"Crise des opioïdes" aux Etats-Unis : de quoi parle-t-on ?

Santé

DROGUE - Avec 400.000 décès en moins de vingt ans, les antidouleurs à base d’opioïdes font des ravages aux Etats-Unis. Et pour cause, leur vente a été, pendant longtemps, très peu encadrée par les pouvoirs publics.

Aux Etats-Unis, une amende de 572 millions de dollars a été infligée au laboratoire Johnson & Johnson, lors du premier procès à la suite de la crise des opioïdes qui frappe le pays. Le groupe pharmaceutique a été condamné par un juge de l’Oklahoma pour avoir adopté des pratiques "trompeuses de marketing et de promotion des opiacés". S'il estime pour sa part avoir respecté la loi, croyant bon de rappeler que ses médicaments ne représentaient que 1% du marché des opiacés, le laboratoire pourrait bien être l'arbre qui cache la forêt. De fait, d'autres groupes pharmaceutiques envisageraient d'accepter de payer des sommes importantes pour éviter de passer par la case justice. 

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Il faut dire que les autorités semblent désormais déterminées à lutter contre ce fléau. L'Amérique, qui concentre 80% de la consommation mondiale selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), fait face depuis de nombreuses  années à une véritable crise sanitaire.

De quoi s'agit-il ?

Disponibles sur ordonnance ou bien sur internet, les opioïdes sont en réalité des substances psychotropes de synthèse, comme l’héroïne ou le fentanyl, ou naturelles, comme les opiacés. Utilisés comme antidouleurs, leur prise entraîne généralement un fort risque d’accoutumance. 

Aux Etats-Unis, se joue actuellement une véritable crise sanitaire, avec un pic de mortalité enregistré en 2017 lié à la prise d’opioïdes. Ces pilules seraient en effet responsables "de plus de deux tiers des 72 000 décès par surdose" dans l’année, peut-on lire dans un rapport de la sociologue Ivana Obradovic, datant de décembre 2018. Et aurait pour la première fois entraîné un recul de l’espérance de vie des Américains. Entre 1999 et 2017, 400.000 décès ont été constatés par surdose d’opioïdes, selon des chiffres des autorités fédérales. La population âgée de 25 à 54 ans est majoritairement touchée par cette consommation. 

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ARCHIVES - La dépendance aux opioïdes ravage les États-Unis

C’est dans les années 1990 que la prescription d’opioïdes a été élargie à tout type de douleur chronique, entraînant une hausse considérable de leur consommation. Et ce n’est que vingt ans plus tard que les autorités se sont décidées à restreindre leur accès sur le marché. Mais la vente illégale de ces médicaments n’a cessé d’augmenter en parallèle. À partir de 2013, des opioïdes de synthèse, fabriqués pour la plupart en Chine et au Mexique, ont commencé à pulluler sur le "dark net". 

Face à cette crise, Donald Trump a fini par déclarer l’état d'urgence sanitaire en octobre 2017, débloquant six milliards de dollars pour accentuer la prévention et faciliter l’accès à la Naxolone, un traitement d’urgence aidant à soulager les effets d’une surdose. Pour autant, beaucoup de spécialistes jugent que le gouvernement ne fait pas assez pour endiguer le problème. Selon des estimations, au moins 500 000 décès supplémentaires devraient être causés par l’usage d’opioïdes dans les années à venir. 

La France est-elle concernée ?

Si la hausse de consommation d’opioïdes inquiète outre-Atlantique, la France n’est pas en reste. L’arrivé du fentanyl sur le marché français a particulièrement alarmé le gouvernement, qui s’est employé à mettre en place "un plan de veille et de repérage des ’signaux faibles’" pour anticiper une éventuelle crise, selon le rapport d’Ivana Obradovic. Entre 2006 et 2015, la consommation d’opioïdes fort a augmenté de 150 %, selon les chiffres de l’Agence nationale de sécurité des médicaments (ANSM). En 2015, pas moins de 10 millions de Français s’étaient vus prescrire ces antidouleurs. 

Selon l’ONUDC, la France dénombre entre 300 et 400 surdoses mortelles par an, liées à la méthadone (40%) ou à l’héroïne (20%), suivies des médicaments opiacés (12%). Dans son rapport, l’ANSM rappelle par ailleurs qu’un antalgique opioïde, "qu’il soit faible ou fort, expose à un risque de dépendance, (...) de surdosage et de dépression respiratoire pouvant conduire au décès". 

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