Devra-t-on se faire vacciner chaque année contre le Covid-19 à l'avenir ?

Des rappels de vaccins ne sont pas à exclure dans le futur.

LES VÉRIFICATEURS AVEC L'INSERM - Des internautes ont sollicité la rédaction de LCI pour savoir si se faire vacciner contre le Covid-19 serait nécessaire chaque année dans le futur. Réponse avec l'experte de l'Inserm et infectiologue Odile Launay.

Soucieuse de lutter au quotidien contre les fausses informations, l'équipe des Vérificateurs a noué un partenariat avec l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Objectif : interroger les chercheurs les plus aguerris et répondre aux questions que se posent les internautes sur le coronavirus et la vaccination. 

Aujourd'hui, nous traitons la question de Laure, envoyée à notre adresse e-mail lesverificateurs@tf1.fr. Elle nous demande s'il faudra "se refaire vacciner tous les ans comme pour la grippe".  

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Un vaccin chaque année ?

Infectiologue, Odile Launay occupe un rôle de coordinatrice pour Covireivac, la plateforme d’essais vaccinaux de l’Inserm. Sollicitée par LCI, elle précise d'emblée qu'avec le Covid-19, "on n'est pas exactement dans le même cas de figure qu'avec la grippe, pour laquelle on revaccine en partie pour s'adapter aux nouvelles souches". La question qui se pose à ses yeux est la suivante : "Les vaccins aujourd'hui autorisés, dont l'action se dirige vers la protéine spike, vont-ils demander que l'on se vaccine à nouveau pour adapter notre réponse immunitaire ?" On sait, rappelle la spécialiste, que le virus peut muter, et donc qu'à l'avenir il deviendra "potentiellement moins bien ciblé"

Des variants, nous avons commencé à l'observer, "commencent à émerger", si bien que "l'on se demande aussi combien de temps va durer l'immunité des vaccins". Pour le moment, celle-ci "semble supérieure à la grippe, avec une protection maintenue sur un plus long terme". Une bonne nouvelle, même si l'on ignore encore en partie "quelle est la mémoire immunitaire". Certains vaccins, rappelle Odile Launay, apportent "une protection plus longue" que d'autres.

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Si l'on veut schématiser, gardons à l'esprit que les mutations d'un virus sont un processus naturel. Et que certaines mutations sont susceptibles de transformer les cibles des vaccins, qui peuvent alors se révéler moins efficaces. Par chance, contrairement à d'autres virus, le SARS-CoV-2 mute assez lentement, ce qui augmente les chances de fonctionnement des vaccins à moyen terme. "Dans les mois qui viennent, nous disposerons de plus d'éléments", explique l'experte de l'Inserm, "des connaissances qui nous permettront d'affiner notre organisation pour le futur". 

Des variants qui changent la donne ?

Avec un virus qui n'évoluerait quasiment pas, un vaccin permettrait de protéger les populations pour des durées notables. Mais l'arrivée des variants rebat les cartes. "Avec le vaccin d'AstraZeneca, l'efficacité semble moindre sur le variant sud-africain", glisse Odile Launay, "alors que ceux à ARN ou celui développé par le laboratoire Janssen ne perdent pas autant de leur efficacité".

Dans le futur, il est donc tout à fait probable qu'il faille prévoir des rappels à intervalles réguliers. "Il est vrai qu'aujourd'hui on a des inquiétudes sur les capacités qu'aurait une vaccination pour assurer une protection sur le long terme, d'autant que les variants sont susceptibles de changer la donne", reconnaît l'infectiologue. "On parle néanmoins de vaccin qui sont plus efficaces que ceux contre la grippe : on part de plus haut en matière de protection et aussi de concentrations d'anticorps dirigés contre le virus grâce au vaccin", ce qui signifie que des rappels annuels ne seraient pas forcément indispensables. 

Il est tout à fait possible que ceux-ci soient plus éloignés dans le temps. Odile Launay évoque "les rappels pour le vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la polio", effectués "tous les 20 ans ou 10 ans". En fonction de l'âge, du "terrain" immunitaire, ces rappels pourraient être plus rapprochés. Chez les personnes âgées, "ils sont d'ailleurs plus fréquents", note la spécialiste. En l'état actuel des connaissances, elle estime que "personne ne peut prédire l'impact exact des vaccins" aujourd'hui distribués. "L'enjeu est déjà d'arriver à vacciner une large part de la population."

Aussi des pistes pour un futur traitement

Le monde de la recherche travaille en tout cas d'arrache-pied pour développer des vaccins efficaces, sur le long terme notamment. "Des travaux sont menés pour mettre au point des vaccins adaptés aux variants, mais l'on observe aussi que les chercheurs travaillent à des vaccins de 2e génération, qui vont essayer de développer une immunité vers d'autres parties du virus, moins sujettes aux mutations." L'infectiologue ne néglige pas non plus la possibilité qu'un traitement voit le jour, même si "la recherche dans le domaine des antiviraux est généralement assez longue". Pour l'heure, "aucun médicament antiviral n'a montré son efficacité contre le virus", mais il est possible que des résultats soient un jour obtenus. C'est un "travail de plus longue haleine, et qui sera décalé par rapport au vaccin dans le temps", résume Odile Launay.

En résumé, il est donc probable que des rappels de vaccins contre le Covid-19 soient nécessaires à l'avenir pour se protéger du virus. Une hypothèse d'autant plus envisageable que des variants se développent, susceptibles de diminuer l'efficacité des vaccins existants. En revanche, il est trop tôt pour le certifier, tout comme il est difficile de prédire à quelle fréquence ces rappels seraient utiles et préconisés. L'efficacité des vaccins, plus élevée que dans la lutte contre la grippe, ajoutée aux mutations assez lentes observées jusqu'à présent, constituent des motifs d'espoir pour les chercheurs, qui ne négligent pas les pistes menant à la constitution de traitement dans le futur. 

Vous souhaitez nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr

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