Dépakine : Marine Martin dans les pas d'Irène Frachon

Santé

COMBAT - C’est du fin fond du Cambodge que Marine Martin a eu vent des révélations du "Canard enchaîné" ce mercredi 10 août. Celle qui est devenu l’égérie du scandale industriel et sanitaire que représente la Dépakine, un médicament pour lutter contre l’épilepsie et aux effets secondaires qui ne font désormais plus mystère, se confie auprès de metronews et a accepté de retracer cette longue bataille.

Marine Martin est déclarée épileptique à l’âge de 6 ans. Durant des années, elle fera de la Dépakine sa pilule pour soulager la maladie. Et si elle a ensuite changé de traitement, son organisme, lui, ne s’en remettra pas. En 1999, puis en 2002, elle donne successivement naissance à deux enfants : Salomé et Nathan. Si le premier connaît déjà quelques soucis de santé, c’est surtout le handicap que manifeste le petit dernier, Nathan, atteint de troubles du comportement et de langage, qui sera le point de départ de réelles inquiétudes.

Comme le feraient certainement de nombreux parents, Marine entreprend alors des recherches sur Internet pour savoir quels médicaments chez la femme enceinte peuvent causer le handicap de leurs progénitures. Et quand elle tombe sur les effets que peut générer la Dépakine, sa réaction est sans équivoque :  "Quand j'ai vu les effets décrits sur les enfants, j'ai reconnu le mien."

"En tant que citoyen, il faut réagir"

Cela fait pourtant près de trente ans que les effets néfastes du valproate de sodium, entrant dans la composition de la Dépakine, sont connus. Commercialisée en 1967 par Sanofi,  une note du ministère de la Santé préconisait pourtant, dès 1989, de ne pas prescrire le médicament aux femmes en âge de procréer. Pour Marine Martin, "il y a eu une volonté délibérée de l'Etat de ne pas réagir".

Irène Frachon, "son modèle" 

Dès lors, que faire ? Doit-elle continuer à mener sa vie, maintenant que le mal est fait ? Ou, au contraire,  faire de son cas personnel le début d’une croisade contre un médicament qu’elle sait désormais toxique et auquel sûrement bon nombre d’autres femmes épileptiques ont aussi recouru ? "En tant que citoyen, il faut réagir. Sinon, qui le fera ?", s’ interroge t-elle auprès de Midi Libre et n’hésitant pas à citer le nom d’Irène Frachon, le médecin qui a dévoilé le scandale du Médiator, "son modèle", dit-elle. "Sans elle, je n'aurais jamais osé."

Et depuis, elle a pris son courage à deux mains. Pour donner de l’impact à sa cause, elle décide en 2011 de fonder l’Association d'aide aux parents d'enfants souffrant du syndrome de l'anti-convulsivant (Apesac) . L’association compterait actuellement près de 500 familles, touchées par le syndrome en France.

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"Tromperie aggravée"

Consciente du long et difficile combat judiciaire qui l’attend, Marine Martin décide de s’en remettre à l’avocat Charles Oudin, en charge à l’époque du dossier Mediator. "Je l'ai vu à la télé, il a accepté. Il m'évite de tomber dans les pièges." Avant chaque sortie médiatique, il répète "les trois messages essentiels à faire passer".

C’est ainsi, qu’elle se lance dans différentes procédures. La première a lieu en 2012. Elle dépose plainte contre X au civil, "visant indirectement le laboratoire Sanofi et l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM)". Un expert est alors nommé pour mener une enquête judiciaire et déterminer le lien de causalité entre la Dékapine et le trouble de ses enfants. 

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Et après trois ans d’attente, l’expertise donne raison à Marine Martin. Le laboratoire Sanofi lui, se défausse de sa responsabilité. "Je suis très surprise de la position de Sanofi, qui refuse d’assumer ses responsabilités, même dans les dossiers où des experts indépendants, nommés par la justice, retiennent que c’est bien leur produit qui a causé des préjudices énormes à des enfants. Cette attitude de déni de responsabilité est inadmissible de la part d’un grand laboratoire, se désole-t-elle dans le lanceur.fr ."

Marine Martin a engagé par la suite une action pénale contre Sanofi pour "tromperie aggravée" . A ce jour, l’enquête préliminaire lancée par le parquet de Paris est toujours en cours, précise-t-elle à metronews.

"J'ai cette culpabilité d'avoir rendu mes enfants malades"

Mais aujourd’hui, elle en est convaincue, sa bataille accouche d’avancées notables. "On a forcé quelques verrous directement auprès de la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Nous étudions désormais avec elle la création d’un fonds d’indemnisation pour les personnes victimes de ce médicament. Et nous demandons désormais qu’un nouveau logo soit inscrit pour prévenir des risques que ce traitement peut entraîner en cas de grossesse. Nous sommes aussi en lien avec le ministère sur ce sujet".

Mais comme elle le confie dans un livre de Clothilde Cadu, journaliste à Marianne, et qui porte sur Les Effets indésirables des médicaments, une dernière raison pousse Marine Martin à ne pas déposer les armes :  "J'ai cette culpabilité d'avoir rendu mes enfants malades. C'est une thérapie. Je répare, d'une certaine manière, le tort que j'ai fait sans savoir". Et elle n’est plus toute seule.

 

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