"Le château de cartes va s'écrouler" : malgré la priorisation, les tests PCR au bord de la rupture

"Le château de cartes va s'écrouler" : malgré la priorisation, les tests PCR au bord de la rupture
Santé

CRI D'ALERTE - Malgré la priorité donnée à certains publics pour se faire tester, les délais d'attente des résultats dépassent parfois une semaine, rendant le dépistage presque obsolète, assure le président du Syndicat national des jeunes biologistes.

Dans son allocution du 11 septembre, le Premier ministre Jean Castex s'est félicité du nombre de tests PCR réalisés en France - plus d'un million chaque semaine - faisant de l'Hexagone "le troisième pays" qui dépiste "le plus en Europe". Mais cette "excellente nouvelle" entraîne surtout "des temps d'attente trop importants" avant d'obtenir les résultats, a reconnu le locataire de Matignon. Pour faire face, il a alors annoncé que "le circuit de dépistage" allait être "renforcé pour les personnes prioritaires".

Pour faire partie de cette catégorie, et donc être testé plus rapidement, il faut remplir des conditions bien précises. "Aujourd'hui, seules les personnes qui ont des symptômes ainsi que les cas contacts des patients testés positifs sont considérés comme prioritaires", affirme à LCI Lionel Barrand, président du Syndicat national des jeunes biologistes. Hormis dans ces deux circonstances, la priorité dans les laboratoires ne s'applique pas, même dans des situations pourtant urgentes. "Allez dire à une personne qu'elle n'est pas prioritaire alors qu'elle a une opération de chirurgie dans 48 heures", poursuit-il. "Être un cas symptomatique n'est pas un critère objectif" pour trier les patients. "Le seul qu'il pourrait y avoir, c'est l'ordonnance."

Dans les laboratoires, "tout le monde craque"

Être considéré comme prioritaire permet, en principe, de bénéficier plus rapidement d'un rendez-vous pour se faire dépister. Le délai entre la réalisation du test PCR et l'obtention de son verdict doit également être plus court. "La priorisation s'applique aussi pour les résultats", continue le biologiste, "nous essayons de mettre des signes distinctifs sur les tubes" des personnes prioritaires, "écrire que c'est urgent... Mais cela ne suffit pas, car des urgences, il y en a beaucoup trop !"

En effet, avant d'obtenir les résultats du test, il faut parfois attendre plus d'une semaine. "Le délai d'attente varie beaucoup en fonction des régions", nuance le biologiste. "Dans certaines, il faut 24 heures pour obtenir un rendez-vous, puis 24 heures avant de connaître les résultats. Mais dans d'autres, il peut se passer plusieurs jours avant d'obtenir un rendez-vous, et une semaine avant les résultats." Selon Lionel Barrand, cette situation critique se présente notamment "en Île-de-France, dans la région lyonnaise, ainsi que vers Toulouse et Marseille".

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Pour lui, la priorisation évoquée par Jean Castex ne réglera pas la question. "Les laboratoires essaient déjà de prioriser", poursuit le président du Syndicat national des jeunes biologistes. "C'était envisageable lorsque la France pratiquait 300.000 tests par semaine. À un million, c'est désormais très compliqué, nous sommes au maximum de nos capacités." En cause, la pénurie de réactifs que subissent de nombreux laboratoires, mais aussi des moyens humains insuffisants. "Il y a un manque de personnel", déplore Lionel Barrand, qui évoque également "des grèves qui se préparent, car tout le monde craque. Le château de cartes est en train de s'écouler complètement".

Dans les régions les plus saturées, "cela ne sert presque plus à rien de dépister"

"Nous utilisons beaucoup trop de cartouches à blanc alors qu'il faudrait tirer sur le virus", continue le biologiste, pour qui le nombre de tests pratiqués est trop important. "Nous nous retrouvons dans des situations dans lesquelles nous utilisons tout notre réactif pour réaliser des dépistages non-indispensables." Selon lui, "il vaudrait mieux faire 500.000 tests aux bonnes personnes", à savoir les cas contacts, les symptomatiques et les urgences, "afin d'avoir les résultats en 24 heures et casser les chaînes de transmission, parce que c'est le plus important", plutôt que "pratiquer un million de tests et avoir les résultats en une semaine".

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Dans les régions aux délais importants, "cela ne sert presque plus à rien de dépister, puisqu'au moment de l'obtention des résultats, la personne n'est plus contagieuse, mais a déjà pu contaminer tout son entourage", reconnaît-il. "Tout le processus 'tester-tracer-isoler' est alors à mettre à la poubelle." Lionel Barrand réclame donc de "cibler" les tests et que des "moyens" soient mis en place pour faire face à l'afflux de patients. "C'est à ce niveau que nous attendions Monsieur Castex. Nous avons été très déçus."

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