance rénale. De manière générale, la vaccination marche moins bien pour cette population de patients, en raison de  l’affaiblissement de leurs défenses immunitaires. Et malheureusement, le vaccin contre le Covid-19 n’échappe pas à la règle. 

Des études préliminaires montrent en effet que les patients greffés ou dialysés ne produiraient pas une réponse immunitaire suffisante, même après deux injections. Or on le sait, cette population a plus beaucoup de risques de faire une forme grave de la maladie. Le Pr Gilles Blancho, directeur de l'Institut de transplantation urologie-néphrologie (ITUN) au CHU de Nantes et président de la Société francophone de transplantation (STP) a répondu aux questions de LCI.

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Covid-19 : le défi de la vaccination

LCI : Cette population de patients n’était pas incluse dans les essais cliniques. Que disent les premières données quant à l’efficacité du vaccin chez les personnes immunodéprimées et notamment ceux qui sont greffés ou dialysés ?

Ce sont des populations dites vulnérables, car elles ont beaucoup plus de risques de faire une forme plus grave d’infection au Covid-19 par rapport à la population générale et aussi, évidemment, de décéder. Et c’est d'ailleurs la raison pour laquelle ces patients figuraient parmi les publics prioritaires. Cependant, on constate que dès la première injection, et même après la deuxième, la réponse immunitaire est beaucoup moins élevée que dans la population générale. 

Certains patients ont fait des maladies covid, malgré deux injections. Concrètement, les études préliminaires montrent que seulement 45% des personnes immunodéprimés ayant reçu la deuxième dose de vaccin à ARN messager (Moderna ou Pfizer-BioNTech) ont présenté des anticorps. Autrement dit, 55% des patients se croient protégés alors qu’ils ne le sont pas. La question se pose également pour ceux en chimiothérapie ou qui ont des maladies auto-immunes. 

Il ne faut pas laisser dans la nature ces patients se croyant protégés alors qu’ils ne le sont pas.- Le Pr Gilles Blancho

Quelles sont les pistes envisagées à l’heure actuelle pour augmenter la réponse immunitaire chez ces patients ?

Nous avons fait remonter ces observations au Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, qui doit rendre un avis prochainement sur la question. La piste qui est privilégiée pour l'heure est d’effectuer une troisième injection, dans un premier temps chez ceux pour qui il n’y a pas eu de production d’anticorps et peut-être, à terme, de l’élargir à tous les patients immunodéprimés.

En attendant, il est très important de faire savoir à ces patients qu’ils doivent être vigilants parce que le niveau d’anticorps qu’ils ont après vaccination n’est pas très élevé, voire même inexistant pour certains. Il ne faut pas laisser dans la nature ces patients se croyant protégés alors qu’ils ne le sont pas. Il est donc impératif qu’ils continuent de se protéger, en pratiquant les gestes barrières et limitant au mieux leur entourage à des personnes qui sont vaccinées elles aussi. 

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Pour autant, est-il raisonnable de donner une troisième dose dans un contexte de pénurie ?

La pénurie semble s’atténuer et la production de vaccin arrive en France. Cela représenterait 60.000 doses supplémentaires, ce qui est très peu au regard de la campagne vaccinale populationnelle qu’on propose actuellement. Cela ne risque pas de mettre en tension le dispositif. Par ailleurs, on estime qu’il faudrait peut-être identifier des personnes dans l’entourage de ces patients à risque qu’il convient de vacciner de la même façon pour éviter qu’elles ne soient vecteurs du virus et les contaminent. 

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