Expert de la délinquance devenu pourfendeur des vaccins : le virage du sociologue Laurent Mucchielli

Le CNRS a indirectement recadré cet été son directeur de recherches.

FAKE NEWS - Affilié au CNRS, le sociologue Laurent Mucchielli embarrasse l'institution scientifique par ses prises de position en marge de l'épidémie de Covid-19. Ses publications anti-vaccins lui valent notamment d'être taxé de désinformation.

Sans doute avez-vous déjà entendu son nom, lu une de ses interviews ou écouté ses analyses lors d'un passage dans les médias. En effet, le sociologue Laurent Mucchielli est une figure bien connue, associée aux études sur la délinquance et la criminalité. Ces sujets, le directeur de recherche du CNRS les analyse depuis plus de deux décennies et sur ces sujets, il se voit régulièrement invité par la presse ou la radio pour éclairer l'actualité. 

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À la faveur de la crise sanitaire, c'est pourtant en opposant aux vaccins qu'il s'est fait remarquer, publiant notamment de multiples billets sur son blog hébergé par Mediapart, ainsi qu'en cumulant les prises de position sur les réseaux sociaux. Des interventions durant lesquelles il a tenté d'apporter un contrepoint à des positions plus que majoritaires parmi la communauté scientifique, et qui embarrassent des organismes auxquels il est rattaché. Épinglé pour avoir propagé de fausses informations dans un domaine de compétence éloigné du sien, le sociologue se positionne en victime. Et dénonce une "chasse aux sorcières".

Très éloigné de son champ de compétences

"Si l’on additionne les conséquences les plus graves [...], l’on parvient au tableau ci-dessous qui livre le constat de plus de 15.000 événements indésirables graves, parmi lesquels près de 1 800 hospitalisations, plus de 2 800 mises en jeu du pronostic vital et près de 1 000 morts potentiellement liés à la vaccination anti-Covid." Ces quelques lignes, publiées début août par Laurent Mucchielli, ne sont aujourd'hui plus accessibles. Et pour cause : Mediapart, qui héberge son blog, a jugé nécessaire de supprimer le billet dans lequel le sociologue assurait présenter des éléments attestant d'une "mortalité inédite dans l’histoire de la médecine moderne" liée aux vaccins contre le Covid-19.

La rédaction dirigée par Edwy Plenel a expliqué son choix, arguant que ce retrait n'était pas dû à des opinions ou positions en désaccord avec celles défendues par Mediapart. En cause, est mentionnée la "saisie par près d’une centaine d’alertes venues notamment de professionnels de la santé, de médecins, de chercheurs, d’épidémiologistes, etc., qui contestent radicalement la légitimité scientifique de la démonstration du sociologue et de ses quatre co-auteurs". Dans le respect de sa charte de participation, le média en ligne a suspendu ce qu'il a défini comme une "démonstration fausse et trompeuse", mise "au service d’un appel solennel à suspendre la vaccination contre le coronavirus, avec la double autorité que lui confère le statut de directeur de recherche au CNRS de son auteur et la publication de son texte sur Mediapart"

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En marge de ces explications, c'est bien le fait que Laurent Mucchielli s'aventure loin de son champ de compétence qui interroge. Une "bancale reconversion", dixit Marianne, qui a observé avec étonnement un basculement "de la sociologie à la pharmacologie". Jusqu'ici reconnu pour ses travaux sur la délinquance – on lui doit de multiples études et ouvrages autour de cette thématique –, le chercheur du CNRS multiplie aujourd'hui les sorties polémiques. La dernière en date remonte au 8 octobre, à nouveau par le biais d'un billet sur son blog. Intitulé "Les vaccins génétiques anti-covid sont une forme d’expérimentation médicale", il a suscité une levée de boucliers des scientifiques et s'est vu à nouveau dépublié par Mediapart.

Au cours des dernières semaines, d'autres prises de position avaient été dénoncées, notamment en faveur d'une réhabilitation des traitements à base d'hydroxycholoroquine ou d'ivermectine. L'infectiologue Nathan Peiffer-Smadja, rattaché notamment à l'Inserm, s'était il y a quelque temps permis de lui rappeler que "50 essais randomisés négatifs plus tard", l'efficacité de ces molécules n'avait toujours pas été démontrée, et qu'il était trompeur de les présenter comme des outils efficaces de lutte contre le virus. Ce n'est enfin pas un hasard de constater le rapprochement entre Laurent Mucchielli et des membres du Criigen, un comité de recherche souvent cité en exemple dans la sphère anti-vaccins que LCI avait mis en lumière début septembre. Lui-aussi accusé de sortir de son domaine de compétence, il a relayé une série de fake news en marge de l'épidémie.

L'embarras du CNRS et de la FCPE

Du côté du CNRS, auquel est rattaché Laurent Mucchieli, l'embarras est palpable. Sans jamais le nommer, l'institution l'a visé à travers un communiqué publié le 24 août dernier. Un texte où l'institution "déplore les prises de position publiques de certains scientifiques, souvent plus soucieux d’une éphémère gloire médiatique que de vérité scientifique, sur des sujets éloignés de leurs champs de compétences professionnelles". 

Le CNRS a par ailleurs déploré que "ces communications ne respectent aucune des règles en vigueur dans le cadre de publications scientifiques", un discours de fermeté alors que l'institution avait été sommée d'agir dans une tribune signée par un groupe de sociologue. Ce dernier déplorait des manipulations de données "pour étayer une position idéologique". 

Plus récemment, c'est au sein de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) que les sorties de Laurent Mucchielli ont irrité. Le sociologue se trouve en effet à la tête du conseil scientifique de l'organisation, fonction qu'il assume toujours à l'heure qu'il est. Et ce, bien qu'il s'agisse d'une "cellule dormante" comme l'ont décrit au Monde certains de ses membres. Le quotidien indique de quatre personnes en ont déjà démissionné, dont certaines ayant mis en garde la direction de la FCPE durant l'été, sans réaction apparente. Incriminé, Laurent Mucchielli s'est élevé contre ce qu'il perçoit comme une campagne de dénigrement visant à "l'abattre", orchestrée par des groupes "d’influenceurs" et de journalistes.

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