Des patients asymptomatiques, une spécificité du Covid ?

Seuls des tests médicaux permettent de détecter la contamination de patients asymptomatiques.
Santé

INSIDIEUX – Alors que les autorités sanitaires alertent sur les risques liés aux patients asymptomatiques, des Français dénoncent ce discours et évoquent des "malades imaginaires". Pourtant, les risques liés aux patients dépourvus de symptômes sont bien connus et ne se limitent pas au Covid-19.

Dans le contexte épidémique actuel et en l'attente d'un vaccin, les autorités sanitaires insistent sur l'importance du port du masque et des gestes barrières. Il s'agit notamment de se protéger des contaminations par des personnes contaminées mais ne présentant aucun manifestation visible du virus, les fameux patients asymptomatiques.

 

Ces situations, largement décrites par les médias et les médecins depuis plusieurs mois, laissent pourtant perplexes de nombreux Français. Le terme de "malades imaginaires" revient régulièrement sur les réseaux sociaux, dénonçant un climat de peur qui serait instauré par les autorités de santé ou accusant le gouvernement de mettre en place des mesures inutiles. Bernard Henry Lévy s'est joint à ce mouvement : "Voici venu le temps du malade sans le savoir, c’est à dire asymptomatique et d’autant plus dangereux, voire coupable, qu’il est malade sans l’être", a-t-il tweeté. Le philosophe a qualifié cette notion de véritable "absurdité médicale", obligeant le ministre de la Santé Olivier Véran à lui répondre.

Le Covid n'a rien d'un cas unique

Derrière les messages propagés en ligne circule l'idée que le concept de patient asymptomatique permettrait de maintenir la population dans un état de peur, alors même que les individus ne présentent aucune manifestation physique d'une contamination. S'il est vrai qu'hors du monde médical, l'asymptomatie était relativement méconnue avant le Covid, il faut souligner d'emblée qu'elle n'a rien de spécifique à ce virus.

"C'est notamment le cas du diabète, de l'hypertension artérielle", mais aussi de "certaines maladies rénales", a expliqué Laurence Legout, médecin infectiologue en Suisse. Elle mentionne également le cas d'une "maladie infectieuse en phase d'incubation" dans un entretien donné au Journal des femmes. À quoi fait-elle référence ? À des infections sexuellement transmissibles notamment, comme les hépatites, la syphilis, ou bien encore le gonocoque, la chlamydia et le papillomavirus. Des maladies virales telles que la varicelle sont enfin citées en exemple par la spécialiste.

À cette liste s'ajoute bien sûr le VIH. Les personnes contaminées peuvent l'ignorer durant de longues années et seul un test sanguin leur permettra de découvrir qu'elles sont porteuse du virus. Un laps de temps durant lequel elles demeurent contagieuses et peuvent mettre en danger leurs partenaires en cas de rapports non protégés. "Être contaminé par un virus sans le percevoir (incubation, forme pré ou sans symptômes) n'a rien de nouveau dans l'histoire des maladies infectieuses", lançait il y a quelques semaine Olivier Véran en réponse à BHL, ajoutant au passage qu'être asymptomatique "ne rend ni dangereux, ni coupable", mais simplement "contagieux".

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Si d'autres maladies se caractérisent par une asymptomatie de tout ou partie partie des patients, on note que la contagiosité des personnes contaminées sans le savoir est variable.  Il n'en demeure pas moins que pour les médecins, une absence de symptôme vient compliquer les choses. Les hépatites notamment, "sont très difficiles à diagnostiquer parce que ce sont des maladies asymptomatiques", note le CHU de Poitiers. "Lorsqu’elles sont diagnostiquées tardivement ou mal soignées, elles peuvent provoquer de graves complications."

Ces difficultés ne sont clairement pas propres au Covid, puisque comme l'indique Laurence Legout, "le diabète de type 2 peut être détecté uniquement sur la mesure du taux de sucre dans le sang" et "l'hypertension artérielle non compliquée détectée uniquement par la prise de la pression artérielle". Une maladie coronarienne, enfin, sera "détectée à l'occasion d'une anomalie du bilan lipidique alors que le patient ne souffre d'aucun symptôme cardiaque".

En résumé, le fait que des patients ne développent pas de symptômes n'a rien de spécifique au Covid-19. Le terme "asymptomatique", jusque-là méconnu du grand public et bien mieux connu depuis le début de l'épidémie, s'applique à d'autres pathologies, dont certaines très répandues. Parler de "malades imaginaires" est donc particulièrement trompeur, puisque revenant à suggérer que les personnes contaminées mais ne présentant pas de signe visible de la maladie ne seraient pas source de contamination pour autrui. Il faut enfin noter que le mode de transmission du Covid-19 le rend potentiellement plus dangereux, sa transmission s'effectuant en premier lieu par les voies respiratoires.

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