Quels sont les effets de la pandémie sur la démographie française ?

Photo prise à Rennes le 12 septembre 2020.

INTERVIEW - Publié par l'Insee ce mardi, le bilan de la démographie française en 2020 montre un creux de la natalité historique combiné à une baisse de l'espérance de vie. LCI a interrogé un démographe pour mieux comprendre l'impact de la pandémie sur ces chiffres.

En 2020, l'espérance de vie a reculé de plusieurs mois en France. Ce changement s'explique notamment par l'excès de mortalité engendré par le coronavirus. Il s'avère toutefois réducteur de s'en tenir à cette donnée lorsque l'on s'intéresse aux conséquences de la pandémie sur la démographie de l'Hexagone. 

Démographe et directeur de recherche à l’Ined (Institut national d'études démographiques), Laurent Toulemon a répondu aux questions de LCI sur ce sujet. 

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LCI : Peut-on parler, en France, de choc démographique lié à la crise du coronavirus ? 

Laurent Toulemon : Le coronavirus est incontestablement à l'origine d'une nette hausse de la mortalité en France. Selon l'Insee, 667.000  personnes sont mortes en 2020 en France contre 613.243, l'année précédente (soit 53.757 de plus). Parmi ces morts supplémentaires, 6000 étaient "projetés" et sont liés au vieillissement de la population. Le delta de 47.000 décès supplémentaires, à l'origine de la baisse de l'espérance de vie, s'explique presque exclusivement par le coronavirus. Ce chiffre est inférieur au nombre de victimes du virus (70.000, ndlr) car le choc a été partiellement amorti par un effet moisson – certaines victimes seraient de toute façon mortes dans l’année – et du fait que de nombreux accidents ont sûrement été évités (avec le confinement notamment).

Est-il d'ores et déjà possible d'analyser les effet du coronavirus sur la natalité ? 

Les données de l'Insee ne concernent pour l'instant que l'année 2020. Elles recouvrent donc les conceptions ayant eu lieu avant le nouveau coronavirus. C’est donc trop tôt pour en estimer les conséquences. Une évolution des naissances et de la natalité ne pourra être analysée qu'à la lumière du bilan démographique de 2021. En l'état actuel, la tendance à moyen terme est plutôt une stabilisation de la natalité. Le nombre de naissances devrait rester assez stable, ou légèrement à la baisse dans les années à venir. Toutefois, la crise rend très incertaine cette estimation tant il est difficile de caractériser son impact social et économique sur les naissances. Pour donner un exemple, les interactions sociales ont fortement baissé et avec elles les formations d'unions et les mariages. Il faut voir si ce phénomène sera compensé ou non lors de la sortie de crise. Ainsi, il pourrait de facto influencer la natalité. 

Les crises sont généralement suivies par une baisse des naissances- Laurent Toulemon, démographe et directeur de recherche à l’Ined

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Concrètement, comment le coronavirus pourrait-il avoir un impact sur le nombre de naissances ? 

D’abord, sur le très court terme, ce n’est pas tout à fait impossible qu’il y ait une petite hausse des naissances parce que les couples se sont retrouvés ensemble, il y a eu moins d’accès à la contraception ou à l’avortement. À plus long terme, la tendance devrait être à la baisse. Les crises sont généralement suivies par une baisse des naissances ; cette dernière pourrait avoir lieu dès 2021 mais rien n'est moins sûr. Si elle survient, cette évolution ne sera pas forcément homogène selon les milieux ou les âges. Enfin, en général, un rattrapage s'effectue automatiquement après un choc. Là encore, il dépendra des traces que va laisser la pandémie et des éventuels changements économiques ou sociaux qu'elle va engendrer. Les mécanismes d’amortissement sociaux permettent d'être assez optimiste puisqu'ils vont contribuer à amoindrir les conséquences de la crise, au moins partiellement. 

Y aura-t-il une génération Covid ? 

Oui pour la simple et bonne raison que le coronavirus n'implique pas seulement une hausse des décès. La crise crée aussi un grand désarroi dans la population, beaucoup de gens perdent leur emploi... Pour les jeunes adultes, le phénomène s'est encore accentué. Il existera certainement une difficulté sociale d’ajustement qui pourrait se répercuter sur les naissances dans le futur. Il y aura des conséquences psychologiques, économiques, sociales qui vont bien au-delà de l’augmentation brutale des décès en 2020.

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