Delphine Batho : "Les perturbateurs endocriniens sont un poison à diffusion lente"

Santé

INTERVIEW - La députée (PS) des Deux-Sèvres et ancienne ministre de l'Ecologie Delphine Batho a accepté de faire analyser une de ses mèches de cheveux par l'ONG Générations Futures. Résultat : 36 perturbateurs endocriniens y ont été retrouvés, dont 13 pesticides.

Personne n'échappe à la contamination généralisée par les pesticides et les perturbateurs endocriniens. Preuve en est : cette étude de l'ONG Générations Futures que nous vous dévoilons ce jeudi matin, qui a décidé de faire appel au monde de l'Ecologie. Delphine Batho est l'une des 7 personnalités à s'être prêtée au jeu. La députée (PS) des Deux-Sèvres et ancienne ministre de l'Ecologie a accepté de répondre aux questions de LCI.

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LCI : Avez-vous été surprise par les résultats de cette étude ?

Delphine Batho : Non. Pas le moins. On sait que dans le domaine des perturbateurs endocriniens, tout le monde est contaminé. C'est un scandale sanitaire majeur. Mais comme leurs effets sont silencieux, certains pensent en être préservés. C'est faux. C'est un poison à diffusion lente, même à faible dose. Ce qui me trouble en revanche c'est de connaître la liste des 36 perturbateurs endocriniens qui sont dans mon corps : 1 Bisphénol S, 8 Phtalates, 14 PCB et 13 pesticides.

LCI : En tant qu'écologiste, on aurait pu penser que vous seriez préservée ?

Delphine Batho : Nous sommes tous concernés, que l'on soit écologiste ou pas. Je mange "bio" depuis une quinzaine d'années, mais le corps enregistre tout ce que l'on fait tout au long de sa vie et stocke ces informations. Ainsi, l'agriculture biologique était moins facile d'accès quand j'étais enfant. Pour autant, j'ai la chance d'être née dans les années 70, période durant laquelle beaucoup de substances chimiques ont été interdites. Ce qui explique peut-être pourquoi je suis celle qui est le moins contaminée parmi mes confrères écologistes qui se sont prêtés à l'étude de "Générations Futures".

LCI : Pensez-vous que la France fait tout ce qu'il faut dans ce domaine ?

Delphine Batho : Au même titre que le tabac ou l'alcool, il faut que la santé environnementale devienne une grande cause nationale. A mon sens, le ministère de la Santé est transparent dans ce domaine. C'est pourtant son rôle de protéger la population des substances chimiques. Notamment les publics à risque comme les femmes enceintes ou les enfants. Ainsi, au même titre que les logos illustrant le zéro alcool pendant la grossesse, il faudrait des pictogrammes sur tous les produits cosmétiques et les produits pour bébés dont on sait qu'ils sont bourrés de perturbateurs endocriniens.

LCI : Et au niveau européen ?

Delphine Batho : Depuis 5 ans, la France défend les bonnes positions à Bruxelles. Mais si l'Europe ne bouge pas, il faut que la France continue d'être précurseur, comme elle l'a été sur le Bisphénol A. Et s'il faut aller au bras de fer, allons-y, c'est le seul moyen de désamorcer cette possible bombe à retardement.

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