Douillets ou durs au mal : comment expliquer nos différences de perception de la douleur ?

Santé

INTERVIEW – Tout le monde y est confronté, mais ne la ressent pas forcément de la même manière. La sensation de douleur, signal d’alerte envoyé par le corps au cerveau, peut être largement augmentée ou diminuée en fonction de plusieurs critères. Comment l’expliquer ? Un spécialiste de l'Inserm répond à nos questions.

Ressent-on tous de la même manière la douleur ? Cette semaine, des chercheurs américains ont publié une étude expliquant le rôle joué par le cerveau dans la sensation de douleur. Une zone du cerveau, appelée l’amygdale centrale, serait selon eux à l’origine de nos différences de perception de la douleur. Mais en fonction de quoi celle-ci varie-t-elle ? Comment l’expliquer scientifiquement ? Comment la mesure-t-on ? La douleur étant un signal d’alerte envoyé par le corps, est-ce dangereux de ne pas la ressentir ? 

LCI a posé ces questions à Didier Bouhassira, chercheur en physiopathologie et pharmacologie clinique de la douleur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

LCI : Est-on tous égaux face à la douleur ?

Didier Bouhassira : D’une certaine façon, nous sommes inégaux face à la douleur, nous n’avons pas tous la même sensibilité. Certains ont une sensibilité moindre, d’autres une plus grande. Quand on compare les seuils de douleur entre les hommes et les femmes, on constate que les femmes sont plus sensibles à la douleur que les hommes. La différence est minime, mais elle existe. Il existe aussi des petites variations de sensibilité à la douleur selon les individus.

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Comment expliquer scientifiquement la différence de perception de la douleur ?

Elle est liée au fait que l’organisation du système de détection de la douleur est différente selon les individus. Entre les hommes et les femmes, on sait par exemple que les hormones jouent un rôle. L’organisation des circuits de la douleur n’est pas tout à fait identique. Selon les individus, la sensibilité des neurones peut également varier. Mais nous n’avons pas forcément d’explications très précises. En revanche, ce qui est encore plus important, ce sont les variations de sensibilité à la douleur pour chaque individu, en fonction du contexte. 

C'est-à-dire ?

La perception de la douleur d’un seul individu peut par exemple varier en fonction du stress, qui va, en général, plutôt augmenter la sensation de douleur, sauf quand le stress est trop fort et va annihiler la douleur. Il y a aussi l’attention. Si on la porte sur une stimulation douloureuse, il est évident que la douleur augmente. À l’inverse, si on détourne l’attention, le ressenti de la douleur est bien moindre. La douleur est hautement modulable en fonction du contexte, notamment psychologique. Le meilleur exemple, c’est l’effet placebo : on peut supprimer quasiment n’importe quelle douleur avec lui. C’est la preuve de l’existence d’un système de contrôle de la douleur dans notre cerveau, qui peut augmenter ou diminuer la douleur.

Aux âges extrêmes, la sensibilité à la douleur est un peu différente. En général, chez les personnes âgées, elle est plutôt moindre- Didier Bouhassira

Comment mesure-t-on la douleur ?

On la mesure de façon subjective, car il n’y a pas de moyens de le faire de façon objective. On s’appuie toujours sur ce que nous raconte la personne qui a mal. On peut par exemple lui demander de donner une note entre 0 et 10. Les patients arrivent bien à  le faire, mais bien évidemment cette note dépend de chaque patient. Chacun est finalement son propre juge.

La perception de la douleur varie-t-elle en fonction de l’âge ?

Oui, l’âge entre en compte dans la perception de la douleur. Aux âges extrêmes, la sensibilité à la douleur est un peu différente. En général, chez les personnes âgées, elle est plutôt moindre. Chez les tout petits, contrairement à ce que l’on a longtemps pensé, il y a aussi une sensation de douleur. Les systèmes de contrôles de la douleur ne sont pas encore complètement établis, et la sensibilité peut également être augmentée.

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Quels sont les dangers de ne pas ressentir la douleur ?

Ils sont assez importants et dramatiques. Il existe des maladies, les analgésies congénitales, qui sont des insensibilités congénitales à la douleur. Ce sont des enfants qui naissent sans ressentir la douleur. Une des raisons principales est que leurs capteurs de douleur ne se développent pas ou ne fonctionnent pas. Ces enfants ne ressentent alors rien, et c’est extrêmement dangereux puisqu’ils n’ont plus aucun système de protection, et peuvent se blesser ou se faire des fractures sans le ressentir.

De plus, c’est une maladie qui ne se soigne pas, et qu’il faut détecter le plus rapidement possible. Si le diagnostic est confirmé, il faut apprendre à ces enfants à détecter tous les petits signes de leur corps qui montrent que quelque chose ne va pas. Cela peut être le fait que cela gonfle ou que cela devienne rouge. Mais les blessures peuvent être assez dramatiques. Si un enfant ne ressent pas la douleur, il ne pourra par exemple pas détecter une appendicite, et cela peut devenir très grave. C’est donc une maladie très sévère et sérieuse, qui demande une prise en charge complexe.

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