Intentions de vaccination : "Beaucoup d'infirmiers s'interrogent"

Intentions de vaccination : "Beaucoup d'infirmiers s'interrogent"

RÉSERVES - Selon une étude de Santé publique France, 80% des médecins généralistes et pharmaciens ont l'intention de se faire vacciner contre le Covid-19 contre 55% chez les infirmiers. Comment ces derniers expliquent-ils leur scepticisme?

"N'allez surtout pas croire que les infirmiers vont servir de cobayes". Sur la Toile, ou par la voix de ses organisations syndicales, la profession ne cache ni ses réserves ni son inquiétude face à la vaccination contre le Covid-19 présentée comme imminente. "Beaucoup d'infirmiers disent ne pas vouloir se faire vacciner, j'en fais partie et mes collègues aussi", explique ainsi une soignante sur la Toile, tandis qu'une autre internaute prévient : "Pour moi pas de vaccin, pour mon chéri infirmier non plus". 

Autant de témoignages qui vont dans le sens de chiffres officiels dévoilés vendredi dernier par Santé publique France qui confirment des "différences importantes entre les professions (médicales)", bien que deux tiers (68%) des professionnels de santé libéraux interrogés souhaitent se faire vacciner. Toutefois, quand huit médecins généralistes et pharmaciens sur dix disent en avoir l'intention, cette proportion tombe à  55% chez les infirmiers interrogés. 

Toute l'info sur

Coronavirus : la pandémie qui bouleverse la planète

Les dernières infos sur l'épidémieA quel stade en est l'épidémie, département par département ?

"L'infirmière, elle est sincère"

"On n'hésite pas à dire ce qu'on pense, on est peut-être plus en phase avec nos propos qu'un médecin qui aura davantage de retenue", commente Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), pour expliquer ce différentiel avec d'autres professions de santé. Et d'insister : "l'infirmière, elle est sincère, il n'y a pas de filtre, pas de conflits d'intérêts liés à une évolution de carrière ou un labo". 

Selon lui, le scepticisme palpable au sein de la profession infirmière reflète celui des Français, alors que de nombreuses inconnues demeurent autour de cette campagne de vaccination. "C'est un métier de proximité, on discute avec nos patients, nos proches, nos voisins et leurs inquiétudes sont aussi les nôtres, on est vraiment le reflet de la population", résume-t-il.

Sur le fond, les réserves de la profession reposent avant tout sur le manque de données disponibles et de recul. "En tant que professionnels de santé, on aime bien s'appuyer sur des données chiffrées  pour évaluer le bénéfice-risque. Or, à ce jour, nous n'avons aucun document scientifique, on a simplement des données de laboratoires issues de communiqué de presse", déplore Thierry Amouroux.

Une "dimension altruiste"

Il s'attarde notamment sur le fait que rien ne permette d'assurer à ce jour la non-transmission de l'infection après vaccination. "D'après ce qui est paru jusqu'à présent, on parle d'efficacité des vaccins pour éviter la forme grave de la maladie, or le risque de transmission c'est quelque chose de primordial", rappelle-t-il. "Si le fait de se vacciner n'empêche pas de devenir asymptomatique et contagieux, la dimension altruiste n'a plus beaucoup de sens." Quid par ailleurs des réactions aléatoires du système immunitaire ? "On sait qu'il y a 15% environ de patients qui font ce qu'on appelle des Covid longs, avec des symptômes très variés qui perdurent plusieurs mois", souligne-t-il encore, insistant sur le fait qu'"on se retrouve face à un vaccin sur lequel on n'a peu de recul". 

Soulignant que les retours des adhérents attestent d'un scepticisme sur le terrain avec "beaucoup d'infirmières qui s'interrogent quant à ce vaccin", le porte-parole du SNPI insiste sur le fait que cela n'est pas lié à la vaccination en général et a vocation a évoluer dès lors que davantage de données seront disponibles. Et de conclure : "Nous sommes nombreux à nous faire vacciner contre la grippe pour protéger nos patients fragiles alors que ce n'est pas obligatoire."

Certains observateurs se montrent, eux, plus dubitatifs sur ce supposé sursaut de l'intention vaccinales des infirmiers. "C'est structurel et structurant", estime Jocelyn Raude, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l’École des hautes études en santé publique. "Les professions autour du soin sont moins équipées intellectuellement pour comprendre les enjeux autour de la recherche clinique et ont une conception de la maladie différente des médecins notamment", poursuit le spécialiste en prévention et maladies infectieuses, s'appuyant par exemple sur leur rapport aux médecines douces. Et de conclure  : "il y a derrière cela des enjeux de formation concernant des professions plus techniques et d'autres plus orientées vers la constitution du savoir".

Sur le même sujet

Lire et commenter

LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies. > En savoir plus.