Œufs contaminés : "pas lieu de s'alarmer", à moins d'en manger "dix par jour pendant des années"

Santé
ÉCLAIRAGE - Alors que la crise des œufs contaminés au fipronil s’invite en France, des lots ayant été livrés dans cinq entreprises tricolores, l'éventuelle toxicité de l'insecticide interroge. Bernard Salles, professeur de toxicologie, fait le point sur les effets, a priori relatifs sur la santé humaine en cas d'ingestion ou de manipulation.

Depuis les révélations du ministère de l'Agriculture, ce lundi soir, la France est à son tour touchée par la crise des œufs contaminés au fipronil. Au total, treize lots en provenance des Pays-Bas ont été livrés en juillet à cinq établissements de fabrication d’ovoproduits (blanc, jaune ou mélange des deux obtenus après élimination de la coquille et de la membrane), situés dans la Vienne, le Maine-et-Loire, le Pas-de-Calais, le Nord et le Morbihan. 


Dans l'Union européenne, l'utilisation de ce pesticide est interdite pour les animaux destinés à la chaîne alimentaire, mais reste courante dans de nombreux produits antiparasitaires pour les animaux de compagnie (anti-puces et anti-tiques) et dans des produits à usage domestique contre les infestations (anti-termites, anti-fourmis, anti-blattes...).

Alors que l'insecticide est considéré comme "modérément toxique" pour l'homme par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ses éventuels risques pour la santé humaine posent question. Quelles conséquences en cas d'ingestion ? En cas de manipulation ? Dans quelle proportion ? C'est Bernard Salles, pharmacien, vétérinaire et Directeur du pôle de recherche en toxicologie alimentaire "Toxalim", qui fournit des éléments de réponse.   

La Rédaction de LCI : Les traces de fipronil doivent-elles inquiéter les consommateurs de prime abord ?

Bernard Salles : Pas outre mesure. Pour commencer, il est important de rappeler que le Fipronil est un vieux composé sur lequel on a beaucoup de recul. Les agriculteurs, jardiniers et vétérinaires ne sont pas les seuls à le manipuler. Certains particuliers l’utilisent en effet parfois sans le savoir pour leurs chiens et chats, comme répulsif contre les tiques et les puces. On le trouve notamment dans les produits Frontline et Fiproline, qu’il s’agit de placer sur le dos de l’animal sous forme de gouttes. Si les vétérinaires ou pharmaciens doivent indiquer aux propriétaires de porter des gants, ces derniers ne respectent pas toujours la recommandation.

La Rédaction de LCI : Quels sont les risques pour la santé humaine ?

Bernard Salles : Les risques que l’on pourrait observer chez l’homme ont été évalués d’après ce que l’on sait chez les animaux. Il s’agit donc d’évaluations issues du milieu expérimental et non du milieu naturel. En l’occurrence, on sait que le fipronil est dangereux pour certains organes majeurs comme les reins ou le foie et depuis plus récemment pour la thyroïde. C’est d’ailleurs quand on a découvert qu’il s’agissait d’un perturbateur endocrinien, que les choses ont commencé à bouger dans les années 2000 pour aboutir en 2013 à l’interdiction pour les animaux destinés à la chaîne alimentaire.

La Rédaction de LCI : Jusqu’à quel point la toxicité est-elle considérée comme minime ?

Bernard Salles : Il faut distinguer deux normes pour l’intoxication au fipronil : une norme plus élevée pour l’exposition aiguë, à savoir une seule prise en une fois ou en moins de 24 heures. Et une norme plus basse pour l’exposition chronique, à savoir une prise minime sur du long terme. S’agissant de cette dernière, le seuil est fixé à 0,000 2 mg par kilo de poids corporel, soit près de 0,014 kg pour un homme de 70 kg environ. Cela reviendrait à manger près de dix œufs par jour pendant des années, ce qui est peu probable voir impensable. S’agissant de la prise aiguë, la limite maximale est fixée à 0,009 mg par kg de poids corporel. Donc il n’y pas lieu de s’alarmer pour l’instant, le problème se posant davantage en cas de prise régulière sur une longue durée.

La Rédaction de LCI : Les conséquences sont-elles différentes selon que l’on ingère le fipronil ou que l’on manipule ?

Bernard Salles : Dans les deux cas, le résultat est le même : la substance va dans le sang. Elle passe donc la barrière intestinale et moins facilement la barrière cutanée mais la passe quand même. Dans le cas de l’ingestion, 90% du produit va dans le sang, lorsqu’on le manipule, il y a 4,5% de pénétration. Mais il est à noter qu’on manipule beaucoup plus que l’on ingère.

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