Que sait-on du spectromètre, cet appareil qui permettrait de détecter le Covid-19 par le souffle ?

Un spectromètre a été installé au Parc des Sports de Lyon dans le cadre d'une étude clinique dont les résultats devraient être connus fin 2021.

ESPOIR - Une nouvelle méthode de détection du Covid-19, aussi rapide et élémentaire qu’un éthylotest, est actuellement testée à Lyon. Elle permettrait de connaître l'infection ou non d'une personne par le biais des molécules rejetées lors de la respiration.

Une des clés du retour à une vie normale ? À Lyon, une équipe de scientifiques de l'Institut des agents infectieux des Hospices civils de Lyon, de l'Institut de recherches sur la catalyse et l'environnement (IRCELYON) du CNRS et de l'Institut des sciences analytiques (ISA) expérimente depuis plusieurs mois une nouvelle méthode de dépistage du Covid-19. 

Après avoir été longuement étudiés en laboratoire, les tests par spectromètres sont actuellement déployés au Palais des Sports de Lyon. Plus de 2800 Lyonnais ont déjà soufflé dans le tuyau de cette imposante machine. Il en faudra le double pour mener à bien cette étude clinique dont les résultats devraient être rendus en fin d'année.

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Comment ça fonctionne ?

Cette nouvelle méthode de dépistage peut s'apparenter à celle utilisée par l'éthylotest pour établir un taux d'alcool. Ainsi, il suffit de souffler dans le tuyau d'un appareil, lequel analyse les composés chimiques présents dans l’air expiré. Cet outil, le spectromètre de masse, prend l'apparence d'une boîte grise de la taille d’un réfrigérateur. L'engin, lourd et massif, est muni d’un écran tactile et d’un long tube flexible terminé par un bec amovible. Il est capable d’identifier et de quantifier les molécules gazeuses dans un échantillon d’air, y compris celui rejeté par l'homme. 

Or le métabolisme de l'humain produit des milliers de molécules qui varient en fonction de son état de santé. Ainsi, lorsqu'un virus apparaît, il s’emploie à fabriquer des protéines virales et délaissent une grande partie de leurs activités normales. Dès lors, réussir à identifier ces composés permettrait d'identifier si une personne est infectée ou non par un virus tel que le Covid-19. Le procédé repose donc, en quelque sorte, sur la recherche de "signatures" biologiques. L'instrument "va séparer et observer les molécules que vous expirez. On obtient ensuite un graphique qui va être interprété par un logiciel", précise le Dr Alexandre Gaymard, virologue aux Hospices civils de Lyon, chargé du projet COVIDAir. 

Est-ce efficace ?

Il est encore impossible de tirer des conclusions arrêtées de l'expérimentation, et notamment sa deuxième phase menée depuis un mois au Palais des Sports de Lyon. Pour autant, certaines tendances peuvent être établies au vu des résultats préliminaires obtenus l'année dernière par les scientifiques sur des patients atteints du Covid-19 à l'hôpital lyonnais de la Croix-Rousse. Les données récoltées avaient alors démontré  "une fiabilité à 95% en comparaison avec un test PCR", selon Alexandre Gaymard. Très encourageant donc.  

Si l'expérience devait aboutir, une à deux minutes pourraient suffire pour se faire dépister du Covid-19, une révolution. "Cette machine sera utile dans tous les lieux où il faut dépister rapidement", souligne le virologue. 

Quelles perspectives ?

Si les scientifiques parviennent à mener à bien leur projet, les débouchés pourraient être considérables. L’idée de déceler des molécules dans l'air n'a rien de nouveau. La spectrométrie de masse est d'ailleurs largement utiliser lors d'analyses environnementales pour détecter des particules dangereuses dans l'air. Même chose pour ce qui est d'établir l'état physiologique d'un individu via l'air qu'il rejette, en atteste la démocratisation de l’éthylotest dès le milieu des années 1950. 

En revanche, jusque-là, aucun chercheur dans le monde n'est parvenu à mettre au point des méthodes de diagnostic fondées sur le souffle. À chaque tentative revient le même obstacle : les molécules volatiles ne sont pas suffisamment concentrées. 

On recueille des informations permettant de détecter d'autres virus, comme la grippe- Alexandre Gaymard, virologue aux Hospices civils de Lyon

Or, tout cela est sur le point de changer grâce à la nouvelle génération de spectromètres de masse. Avec ces appareils encore plus précis, la révolution pointe le bout de son nez. "Il y a huit ans, nous avons acheté le meilleur instrument sur le marché. La sensibilité de celui que nous utilisons aujourd’hui est mille fois supérieure", confirmait d'ailleurs Sébastien Perrier, ingénieur de recherche à l’Ircelyon dans un article du CNRS. S'ils parviennent à leurs fins, les scientifiques seront non seulement capables de dépister le Covid-19 mais aussi toutes les autres maladies respiratoires. 

"On recueille des informations permettant de détecter d'autres virus, comme la grippe ou le virus respiratoire syncytial, responsable de la bronchiolite du nourrisson", indique Alexandre Gaymard. Par la suite, le concept pourrait même être utilisé pour débusquer d’autres maladies comme la légionellose ou le cancer, faisant entrer la médecine et le diagnostic dans une nouvelle ère.

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