AstraZeneca suspendu : qu'est-ce qu'une thrombose cérébrale ?

AstraZeneca suspendu : qu'est-ce qu'une thrombose cérébrale ?

VACCIN - L'administration de l’AstraZeneca contre le Covid-19 est suspendue dans de nombreux pays, notamment à cause de cas de thromboses survenus quelques jours après l'injection. De quoi parle-t-on, précisément ?

Le vaccin d'AstraZeneca peut-il provoquer de graves problèmes sanguins chez certaines personnes ? Plus que le nombre, très réduit, de ces potentiels effets indésirables, c'est leur nature inhabituelle qui a incité plusieurs pays à suspendre par précaution ce vaccin, le temps de répondre à cette question. 

Sept États européens (Allemagne, France, Italie, Slovénie, Espagne, Portugal et Lettonie) ont allongé lundi 15 mars la liste de ces pays, après notamment le Danemark, la Norvège et l'Islande. La Suède, le Luxembourg et Chypre ont fait de même ce mardi 16. 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Lorsque les premières suspensions ont été annoncées la semaine dernière, les questions portaient surtout sur un éventuel lien entre le vaccin et la formation de caillots sanguins, ou thromboses, comme les phlébites, voire les embolies pulmonaires. Mais lundi, le ministre de la Santé allemand, Jens Spahn a évoqué 7 cas de thrombose veineuse cérébrale très rare sur 1,6 million de doses d'AstraZeneca administrées. "Le risque est très faible. Mais si ces cas devaient être en lien avec la vaccination, il s'agirait d'un risque supérieur à la moyenne", a-t-il souligné, précisant que sur une population de 1,6 million de personnes, on devrait statistiquement avoir "environ 1 à 1,4 cas" de thrombose veineuse cérébrale, et non 7. 

En tout,  l’Agence européenne du médicament étudie la relation entre les injections d'AstraZeneca et 11 cas de thrombose veineuse cérébrale détectée parmi 17 millions de personnes vaccinées dans l’Union européenne.

Une forme rare d'AVC

Ce qui inquiète, par ailleurs, c'est la spécificité de cette pathologie : "Ce sont des cas de thrombose du sinus veineux cérébral qui ont la particularité d’être associé à une diminution du nombre de plaquettes dans le sang, ce qui suggérerait une activation anormale du système de coagulation qui entraînerait cette obstruction des veines cérébrales", décrit l’Agence espagnole du médicament et des produits de santé (Aemps) dans une note.

La thrombose des sinus veineux cérébraux (CVSV) survient lorsque ces sinus (ou les veines qui y conduisent) sont obstruées par un caillot, empêchant une bonne circulation sanguine. C'est une forme rare d'accident vasculaire cérébral (AVC). "Dans la population générale, sa prévalence estimée est 0,22 à 1,23 cas pour 100 000 personnes par an", précise Alvaro Morales, chercheur à l’Institut de santé Carlos III. Ce que confirme l'infectiologue Odile Launay, membre du comité sur les vaccins Covid créé par le gouvernement français : "les thromboses veineuses cérébrales sont d'une part beaucoup plus rares que les thromboses classiques, et d'autre part potentiellement plus sévères", explique-t-elle à l'AFP.

Par ailleurs, plusieurs pays ont fait état de cas d'hémorragies pouvant correspondre à "des événements de coagulation intravasculaire disséminée" (CIVD), ajoute le Professeur Launay. Il s'agit de "syndromes assez exceptionnels, qui vont se voir dans le cadre de sepsis graves" [des infections sévères] et peuvent se traduire "à la fois par des thromboses et des hémorragies""La question est de savoir si ces quelques événements sont au-dessus de l'incidence qu'on a habituellement" dans la population en l'absence de vaccin, souligne l'infectiologue.

Un nombre infime mais un caractère atypique

L'Agence européenne du médicament (EMA) a répété lundi 15 mars dans un communiqué que "le nombre d'événements thromboemboliques chez les personnes vaccinées ne semble pas être plus élevé qu'en population générale". Mais même si leur nombre est infime, c'est le caractère atypique des événements observés qui interpelle les spécialistes. "C'est plutôt sur cet aspect-là que sur le nombre qu'il y a aujourd'hui discussion", a noté sur France Inter le "Monsieur vaccin" du gouvernement français, le Professeur Alain Fischer. "On reste dans l'exceptionnel, il faut donc vraiment fouiller ces dossiers-là" pour voir s'il existe ou non un lien avec le vaccin, a déclaré de son côté à l'AFP le Professeur Philippe Nguyen, spécialiste des thromboses au sein de la Société française d'hématologie.

Malgré ces craintes, l'EMA s'est dite "fermement convaincue" des avantages du vaccin AstraZeneca contre le Covid-19. Tout comme l'Organisation mondiale de la Santé, dont des experts se penchaient ce mardi sur le sujet, qui recommande de continuer à l'administrer. C'est également le point de vue que défendent de nombreux spécialistes à travers l'Europe. Par ailleurs, il est établi que le Covid-19 lui-même peut provoquer des caillots sanguins. "Certains des problèmes de coagulation actuellement observés pourraient avoir été provoqués non pas par le vaccin, mais par le Covid", chez des gens infectés avant d'avoir été vaccinés, avance le Professeur Stephen Evans (London School of Hygiene & Tropical Medicine), cité par l'organisme britannique Science Media Centre. "C'est une possibilité", renchérit le Professeur Nguyen.

Et après ?

"Quelle que soit la décision qui sera prise" par l'EMA jeudi, "cela va être difficile en termes de communication", prédit le Professeur Launay. Selon elle, trois possibilités se dessinent : "Soit tout lien avec le vaccin est écarté et on reprend la vaccination", soit "on identifie des personnes à risque de faire ces complications" et on réorganise la campagne en conséquence, soit "on arrête purement et simplement d'utiliser le vaccin d'AstraZeneca". 

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La dernière hypothèse serait un coup dur car "on a commandé en Europe un nombre de doses très important et on compte énormément sur ce vaccin", souligne-t-elle. Mais dans les deux premiers scénarios, c'est la confiance du public qui risque d'être entamée, car toute cette séquence "va jeter un doute sur la sécurité du vaccin". "Finalement, quelle que soit l'issue, cela aura un impact important sur la suite de la vaccination", pronostique la spécialiste française.

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