Covid-19 : des infections en avion restent possibles

Covid-19 : des infections en avion restent possibles

TRANSMISSION AÉRIENNE - Si les avions ne sont pas les clusters volants que l'on craignait au début de la pandémie, les cas de contaminations en vol existent bien, ce que vérifient plusieurs études concordantes. Mais tous les vols ne se valent pas, en termes de risques.

Ils n'étaient qu'une centaine de passagers, dans ce vol EK448 Dubai-Auckland du 28 septembre dernier. À leur arrivée, sept d'entre eux, originaires de cinq pays différents, étaient positifs au Covid-19. Détail : sur les sept, quatre auraient en fait contracté la maladie à bord de l'avion. C'est la conclusion d'une étude publiée début janvier par le Center for Disease Control (CDC), l'agence américaine pour la santé, qui a séquencé les prélèvements viraux de chaque patient, a retracé leurs parcours, et détaillé où ils se trouvaient dans la cabine du Boeing 777. Un travail d'enquête minutieux, pour mettre en évidence le moment et l'endroit où les infections se sont produites.

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La difficulté de ce genre d'étude, c'est qu'un voyage ne débute et ne se finit pas à la porte de l'avion. Les personnes qui déclarent la maladie dans la semaine suivant un vol peuvent l'avoir contractée partout sur leur chemin, ce qui complique la tâche tant des autorités sanitaires  - pour retracer les cas contacts - que des chercheurs. Si les limiers du CDC ont pu aboutir à des résultats démontrables, c'est parce que la Nouvelle-Zélande, destination du vol, a une politique stricte de quarantaine et de tests systématiques pour tous les passagers arrivant sur son sol. De quoi en faire des sujets d'étude idéaux, assignés à résidence, et donc disponibles pour plusieurs tests successifs étalés dans le temps. 

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Si l'étude met en évidence le fait que les infections restent donc possibles, leur nombre et leur sévérité sont limitées par des mesures prises bien avant la pandémie. Comme l'explique Air France sur son site internet, les cabines des avions de ligne recyclent aujourd'hui l'air ambiant toutes les trois minutes environ, en l'assainissant par un filtre HEPA (pour "high-efficiency particulate air" ou "filtre à air à haute efficacité"), que la compagnie décrit comme "identique à ceux utilisés dans les blocs opératoires", qui filtrent 99,97% des particules de plus de trois microns. De quoi expliquer que les avions ne méritent plus la réputation de nids à microbes aéroportés qui leur a longtemps collé aux ailes, et qui ne devrait plus avoir cours depuis la large adoption de ces dispositifs il y a une vingtaine d'années. Des filtres que les avionneurs avaient rajoutés à l'origine pour mieux assainir l'air vicié... par la fumée des cigarettes, à une époque où le no smoking n'était pas encore la règle partout.

Proximité et temps de vol comme facteurs de risque

On le voit clairement sur le plan de cabine qui détaille les places des passagers infectés : quand le virus se transmet, il ne va jamais très loin. Filtrer l'air permet d'éviter de le faire circuler ailleurs dans la cabine. Pour autant, s'il évite un air stagnant qui favoriserait les infections, le traitement de l'air ambiant n'est pas une mesure suffisante à elle seule. 

Au début de la pandémie, plusieurs études avaient retracé des infections à bord des appareils, parfois même des clusters qui s'y étaient formés, comme dans un vol Londres-Hanoi du 2 mars. Des vols qui se déroulaient dans des conditions bien différentes d'aujourd'hui, avec des cabines plus remplies, et des précautions sanitaires moindres, avant par exemple que le port du masque ne devienne obligatoire pour tous. 

Depuis, si les cas existent, ils semblent plus rares. Dans une étude d'août dernier, le même CDC avait étudié un vol de Milan à Séoul, 290 passagers parmi lesquels se trouvaient six malades asymptomatiques détectés après leur arrivée. Sur les 284 passagers restants, un seul semblait avoir contracté le virus à bord. La différence, c'était un port du masque bien mieux respecté.

Détail d'importance : si le vol sujet de la dernière étude du CDC n'embarquait qu'une centaine de passagers, un quart de la capacité du Boeing 777 utilisé, nombre de personnes à bord, et certaines des personnes infectées, ont reconnu avoir peu ou pas porté leurs masques pendant la durée du vol. Surtout, le point commun le plus évident entre toutes ces contaminations, c'est qu'elles ont eu lieu dans des vols long-courrier, souvent de plus de dix heures. Dans la dernière étude, le vol Dubai-Auckland totalise 18 heures dans les airs, avec une escale à Kuala Lumpur. Des vols très longs qui augmentent le risque de contracter le virus en restant assis à proximité d'une personne infectée, exactement comme le temps passé à côté d'un malade augmentent vos chances d'infection sur la terre ferme. 

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Covid-19 : des tests antigéniques pour les passagers à Roissy

Comme l'expliquent les chercheurs, la meilleure stratégie de prévention des infections à bord repose en fait sur l'empilement de mesures complémentaires, comme les tests antigéniques effectués juste avant l'arrivée à bord, le port systématique des masques à bord, et le moins d'interactions possibles ou de déplacements dans la cabine. 

Mais même pour les vols où les consignes sont les mieux respectées, l'un des points faibles tient encore au temps des repas, où toute la cabine ou presque retire ses masques au même moment, et pour tout le temps du service. Surtout, comme le rappelle l'étude, la difficulté tient encore au dépistage des passagers infectés avant qu'ils ne montent dans l'avion. Si les tests PCR sont désormais indispensables pour l'essentiel des vols long-courrier, c'est le pays de destination qui les demande, et non les compagnies aériennes.

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