Des résidus toxiques dans les couches : "Non, je ne déconseillerai pas aux jeunes mamans de les utiliser"

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BÉBÉ – Après la publication d’une enquête du magazine "60 millions de consommateurs" révélant la présence de plusieurs substances toxiques dans les couches des nourrissons, le Dr François Hubert, toxicologue, se veut plutôt rassurant.

Des composés organiques volatils irritants et neurotoxiques, du glyphosate classé comme cancérogène probable, des hydrocarbures toxiques… Toutes ces substances "à la toxicité suspectée ou avérée" ont été retrouvées dans les couches-culottes destinées aux jeunes enfants. Des résultats publiés ce mardi 24 janvier par le magazine 60 millions de consommateurs qui ont de quoi faire froid dans le dos aux jeunes parents.


Alors, les fesses de bébé sont-elles en danger ? L’enquête de la journaliste Victoire N’Sondé mentionne bien qu’il s’agit de faibles doses. Mais elle note aussi que l’exposition des plus petits est multiple. C’est le cas des composés organiques volatils, connus pour irriter la peau, les muqueuses et même les parois pulmonaires, qui se retrouvent aussi dans les meubles agglomérés ou dans les cosmétiques. Même si les risques à long terme ne sont pas prouvés scientifiquement, "cela fait beaucoup d’incertitudes", déplore l’auteure de l’enquête. Autant de raisons qui poussent le magazine à réclamer une "tolérance zéro". 

Des conditions d’extraction qui sont à des années-lumière de l’utilisation réelle des couches" Dr François Hubert

Mais tous les professionnels de santé ne semblent pas être du même avis. C’est le cas du Dr François Hubert, un expert en toxicologie indépendant. "Après avoir lu l’enquête de 60 millions de consommateurs, je ne déconseillerai pas aux jeunes mamans de les utiliser", affirme-t-il à LCI.  Si le toxicologue ne conteste pas les résultats des analyses, il émet quelques réserves sur la philosophie du procédé.


60 millions de consommateurs a obtenu ses résultats après avoir broyé et mixé 12 références de changes jetables de trois tailles différentes. "Mais mixer implique de chauffer et de distiller de manière à faire apparaître toutes les substances qui composent le produit, souligne notre interlocuteur. Des conditions d’extraction qui sont à des années-lumière de l’utilisation réelle des couches." Le toxicologue regrette ainsi que l’analyse des risques n’ait pas été plus poussée.

Toutes les substances sont réglementées mais...

De plus, "certaines des concentrations relevées sont infiniment inférieures à ce qui pourrait être dangereux pour la santé des nourrissons, souligne encore le Dr Hubert. Toutes les substances sont réglementées et les résidus relevés sont quelques milliers, voire quelques millions de fois plus faibles que la dose tolérable."


Un constat partagé par l’auteure de l’enquête, mais qui semble loin de la rassurer. "Aucune évaluation des risques n’a été faite dans cette utilisation précise, indique Victoire N’Sondé. Les seuils réglementaires ne concernent pas une exposition toute la journée, toute la nuit, pendant deux ans." Sans compter qu’il s’agit des muqueuses et non de l’épiderme des enfants. Mais si le principe de précaution doit primer pour les associations comme Love and Green, qui a publié une enquête similaire en octobre dernier, d’autres auront besoin de davantage de preuves avant de conseiller de mettre les plus jeunes au vert. 

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