Est-ce obligatoire ? Qui pourra le modifier ? Qui y aura accès ? Le dossier médical partagé en 6 questions

Santé
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CARNET DE SANTÉ 2.0 – La ministre de la santé Agnès Buzyn annonce mardi 6 novembre la généralisation du dossier médical partagé, sorte de carnet de santé en ligne destiné à faciliter le partage d’informations entre soignants. Pour qui ? pourquoi ? y a-t-il des risques ? On vous explique.

Le dossier médical partagé, c’est quoi ?

Le dossier médical partagé, ou DMP, anciennement dossier médical personnel, est une sorte de carnet de santé numérique.


Il conserve les informations de santé du patient : son historique de soins des 24 derniers mois, ses résultats d’examens, ses antécédents médicaux, ses comptes rendus d’hospitalisations, etc. 


Comme son nom l’indique, ce dossier est partagé avec le médecin traitant, et tous les professionnels de santé jugés utiles par le patient : infirmier, kinésithérapeute, etc.


Pour Agnès Buzyn, cet outil est "indispensable à la médecine de demain" : il "doit devenir demain une évidence pour tous les Français, comme l'est devenue la carte Vitale", a déclaré la ministre de la Santé au moment de lancer la généralisation du DMP, mardi 6 novembre.

Quel est l’intérêt ?

Agnès Buzyn vante un "outil de partage d'information pour faire de la meilleure médecine", avec "des gains de temps, peut-être des économies" à la clé. 


L’avantage du dossier partagé, c’est avant tout de permettre la centralisation des données au sein d’un seul espace. Le DMP a ainsi vocation à éviter les interactions médicamenteuses dangereuses (en cas d’allergies par exemple) ou les actes redondants et donc inutiles.


En cas d’urgence, un accès rapide à ce dossier pourra améliorer l’efficacité de la prise en charge. Si le risque est immédiat pour le patient, un professionnel de santé pourra accéder au DMP de ce dernier, si celui-ci ne s’y est pas opposé au préalable.

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Pour Agnès Buzyn, le dossier médical partagé "est la médecine de l'avenir"

Est-ce obligatoire ?

Lundi, la ministre de la Santé a invité tous les Français à "se faire ouvrir un DMP". L'objectif est d’ouvrir 40 millions de ces DMP en 5 ans.


"Notre objectif est de faire que dans les deux-trois prochaines années, le DMP devienne une réalité pour tous les assurés sociaux de ce pays et l'ensemble des professionnels de santé", a déclaré Nicolas Revel, le directeur général de l'Assurance maladie.


Il est d’ores et déjà possible de créer son carnet en ligne, sur le site dmp.fr, et de télécharger l’appli mobile dédiée. Il est aussi possible d’ouvrir son dossier auprès des établissements de santé et des professionnels, comme les pharmacies.


Gratuit, ce dossier n’est pas obligatoire, et sa création ou non "n’a pas d’impact sur les remboursements", indique le site dmp.fr.

Pourquoi une première version du DMP a-t-elle été abandonnée ?

Pas du tout. L’idée d’un carnet de santé numérique a été évoquée pour la première fois en 2004 par Philippe Douste Blazy, l’un des prédécesseurs de Mme Buzyn.


Mais la mesure est restée au point mort malgré son coût :  35 millions d’euros entre 2012 et 2017, selon un rapport de la Cour des comptes. Les professionnels de santé ont notamment boudé la précédente version du DMP, jugée peu ergonomique et chronophage.


Conformément à la loi santé de Marisol Touraine, c’est l’Assurance maladie qui s’occupe du DMP depuis 2016, et qui en a réalisé une nouvelle mouture.


Elle a déjà été expérimentée dans 9 départements depuis fin décembre 2016 :  le Bas-Rhin, la Somme, l'Indre-et-Loire, les Pyrénées-Atlantiques, la Haute-Garonne, le Val-de-Marne, les Côtes-d'Armor, le Puy-de-Dôme et le Doubs. Au total, au début de l’été 2018, plus d’1,2 million de DMP étaient déjà ouverts selon l’Assurance maladie.

Qui peut consulter mon dossier ?

L’accès au DMP est "hautement sécurisé", assure le site dmp.fr. Seuls les professionnels de santé autorisés, comme votre médecin traitant ou pharmacien, peuvent le consulter, et vous pouvez à tout moment supprimer une autorisation, ou masquer certains documents. 


Par ailleurs, une "matrice d’habilitation" définit qui peut consulter quoi : "un pédicure podologue ne peut pas accéder à vos comptes rendus d’hospitalisation". A l’hôpital, les secrétariats d’accueil et les agents administratifs ne peuvent pas consulter votre dossier. Pas d’accès aux données non plus pour l’Assurance maladie, ni la médecine du travail. Les assureurs ou les banques ne peuvent en aucun cas avoir accès au DMP en cas de dossier de crédit par exemple.


Par ailleurs, il est possible de voir qui prend connaissance de son dossier, grâce à un historique des accès. Enfin, il est aussi possible de fermer à tout moment son dossier médical partagé.

Y a-t-il un risque de piratage ?

Comme pour toute donnée en ligne, le risque d’un piratage n’est pas exclu. Les données médicales attirent d’ailleurs de plus en plus les pirates informatiques. Et pour cause : elles sont ensuite facilement revendues. En mars 2015, les serveurs des laboratoires d'analyse biologique Labio ont ainsi été piratés par un groupe de hackeurs, Rex Mundi, qui a ensuite exigé une rançon.


Regroupant quantité de données médicales en France, le DMP va représenter une cible de choix. Tout l’enjeu pour l’Assurance Maladie sera donc de garantir la meilleure sécurité possible.

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