Dépister tous les Français d’un coup ? "Il le faut"

JEFF PACHOUD / AFP

CORONAVIRUS - Face à la deuxième vague de Covid-19 qui déferle en Europe, certains pays expérimentent le dépistage à grande échelle. Plusieurs spécialistes s'accordent sur l'intérêt de cette stratégie, mais ne se rejoignent pas forcément sur les conditions de son déploiement dans l'Hexagone.

3,625 millions de personnes dépistées en deux jours. Ce premier week-end de novembre, des tests antigéniques ont été effectués sur les deux tiers de la population slovaque dans le cadre d'un programme national controversé ayant abouti à 1,06% de cas positifs. Ce vendredi, ce sont les Britanniques qui expérimentent ce dépistage géant, mais à l'échelle d'une ville, Liverpool, durement touchée par la deuxième vague de nouveau coronavirus.

D'autres pays plus petits comme le Luxembourg l'ont déjà effectué, de même que certaines villes chinoises qui comptent plus d'habitants que la Slovaquie, comme Wuhan, où le virus aurait pris ses origines. Et à l'échelle d'un pays comme la France, est-ce pertinent d'envisager de tester la quasi-totalité de la population, tant d'un point de vue épidémiologique que logistique ?

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La solution pour sortir du "stop and go"

Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille, en est, lui, convaincu. S'appuyant justement sur l'exemple de la Slovaquie qui "s'est lancée courageusement dans le dépistage de sa population de plus de 18 ans", il estime que ce modèle est la solution pour sortir du "stop and go".  Et d'expliquer : "On est actuellement face à la seconde vague, dans une stratégie de couvre-feu et de confinement, et on espère que ca va ramener les chiffres à un niveau raisonnable. Mais ce qu'il faut se demander dès maintenant, c'est : qu'est ce qu'on fait si on veut pas que ça recommence ?".

Comme de nombreux épidémiologistes, il rappelle que ce nous connaissons de la circulation du virus n'est qu'une petite partie de la circulation réelle. "Lorsqu'on détecte un cas positif, cela signifie qu'il y a au moins deux ou trois autres cas non détectés et asymptomatiques derrière", estime-t-il, insistant sur le fait que "ce sont ces gens-là qu'il faut trouver", grâce au dépistage à grande échelle.

"On a les structures et les moyens"

Mais la France peut-elle prétendre à déployer un tel dispositif à son échelle ? "Oui", répond le spécialiste, qui se veut optimiste en assurant qu'"on les structures et les moyens." Et de devancer le comparatif sur le nombre d'habitants dans les pays ayant expérimenté la méthode : "La Slovaquie compte effectivement dix fois moins d'habitants que la France, mais ce n'est pas ainsi qu'il faut raisonner", assure le Pr Philippe Amouyel, puisque "son PIB est proportionnel au nombre d'habitants et que celui de la France est au moins dix fois supérieur". Selon lui, le déploiement d'une stratégie comme celle-ci en France repose sur deux points : la volonté et l'organisation qui en découle. "Ce qu'il manque, c'est un chef d'orchestre. Là on a l'impression d'un concert symphonique qu'avec des solistes", ironise-t-il, estimant que pour "rendre un son audible, ça ne peut venir que du gouvernement et qu'il faut ne vraie politique à l'échelle nationale".

Quant à l'organisation, elle devrait être "militaire" pour obtenir les résultats escomptés. "Pour un pays comme la France, il faut peut être laisser l'organisation aux préfets, si l'on prend l'exemple des Hauts-de-France, le nombre d'habitants est semblable à celui de la Slovaquie", illustre-t-il, avant de détailler un plan d'attaque : "Ensuite il faut commander suffisamment de tests, définir des plateformes centralisées, mobiliser toutes les forces vives, en formant notamment des infirmiers et étudiants au prélèvement nasal, et organiser les tests dans un délai extrêmement rapide, pourquoi pas 48h".

"Enormément de façons de faire des tests"

Quid de l'adhésion des Français à un tel projet ? "Bien sûr, on en peut pas rendre cela obligatoire, mais on peut le recommander fortement sous peine de restrictions de déplacements par exemple", explique-t-il, citant une fois de plus le récent exemple slovaque. "Il y a eu 97% de participation, on peut écoper d'une lourde amende si l'on ne peut pas présenter un test négatif".

S'ils reconnaissent eux aussi l'intérêt de cette stratégie, d'autres comme Pierre Parneix, médecin de santé publique au CHU de Bordeaux, se montrent plus sceptiques concernant sa mise en œuvre. "Un déploiement majeur massif pose d'abord la question de l'approvisionnement, car il faut pouvoir reproduire une telle stratégie", pointe le membre de la mission sur l'évaluation de la gestion de la crise Covid mise en place par l'Elysée. En effet, en Slovaquie, une deuxième série de tests est prévue dès le week-end prochain. Ensuite, "la technique est un facteur limitant, ça change toute la problématique. S'il faut huit jours pour tester tout le monde, ca n'est pas pertinent tout comme si on n'est pas capable de maitriser la partie isolement qui suit les tests et les contacts". 

Dès lors, deux scénarios lui semblent plus pertinents. "L'idéal serait de pouvoir compter sur les autotests salivaires, qui faciliteraient grandement un dépistage massif", pointe-t-il, rappelant la particularité du prélèvement nasopharyngé, qui suppose un geste technique. En outre, réserver cette méthode à "des populations ciblées" comme "une région où il y a une diffusion plus large du virus ou des clusters" semble là encore davantage réalisable.

Début octobre déjà, l'épidémiologiste Catherine Hill avait plaidé sur LCI pour "un dépistage de masse de la population", sans quoi selon elle, "le cafouillage" et "la circulation du virus" continueront. "Il y a énormément de façons de faire des tests : antigéniques, groupés, on peut chercher le virus dans les eaux usées...", avait-elle argué de son côté.

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