Masque dès 2 ans aux Etats-Unis, pass sanitaire à 3 ans en Israël... le variant Delta, plus dangereux pour les enfants ?

Quatrième vague : des patients toujours plus jeunes en réanimation

CAUSE A EFFET - L'agence fédérale de santé américaine plaide pour le port du masque dès 2 ans dans les lieux publics fermés tandis qu'Israël impose désormais le pass sanitaire dès 3 ans. Faut-il y voir une nécessité de protéger davantage les mineurs face au variant Delta ? Explications.

Le variant Delta change-t-il la donne concernant le risque infectieux du Covid-19 pour les enfants ? S'il est acquis depuis le début de la pandémie que les plus jeunes sont moins susceptibles d'être contaminés que les adultes et qu'ils développent le plus souvent des formes légères ou asymptomatiques de la maladie, certaines données, en France et à l'étranger, invitent de nouveau à s'interroger. 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Aux Etats-Unis, les Centres de lutte et de prévention des maladies (CDC) recommandent désormais le port du masque dès l'âge de 2 ans dans des lieux publics fermés, dont les écoles, comme l'avait déjà fait quelques semaines plus tôt l'Académie américaine de pédiatrie (AAP) en prévision de la prochaine rentrée scolaire. Dans le cadre de nouvelles restrictions visant à endiguer la propagation du virus liée au variant Delta, Israël a de son côté décidé ce mercredi d'élargir le pass sanitaire aux plus de 3 ans. Faut-il en déduire que cette souche est plus à craindre que l'initiale pour les mineurs ? Que disent les données à ce jour ? On fait le point.

Que dit le taux d'infection ?

Aux États-Unis, une augmentation des contaminations attribuée au variant Delta est effectivement observée chez les enfants depuis quelques semaines. D’après un rapport de l’Académie américaine de pédiatrie, 72.000 cas ont ainsi été recensés chez les enfants et les adolescents entre le 22 et le 29 juillet derniers, soit deux fois plus que la semaine précédente. En Israël, la même tendance est observée, les 0-10 ans représentant 20% des cas au cours du mois écoulé, suivis par les 10-19 ans avec 18%.

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Si les enfants ne semblent donc pas épargnés par cette souche du virus, l’Organisation Mondiale de la Santé précise que le variant Delta, qui est plus contagieux, entraîne une augmentation importante du taux d’infection dans "tous les groupes d’âge". 

Cette hausse de l’incidence observée chez les plus jeunes suit en outre la hausse constatée au sein de la population générale, notamment dans les tranches d’âges les moins vaccinées. Dans une récente étude, l’Institut Pasteur avait d'ailleurs déjà prédit qu’en septembre, "dans un contexte où la majorité des adultes sont vaccinés", les mineurs représenteront 46% des infections, "alors qu’ils ne représentent que 22% de la population." A noter que dans leur scénario, 30% des 12-17 ans auraient reçu le vaccin contre la Covid-19, les enfants de moins de 12 ans n'étant pour l’heure, pas concernés par la vaccination.

Cette augmentation des cas chez les plus jeunes résulterait donc en grande partie d’une meilleure couverture vaccinale des plus âgés et rien ne semble pour autant corroborer pour l'heure l'hypothèse d'une souche plus dangereuse que les souches précédentes pour les enfants. "L'idée qu'une des mutations inéluctables du virus pourrait un jour cibler les enfants est un scenario catastrophe qui a été anticipé mais qui reste de la science-fiction", analyse pour LCI la présidente de la Société française de pédiatrie, Christèle Gras Leguen. "Nous n’avons pour le moment pas de données en faveur d’un pouvoir pathogène plus grand du variant Delta chez une population plus jeune" confirme Santé publique France auprès de La Croix.

Une hausse des hospitalisations ?

Mais cette surreprésentation des plus jeunes parmi les nouveaux cas s'observe-t-elle aussi à l’hôpital ? Oui, selon The News York Times qui se fait l'écho de 216 admissions quotidiennes d'enfants à l’hôpital, du 31 juillet au 6 août. "Nous avons à ce jour, depuis le début de la pandémie, le plus grand nombre d'enfants à l'hôpital : 1.450 sont hospitalisés à cause du Covid-19", a de son côté alerté dimanche le patron des instituts américains de santé, Francis Collins.

En France, certains hôpitaux s'alarment eux aussi déjà d'une hausse inédite du nombre de bébés hospitalisés pour Covid-19. C'est notamment le cas aux urgences pédiatriques de Lenval où le nombre de jeunes enfants admis a fortement progressé ces dix derniers jours selon nos confrères de Nice-Matin : actuellement dix nouveau-nés y sont hospitalisés.

"C’est arithmétique : plus il y a de cas, plus il y a d’hospitalisations", expliquait toutefois le professeur Robert Cohen, président du Conseil national professionnel de pédiatrie, ce mercredi à La Croix se voulant rassurant. "On a eu peu d’hospitalisations d’enfants, et on ne s’imagine pas être en situation d’être débordés par les cas graves", a-t-il ainsi expliqué. Et d'insister : "On ne prévoit pas une augmentation du nombre de morts en pédiatrie, il est très clair qu’on l’aurait déjà vu sinon"

Quid du syndrome Pims ?

Mais faut-il redouter en revanche davantage de prises en charge de patients ayant développé un "PIMS" ? Le syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique avait en effet beaucoup fait parler de lui lors de l'apparition des premiers cas, en avril 2020. À l'époque, des pédiatres français ont signalé aux autorités sanitaires une augmentation anormale de cas ressemblant à la maladie de Kawasaki et de cas de myocardites avec état de choc cardiogénique chez des enfants ayant récemment contracté le Covid-19. 

A la même période, des cas ont été décrits dans les études scientifiques menées dans différents pays européens (notamment en Italie, Royaume-Uni, Belgique, Espagne), en Amérique du Nord (notamment aux États-Unis) ainsi qu’en Asie et en Amérique latine. Plus récemment, en avril 2021, soit un an après la déclaration des premiers cas, le PIMS a de nouveau été mis sur le devant de la scène à la suite d'une lettre écrite à Emmanuel Macron par une mère de famille dont la fille avait été hospitalisée en soins intensifs.

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"Puisque la charge virale du variant Delta est plus importante que chez les autres variants d’intérêt, il est possible qu’il induise davantage de PIMS, mais c’est difficile à documenter aujourd’hui, car on observe généralement une hausse des hospitalisations pédiatriques pour ce motif 5 à 6 semaines après un pic de contamination chez les adultes", commente Claude-Alexandre Gustave, biologiste médical, ancien assistant hospitalo-universitaire en microbiologie et ancien assistant spécialiste en immunologie pour Numerama.

A ce jour, Santé Publique France fait état de 631 cas de syndrome inflammatoire multi-systémique pédiatrique (ou PIMS) entre 1er mars 2020 et le 25 juillet 2021, dont 556 en lien avec le Covid-19 et 36 cas recensés entre le 15 juin et le 25 juillet. L'agence sanitaire estime qu’en France, l’incidence cumulée des cas de PIMS attribués au Covid est de 38,3 cas par million d’habitants chez les moins de 18 ans.

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