Les "brigades" de traçage, ces équipes jugées indispensables à l’application StopCovid

DÉCRYPTAGE - Dans sa chronique "Les indispensables", Baptiste Morin s'est intéressé ce mardi 28 avril 2020 au dispositif prévu pour la santé à partir du 11 mai.

TRACKING - Toute sortie du confinement implique de retrouver les personnes avec lesquelles un malade a été en contact. Pour ce faire, une application smartphone ne suffit pas. Explications.

"Les tests, c'est bien. Mais ce n'est pas suffisant. La personne testée positive, qu'est-ce qu'on en fait ?" Invité d'Elizabeth Martichoux sur LCI ce mardi 28 avril, Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique créé par Emmanuel Macron pour faire face à la crise du Covid-19, a ainsi répondu à sa propre question : "Il faut des équipes très souples, très réactives (...) qui vont voir la personne (malade), lui expliquent les enjeux, lui proposent d'être éventuellement isolée dans un hôtel ou au contraire de rester chez elle, en expliquant que le choix n'est pas imposé, lui font un interrogatoire pour savoir avec qui elle a été en contact, en s'appuyant éventuellement sur les données du 'tracing' numérique."

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Pour un déconfinement digne de ce nom le 11 mai, c'est-à-dire sans apparition massive de nouveaux cas et donc avec un risque minimal d'un nouveau confinement, le gouvernement opte pour un "contact tracing" via une application pour smartphone, StopCovid. Jean-François Delfraissy prévient, lui, que cette stratégie est vouée à l'échec si elle ne se conjugue pas à l'action de professionnels. Une action humaine. Le 15 avril, lors d'une audition parlementaire, il avait cité l'exemple de la Corée du Sud, qui "a bien sûr utilisé le numérique" mais disposait "d'une armada, une brigade de 20.000 personnes".

Une brigade "de peut-être 30.000 personnes"

La technique est systématiquement appliquée pour maîtriser les épidémies, depuis le XIXe siècle. Ces personnels existent en France. Ce sont des enquêteurs issus des rangs de Santé publique France et des Agences régionales de santé (ARS). Ils sont médecins, infirmiers, internes ou ingénieurs. Ils endiguent habituellement les alertes sanitaires liées aux cas de tuberculose, de rougeole, de salmonellose... Ces deux derniers mois, ils ont permis d'éviter que certains des premiers foyers épidémiques de Covid-19 ne dégénèrent comme dans le Haut-Rhin, notamment en Haute-Savoie.

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Traçage individuel : comment cela pourrait-il marcher ?

Mais le déconfinement du 11 mai est une autre affaire. A bien plus grande échelle. Au Sénat le 15 avril, Jean-François Delfraissy estimait que la sortie du confinement pourrait se traduire par 10.000 à 15.000 nouvelles contaminations par jour. "Aujourd'hui, on table plutôt sur 2000 à 3000", a indiqué ce mardi le président du Conseil scientifique sur LCI. Quelques jours plus tôt, il recommandait de mettre en place une brigade "de peut-être 30.000 personnes" en France. 

Une dimension sociale

Ce mardi sur LCI, il déclare : "C'est en train de se monter. Cette brigade est un point majeur. Le chiffre de 30.000, prenez-le avec un point d'interrogation. Je l'ai cité par rapport à la Corée, pour montrer la nécessité de l'humain, en plus du numérique. Ce sont des équipes qui doivent pouvoir expliquer aux gens ce qui est en train de se passer. Quand on est infecté par le Covid-19, c'est sérieux, mais dans l'immense majorité des cas, il n'y a pas de conséquences majeures, en particulier si on n'a pas de facteur de risques. Le travail de ces équipes, c'est aussi de rappeler tout ça." 

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En Italie, la Lombardie teste déjà une application de traçage des malades du Covid-19

La démarche n'est donc pas seulement thérapeutique : outre la recherche des contacts, soit un travail d'enquête, elle implique une dimension sociale. Après les prélèvements, ce sont des mots aussi rassurants que possible, des conseils pour aider à se procurer des masques, ou aiguiller vers des places d’hôtel pour l'isolement. En Chine, 9.000 personnes ont ainsi été mobilisées. L'Allemagne prévoit d'en déployer 20.000, comme en Corée du Sud.

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En France, il faudra fatalement garnir les rangs. Et s'inspirer de ce qui se fait en Île-de-France, où un dispositif baptisé "Covisan", initié le 15 avril par l'AP-HP, a été mis en place. Il réunit divers partenaires, issus des collectivités locales, de l'ARS, des médecins de ville, de la Croix-Rouge, de la mairie de Paris, ou d'entreprises privées, afin de constituer des "brigades" qui sillonnent déjà la région. Mais les professionnels préviennent que plusieurs centaines d'équipes supplémentaires seront nécessaires dans la perspective du 11 mai, pour la seule Île-de-France... Les bras, comme le temps, risquent de manquer.

Sous l'autorité des ARS

A ce sujet, le Premier ministre, Edouard Philippe, lors de sa présentation du plan de déconfinement devant l'Assemblée nationale, a déclaré : "Dans chaque département, nous constituerons des brigades chargées de remonter la liste des cas contacts, de les appeler, de les inviter à se faire tester en leur indiquant à quels endroits, puis à vérifier que ces tests ont bien eu lieu." Sur leur nombre, peu ou pas d'informations à ce jour, si ce n'est que la charge de le déterminer devrait incomber aux préfets, et qu'il y aurait au moins plusieurs milliers de personnes, pas seulement des médecins, répartis sur l'ensemble du territoire. Ces brigades devraient être placées sous l'autorité des ARS. Nous devrions en savoir plus d'ici une dizaine de jours.

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