Déremboursement de l'homéopathie : pourquoi ça se précise

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SANTÉ - La Haute autorité de Santé (HAS) plaide dans son avis préliminaire pour un déremboursement de l'homéopathie, actuellement remboursée à 30%, a confirmé le laboratoire français Boiron, leader mondial du secteur. Sans surprise, le rapport conclurait à "l'absence de démonstration d’efficacité" des fameuses granules.

Ça sent le roussi pour l'homéopathie. Ces petites granules plébiscitées par beaucoup de Français, mais dont l'efficacité n'a jamais été prouvée scientifiquement, ne devraient prochainement plus être remboursées par la Sécurité sociale. Après que l'information a fuité dans plusieurs médias, le laboratoire français Boiron, leader mondial du secteur, a confirmé ce vendredi que la Haute autorité de santé (HAS) plaide dans son avis préliminaire pour un déremboursement de l'homéopathie.

Un avis scientifique pour mettre fin à la controverse

La HAS avait été saisie en août 2018 par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, après plusieurs mois de débats sur ce sujet. Les produits homéopathiques, actuellement remboursés à hauteur de 30 % par la Sécurité sociale, bénéficient d'un statut dérogatoire qui les exempte d'Autorisation de mise sur le marché (AMM), contrairement aux autres médicaments.


Alors que leur remboursement de l'homéopathie représente 130 millions d'euros de dépenses pour la Sécu (sur un total de 20 milliards), selon les chiffres de 2017, la controverse sur a été relancé en mars 2018 avec la parution dans Le Figaro d'une tribune contre l'homéopathie et d'autres "médecines alternatives" signée par un collectif de 124 médecins, et menant à la saisie de la HAS par la ministre. "Je ne cherche ni à dérembourser, ni à rembourser. Soit un médicament est utile et permet d'avoir un bénéfice clinique, soit il n'apporte rien et dans ce cas-là il n'a pas de raison d'être financé par la collectivité", soulignait la Agnès Buzyn, fin mars. 

Une "absence de démonstration d'efficacité" de l'homéopathie

La HAS n'a donc pas trouvé de raison valable pour poursuivre le remboursement. Selon Le Monde, qui a consulté le détail de son avis préliminaire, la Commission de transparence (CT) de la HAS,  a examiné "23 revues systématiques de la littérature et méta-analyses, 10 essais contrôlés randomisés et 6 études concernant la consommation médicamenteuse, dans 25 indications ou symptômes" et indique qu'"aucune étude n’a démontré la supériorité en termes d’efficacité (morbidité) de l’approche homéopathique par rapport à des traitements conventionnels ou au placebo".


L'absence de dangerosité des produits homéopathiques, et la demande de certains patients, ne justifient donc pas aux yeux de la HAS leur remboursement, en raison de leur "absence de démonstration d'efficacité" et de "l'absence de démonstration de leur impact sur la santé publique".


Outre Boiron, qui indique avoir reçu cet avis préliminaire, d'autres laboratoires sont concernés par un éventuel déremboursement : Lehning et Weleda. Tous pourront faire valoir leurs arguments durant une "phase contradictoire" car, explique Boiron, "la procédure d'évaluation en cours prévoit qu'après réception de ce premier avis, [les laboratoires] disposent de dix jours pour transmettre des commentaires écrits ou pour demander une audition auprès de la HAS". C'est à l'issue de cette procédure que la HAS rendra un avis définitif, transmis à la ministre de la Santé pour qu'elle tranche.

Pétition, millier d'emplois, courrier d'élus : la riposte des labos

Malgré des arguments scientifiques en leur défaveur, les laboratoires qui dépendent de l'homéopathie ont déjà riposté. Ils font valoir que l'homéopathie est appréciée des Français, car 72% "croient en ses bienfaits", selon un sondage Odoxa publié en janvier. Labos et professionnels pro-homéopathie ont également lancé début avril une riposte médiatique, avec une pétition qui revendiquait vendredi soir près de 445.000 signatures.


Enfin, les défenseurs des granules mettent en avant le nombre d'emplois dans le secteur. Chez Boiron, dont les produits remboursés représentent selon Libération 70 % du chiffre d’affaires, on fait savoir que "ce sont plus de 1.000 emplois qui seraient menacés", sur 3.600 salariés dans le monde, dont 2.600 en France. Signe de la menace qui pèse sur ce groupe, Boiron avait suspendu sa cotation jeudi après-midi, après la fuite dans la presse des conclusions de l'avis de la HAS, qui était censé 

rester confidentiel. Le labo indique que la cotation reprendra lundi, mais l'action Boiron a dégringolé de plus de 25% à la Bourse de Paris, passant de 57 euros mi-mars à 42 euros jeudi. Quant aux ventes, elles ont chûté de 10,1% au premier trimestre.


Le laboratoire, dont le siège est situé près de Lyon, à Messimy, peut aussi se prévaloir du soutien de Gérard Collomb et Laurent Wauquiez. Le maire de Lyon et le président d'Auvergne Rhône-Alpes ont écrit ont écrit respectivement, vendredi, à Emmanuel Macron et Edouard Philippe pour défendre le soldat Boiron.

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