Crise aux urgences : le numéro d'appel unique à nouveau sur la table, mais lequel sera choisi ?

Santé

NUMÉRO D'URGENCE - Le plan de refondation annoncé lundi par Agnès Buzyn a pour but de dessiner une nouvelle organisation des services d'urgences. La ministre de la Santé prévoit notamment la mise ne place d'un "service d'accès aux soins", le SAS. Un service en ligne ou par téléphone qui devrait permettre de mieux orienter les patients vers une consultation en ville ou à l'hôpital. Reste maintenant à savoir quel numéro d'appel unique sera choisi.

Le 112, le 15, le 18, le 114, le 116 117... Difficile de s'y retrouver au milieu de tous ces numéros d'urgence. Pour remédier au problème et permettre aux personnels soignants de ne traiter que les véritable urgences, Agnès Buzyn souhaite la mise en place d'un numéro d'appel unique, chargé d'orienter les patients au bon endroit et au bon moment. D'après le ministère des Solidarités et de la Santé, ce numéro permettra d'"obtenir un conseil médical et paramédical" et "de prendre rendez-vous avec un médecin généraliste dans les 24H". Date de mise en place ? A l'été 2020. 

Vieux serpent de mer, le numéro unique d'urgence avait récemment été remis sur la table, lors de la mort de Naomi Musenga, cette jeune femme décédée à Strasbourg après avoir avoir parlé successivement à la police, aux pompiers puis au Samu, avant d’être redirigée vers SOS Médecins.

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Ce numéro, promesse de campagne d'Emmanuel Macron, doit maintenant faire l'objet d'une concertation de deux mois. Concertation durant laquelle les professionnels sont invités à faire des propositions, avant de se mettre d'accord. Mais alors que plusieurs options pourraient se retrouver sur la table, chaque corporation plaidant sa cause, aucune ne semble faire totalement consensus pour l'instant. 

Les pompiers plaident pour le 112

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) défend, elle, un "regroupement des plateformes". Objectif : que les pompiers, le Samu, la police et la gendarmerie travaillent ensemble dans "la même pièce" sur "tous les cas nécessitant une intervention immédiate" avec "un numéro unique, le 112". Le 112 est le numéro d'urgence européen, qui redirige aujourd'hui soit vers le Samu, soit vers les pompiers, en fonction du département. 

Eux aussi en grève, les soldats du feu souhaitent en tout cas la fin des numéros traditionnels. "Que ce soit pour un vol de sac ou un arrêt cardiaque, bref, quand j'appelle au secours, je compose le 112", arguait ainsi le colonel Grégory Allione, président de la FNSPF, dans les colonnes du JDD ce dimanche 8 septembre. 

Pour les médecins, il faut garder le 116 117

Dans un communiqué, la CSMF (Confédération des syndicats médicaux français) estime quant à lui que le numéro 116 117 est une solution qu'il faut "généraliser partout". Pour la confédération syndicale, il faut distinguer les soins non programmés des urgences vitales ou médicales graves et ce numéro, déjà instauré en région, peut répondre à ce besoin. Selon elle, le numéro unique risquerait de noyer "les urgences vitales ou graves dans le flot de demandes". La CSMF redoute "un numéro unique géré dans les structures hospitalières (qui) centraliserait encore une fois l'organisation du système de soins et son recours sur l'hôpital". 

Même chose chez MG France, la principale organisation de médecins généralistes, qui avait déjà demandé que le 116 117 soit "généralisé et pourvu de centres d'appels dédiés". Pour le syndicat, ce numéro 116 117 doit permettre de répondre à la demande des soins non programmés.

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Une centralisation sur le 15 ?

Autre numéro souhaité, le 15. Dans un rapport remis l'année dernière, Thomas Mesnier, député LaREM en charge de la mission urgences avec Pierre Carli, avait préconisé d'en faire le "numéro unique de santé" qui permettrait une régulation "24 heures sur 24, 7 jours sur 7", à la fois pour les urgences et les consultations sans rendez-vous. Le 15 aurait alors vocation à absorber la "permanence des soins" assurée le soir, la nuit et le weekend par les médecins libéraux et à l'étendre "en journée et en semaine". 

Pour le parlementaire, la régulation médicale devait être "centralisée sur le 15" et même devenir une condition "obligatoire au remboursement intégral des soins". Fini donc les numéros d'urgences épars. "Il faut largement simplifier tout ça", fait-il valoir, précisant que sa proposition "laisse à part le 17 et le 18", car la régulation médicale est un sujet "très différent de la police et des pompiers".

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À noter qu'en treize ans, pas moins de cinq rapports ont été rendus sur cette question. Reste maintenant à Agnès Buzyn de trancher.

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