Didier Raoult poursuivi pour "charlatanisme" par l’Ordre des médecins

Promoteur enthousiaste de l'hydroxychloroquine pour lutter contre le Covid-19, le professeur Didier Raoult est poursuivi par l'ordre des médecins des Bouches-du-Rhône. Mais que lui reproche-t-on précisément ? Et surtout, que risque-t-il ?

PLAINTE - Après une nouvelle plainte, le médiatique microbiologiste de Marseille accusé d'"information erronée du public", va devoir s'expliquer devant ses pairs et s'expose à une sanction exemplaire.

Didier Raoult, d'idole à "charlatan" ? Le microbiologiste à la renommée mondiale, directeur de l'Infectiopole (IHU) de Marseille, est poursuivi par l'Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône qui lui reproche plusieurs entorses au code de déontologie liées à la promotion de l'hydroxychloroquine pour lutter contre le Covid-19. Son avocat a confirmé cette poursuite à LCI.

La Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF), association de 700 membres, avait notamment saisi en juillet l'Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône contre le médecin, qu'elle accuse d'avoir indûment promu l'hydroxychloroquine, et enfreint au moins neuf articles du code de déontologie médicale. Les poursuites engagées par le conseil de l'Ordre des médecins font suite à cette saisine mais aussi à plusieurs signalements de patients et médecins, selon Le Parisien-Aujourd'hui en France, qui a révélé ce nouveau rebondissement dans les polémiques entourant le Pr Raoult et l'hydroxychloroquine. 

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Un collectif composé de cinq médecins hospitaliers estime notamment que le discours du Pr Raoult "s'oppose aux données et résultats scientifiques". Pour eux, le célèbre infectiologue est allé "jusqu'à prôner et prescrire des thérapeutiques et associations médicamenteuses non éprouvées, au minimum inefficaces, au pire dangereuses". Le Parisien-Aujourd'hui en France évoque aussi parmi les plaignants, un professeur de mathématiques exerçant en collège qui critique le manque de fiabilité de l'essai clinique mené à l'IHU de Marseille.

"Il ne risque absolument rien dans ce contexte"

L'Ordre des Bouches-du-Rhône avait convoqué le professeur le 6 octobre, avant de décider en assemblée plénière de porter plainte, pour "information erronée du public, exposition à un risque injustifié et charlatanisme" selon le quotidien. Le professeur en a été avisé par courrier ce lundi. 

"Tout ça est petit, on est dans un débat de petits", a réagi ce jeudi sur LCI son avocat, Me Fabrice Di Vizio. Selon lui, "l'ordre des médecins a choisi de donner crédit à une frange radicale de la médecine, il n'en ressortira rien, Didier Raoult sera relaxé". Et d'insister : "Cette affaire va se dégonfler comme un ballon de baudruche, il ne risque absolument rien dans ce contexte".

Présentant son client comme "quelqu'un de cohérent, de constant qui est une sommité internationale et qui ne se laisse absolument pas impressionner", le conseil du médiatique microbiologiste de Marseille a ajouté que ce dernier "a hâte de s'exprimer devant ses pairs, de justifier de ses travaux". 

Une audience dans quelques mois ?

Composée de membres élus, l'Ordre des médecins, présidé par un magistrat administratif, peut pourtant pour rappel prononcer des sanctions allant jusqu'à la radiation.  

Selon la procédure prévue dans pareil cas, la chambre disciplinaire de l'ordre régional doit dans un premier temps instruire la plainte, c'est à dire trancher sur sa recevabilité notamment au travers de l'examen des griefs. Le cas échéant, dans le cadre de la procédure écrite, le conseil départemental de l’ordre des médecins aura à rédiger un mémoire, tout comme les avocats de Didier Raoult aussi. A noter que la chambre disciplinaire n’a pas de pouvoirs de police ou d’enquêteurs. Le microbiologiste controversé devrait alors comparaître devant la chambre disciplinaire de l'ordre régional dans les mois qui viennent. Le délibéré, lui, interviendra quelques jours plus tard. 

Ce jeudi matin, avant que l'avocat de Didier Raoult ne confirme cette plainte de l'Ordre des médecins des Bouches-du-Rhône, le professeur Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à la Pitié-Salpêtrière, avait lui même appelé à "un devoir d'honnêteté", citant nommément le nom du microbiologiste marseillais, parmi d'autres. 

"Nous avons une poignée de personnes, pas que des médecins, qui tiennent depuis plusieurs mois des propos que je qualifierais effectivement d'irresponsables", a-t-il estimé. Et d'ajouter: "cette poignée de personnes commet erreur après erreur, ne corrige jamais, n'admet jamais rien et verse dans le complotisme". Avant de citer nommément des médecins "rassuristes", responsables de la deuxième vague : Christian Perronne, chef du service des maladies infectieuses de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine), Jean-François Toussaint, spécialiste en physiologie et épidémiologie du sport, Laurent Toubiana, épidémiologiste, "et même notre professeur Didier Raoult qui commet erreur après erreur". 

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