Non, les autorités américaines n'ont pas estimé que "le masque ne sert à rien"

La députée Martine Wonner à l'Assemblée nationale, à Paris, le 14 novembre 2017
Santé

MISE AU POINT – Contrairement à ce qu'affirme la députée Martine Wonner jeudi 1er octobre, la CDC ne s'est pas excusée en reconnaissant que le masque ne "servait à rien". Il s'agit d'une fausse information diffusée suite à un cafouillage sur le site de la principale agence sanitaire des États-Unis.

Des "errances intellectuelles qui créent de la confusion". C'est ainsi que le secrétaire d'Etat chargé de la protection de l'enfance Adrien Taquet a qualifié, jeudi 1er octobre à l'Assemblée nationale, les propos de la députée Martine Wonner. Cette dernière, ancienne de LaRem, et désormais membre du groupe Libertés et Territoires, a affirmé lors du débat sur "la prorogation du régime transitoire institué à la sortie de l'état d'urgence sanitaire", que les masques étaient inutiles, citant pour l'occasion les Centers for disease control.

Cafouillage sur le site de la CDC

Devant la représentation nationale, l'élue a voulu partager un "scoop", qui "vient de sortir". Et d'assurer que le "Center for Disease Control vient de faire des excuses aux Américains" après avoir reconnu que "le masque ne sert strictement à rien". "Il n'a jamais été prouvé, ça vient de sortir. Et la CDC (...) vient de prendre des mesures pour expliquer que le virus circule par manuportage, et qu'il n'a jamais été prouvé qu'il soit aérien." Visionnée des milliers de fois, la séquence a été reprise par plusieurs comptes anti-masques pour appuyer leur défiance à l'égard de cet équipement. 

Sur quelles sources s'appuie l'élue pour ce "scoop" ? Sollicitée par LCI, elle n'a pas donné suite à nos questions. Mais on retrouve cette informations dans plusieurs articles trompeurs publiés sur le sujet fin septembre. C'est le cas par exemple dans ce post mis en ligne sur un blog francophone du mouvement complotiste QAnon, qui assure également que les CDC admettent "qu'ils ont trompé le public depuis le début". En lien, l'auteur cite le site d'actualité politique américaine Politico. Pourtant, cet article, en anglais, n'est pas du tout conforme à sa traduction. Il revient en fait simplement sur un cafouillage, désormais résolu, qui a eu lieu le vendredi 18 septembre, comme l'avait alors relaté la presse américaine.

Ce jour-là, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies modifient leur site et notamment les informations sur la manière dont se propage le Covid-19. Ils mettent alors en avant sa propagation aéroportée - donc avec une virus qui reste en suspension dans l'air - avant de revenir en arrière. La version antérieure, elle, ne mettait l'accent que sur le risque de propagation lors de "contacts proches" entre deux personnes, estimant que c'est "le mode principal" de transmission du virus.

Un rétro-pédalage qu'ont expliqué dès le lundi suivant les CDC dans un communiqué et sur leur site, précisant que ce texte n'était qu'une "version en projet" apparue par erreur sur le site Internet de l'agence. "Les CDC mettent actuellement à jour ses recommandations concernant la transmission aérienne du SRAS-CoV-2", indique le communiqué, ajoutant que la bonne version sera publiée une fois le processus terminé. C'est dans ce texte que le chef de l'agence, John Brooks, s'excuse indiquant que "c'était une erreur de la part de notre agence et je m'excuse au nom du CDC."

Ce texte, dans lequel les CDC reviennent sur la transmission aéroportée, sans toutefois la remettre en cause, ne donne cependant raison ni à l'article cité ci-dessus ni à Martine Wonner. L'hypothèse selon laquelle le Covid-19 se transmet par voie de gouttelettes reste la théorie principale, et non pas celle du "manuportage". Cette dernière, qui veut qu'une personne puisse tomber malade en touchant une surface ou un objet sur lequel se trouve le virus, n'a jamais été citée comme source principale de la propagation. Et les centres ne se sont jamais excusés d'avoir "trompé le public depuis le début" mais uniquement pour cette erreur technique. 

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Depuis, la mise à jour tant attendue est arrivée sur la page web de l'agence. Lundi 5 octobre, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies ont reconnu, s'alignant à un large consensus scientifique, que des malades peuvent être infectés par transmission aérienne, en particulier dans des espaces clos et mal ventilés.

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Quoi qu'il en soit, et quel que soit le mode de transmission des gouttelettes, le masque reste la meilleure façon d'éviter de propager dans l'air des postillons potentiellement infectés. Ce sur quoi les CDC ne sont jamais revenus. Preuve en est, le jour qui a suivi la prise de parole de la députée, l'agence avait encore une fois publié sur son compte Twitter une infographie montrant comment porter convenablement cette protection. 

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