Six questions autour de la polémique sur le plomb de Notre-Dame

Santé
POLLUTION - Fermeture d'écoles, suspension du chantier... Près de quatre mois après le terrible incendie qui a ravagé la cathédrale, la concentration de plomb autour de Notre-Dame suscite de vives préoccupations. Retour en six points sur ce que certains qualifient de "scandale sanitaire".

Des associations, syndicats et politiques inquiets. Alors que de nouveaux relevés de taux de plomb doivent être rendus publics ce mardi, plusieurs critiquent les pouvoirs publics d'avoir réagi trop tardivement face à cet incident sanitaire. L'adjointe à la mairie de Paris annonce de nouvelles mesures et espère que le site sera totalement dépollué d'ici la fin du mois. Retour sur un événement tragique qui pourrait avoir des conséquences néfastes sur la santé et sur l'environnement. 

Qu'entend-on par le plomb de Notre-Dame ?

Le 15 avril 2019, un important incendie frappe la cathédrale Notre-Dame de Paris. La flèche s'effondre, la toiture est détruite, la charpente réduite en cendres. D'importants dégâts matériels sont répertoriés mais une autre inquiétude émerge alors : 400 tonnes de plomb sont consumées par les flammes et polluent la cathédrale et ses environs. Le métal toxique a coulé sur les pierres et le sol. L'intérieur et les alentours de la cathédrale sont contaminés.  

Que sait-on du taux de plomb relevé autour de la cathédrale ?

Le 13 mai, un mois après l'incendie, une série de prélèvements est réalisée par la mairie de Paris dans dix établissements à moins de 500 mètres de la cathédrale. Les résultats des prélèvements sont alors remis aux chefs d’établissement en leur signalant qu’il n’y a aucun problème.


Début juillet, le site Mediapart révèle que des prélèvements effectués début mai à l'intérieur et aux alentours de la cathédrale ont mis en évidence des taux de plomb 400 à 700 fois supérieurs au seuil autorisé. Deux semaines après ces révélations, le site évoque "des taux de concentration au plomb, parfois dix fois supérieurs au seuil d'alerte, relevés dans des écoles proches de l'édifice." 


Les deux écoles du 6e arrondissement présentent dans leur cour de récréation uniquement une concentration élevée de plomb. Pourtant, la semaine dernière, les autorités indiquaient que des prélèvements ne justifiaient "aucune alerte". Sauf que depuis, dans un avis rendu le 18 juillet dernier, l’Agence Régionale de Santé (ARS) avait demandé de nouvelles vérifications. Celles-ci ont été effectuées et ont révélé des valeurs supérieures au niveau de référence, à savoir plus de 5000 microgrammes de plomb par mètre carré.

Quel secteur est potentiellement touché par cette pollution au plomb ?

Quelques jours après l'incendie, la préfecture de police de Paris, dans un communiqué, avait recommandé aux riverains de procéder au ménage de leur habitation, à l'aide de lingettes humides pour éliminer tout empoussièrement. Mais des taux élevés de concentration de plomb ont été observés en dehors de l'île de la Cité, notamment avec les deux écoles du 6e arrondissement. Plus précisément plusieurs élus, dont Florence Berthout, maire du 5e arrondissement, ont réclamé une cartographie complète de la pollution au plomb. "La cartographie est consultable sur le site Internet de la Ville", a répondu la mairie de Paris au Parisien. Tous les documents rendus publics sont consultables ici.

Quels sont les risques liés à cette contamination au plomb ?

S'agissant de la santé publique, une exposition chronique à des niveaux trop élevés de plomb, par inhalation ou par ingestion, peut provoquer des troubles digestifs, une perturbation du fonctionnement des reins, des lésions du système nerveux ou encore des anomalies au niveau de la reproduction. Les poussières de plomb sont particulièrement nocives pour les enfants qui peuvent se retrouver atteints de saturnisme. Un risque sanitaire élevé d'autant que selon les prélèvements effectués par la mairie de Paris le 13 mai - soit un mois après l'incendie - neuf établissements sur dix auraient eu des taux de concentration au plomb nécessitant une intervention rapide de décontamination. 

Que reproche-t-on aux pouvoirs publics dans cette affaire ?

Face à ces révélations, de nombreuses personnes se sont interrogées sur la non-décision des autorités de fermer les établissements scolaires au lendemain de l'incendie afin de procéder à leur nettoyage. Mediapart parle alors d'un "scandale sanitaire" et dénonce le silence des autorités, qui auraient communiqué les résultats de ces prélèvements mais de manière  (trop) succincte : "Ni l’agence régionale de santé ni la préfecture de police de Paris n’ont communiqué ces résultats aux riverains", constate le média.


Interrogée par Le Parisien, Anne Souyris (EELV) adjointe à la santé à la mairie de Paris, a annoncé que le site va être être totalement fermé ainsi que des rues adjacentes si - selon les nouveaux relevés rendus public mardi 6 août - elles sont également polluées. Le parvis de la cathédrale doit notamment faire l'objet d'une dépollution particulière afin de ne pas redisperser les poussières de plomb ailleurs,"l'opération doit commencer cette semaine." Anne Souyris annonce également, toujours dans Le Parisien, que les écoles à 500 mètres autour de Notre-Dame ont toutes été nettoyées et qu'un autre contrôle aura néanmoins lieu avant la rentrée scolaire. L'adjointe à la mairie de Paris ajoute que les autorités interviendront aussi auprès des établissements privés. 

Les ouvriers qui travaillent sur le chantier de Notre-Dame sont-ils suffisamment protégés ?

Face à ce taux élevé de plomb relevé à l'intérieur de la cathédrale, des mesures de précaution ont été requises pour les ouvriers. Problème : l’inspection du travail a constaté, après plusieurs visites  pourtant annoncées , que les règles prévues pour les personnes circulant sur le chantier étaient insuffisamment appliquées. 

Suite à ce rapport, le préfet de Paris, Michel Cadot, a décidé jeudi 25 juillet de suspendre "quelques jours " le chantier de Notre-Dame, le temps de "mettre à plat " les précautions sanitaires pour les ouvriers exposés au plomb. Le chantier doit rouvrir progressivement le 12 août. Du côté des écologistes, le candidat à la mairie de Paris, David Belliard, appelle à ce qu'une plombémie (mesure du taux de plomb dans le sang) soit faite sur chaque ouvrier du chantier et ce, toutes les semaines.

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