Covid-19 : y a-t-il eu un coup de frein sur la "molécule miracle" de l'institut Pasteur à Lille ?

DENIS CHARLET / AFP

REMÈDE – Selon certains internautes, les autorités sanitaires seraient en train de "mettre des bâtons dans les roues" de l'institut Pasteur de Lille dans ses recherches sur un traitement contre le Covid-19. Nous avons passé cette information au crible.

C'est un énième argument pour ceux qui croient en un "Big Pharma" tout puissant. L'exécutif serait en train de "refuser tout traitement" du coronavirus, y préférant la vaccination. Parmi les défenseurs de cette théorie, qui insinuent qu'il y aurait un grand complot pour inoculer la population, on trouve Florian Philippot. Ancien vice-président du Front national, ce fervent opposant au port du masque a assuré lundi 22 février sur CNews que les autorités sanitaires mettaient "des bâtons dans les roues à l'Institut Pasteur de Lille", qui travaille pourtant depuis le début de la crise sanitaire sur la recherche d'un traitement. 

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Un essai clinique conçu en février

En effet, comme le relève l'ancien député européen - il n'a pas été réélu, après avoir réalisé un score de 0,65% - l'Institut Pasteur de Lille a bien annoncé à l'automne dernier avoir trouvé une molécule "miracle" pour traiter du Covid-19. Il est arrivé à démontrer in vitro -  en laboratoire - "qu'une molécule présente dans le principe actif d'un médicament existant est active contre le coronavirus". Soucieuse de ne pas créer une ruée sur ce médicament, la fondation n'a jamais révélé le nom du traitement. Et le décrit comme "un médicament commercialisé en Europe et ayant déjà eu une autorisation de mise sur le marché en France dans une autre indication"

Depuis, l'institut lillois a continué ses essais. Après avoir reçu des financements – à hauteur de 5 millions d'euros de la part du groupe LVMH – pour accélérer leurs recherches, il ne restait plus qu'une étape aux chercheurs. Lancer les essais cliniques sur les humains. Un protocole conçu, "en collaboration avec des cliniciens infectiologues, statisticiens et médecins généralistes des Hauts de France", comme l'annonçait un communiqué le 11 février.

Sauf qu'avant de se lancer, comme pour tous les autres traitements, l'équipe devait d'abord obtenir l'autorisation de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Au regard de l'urgence, elle a donc choisi de déposer "fin janvier" un dossier au CAPNET, soit le Comité ad-hoc de pilotage national des essais thérapeutiques et autres recherches sur la Covid-19. Une instance de concertation qui a la charge, depuis le début de l'épidémie, de "prioriser la recherche clinique" sur la maladie, comme l'explique le site du ministère de la Santé. Ce comité d'experts délivre notamment le label de "Priorité nationale de recherche". Une distinction qui "permet l'accès exclusif à une procédure accélérée d'évaluation du dossier d'autorisation règlementaire". 

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Des "amendements" demandés, pris "très au sérieux"

C'est là qu'est arrivé un gros contre-temps. Ce comité n'a pas donné au médicament de l'institut Pasteur le label en question, qui aurait dû permettre d'accélérer la procédure. Pourquoi ?  Interrogé sur la question, la Direction générale de la Santé (DGS) n'a pas pu nous en dire plus. "Les discussions collégiales qui s'exercent au sein du CAPNET et qui aboutissent à des décisions n'ont pas vocation à être rendues publiques", a ainsi répondu la branche du ministère de la Santé, précisant que les membres de ce groupe se sont, eux aussi, "engagés à respecter cette confidentialité".

Cependant, ces décisions sont "naturellement communiquées aux promoteurs". Or, l'institut Pasteur a communiqué sur cette décision. Et n'évoque en rien des "bâtons dans les roues". Les chercheurs lillois expliquent simplement que ce comité a "suggéré des amendements à la stratégie de développement clinique". "Principalement un redimensionnement initial de l'essai". Une recommandation prise "très au sérieux" par la fondation, qui assure qu'elle répondra aux différentes remarques. 

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Que sait-on du médicament prometteur de l'Institut Pasteur de Lille?

Quant à la théorie selon laquelle le gouvernement voudrait minimiser la solution des traitements dans la lutte contre le coronavirus, cette hypothèse a été discréditée jeudi 25 février. Le ministre de la Santé a ainsi précisé en conférence de presse les différentes "pistes thérapeutiques" qui devraient être déployées, notamment via des traitements à base d'anticorps monoclonaux. Pour Olivier Véran, les choses sont très claires. Ces protocoles amènent "des espoirs nouveaux pour renforcer notre arsenal" contre le coronavirus. 

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