Du cannabis dans les cigarettes électroniques : un phénomène grandissant qui inquiète les médecins

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PHÉNOMÈNE - La cigarette électronique connaît un franc succès depuis quelques mois, aussi bien du côté des consommateurs que des professionnels de santé, qui la considèrent moins dangereuse que la cigarette classique. Néanmoins, comme l'explique "Le Parisien", un marché inquiétant se développe, celui du e-liquide au CBD, une molécule extraite du cannabis.

Depuis maintenant plusieurs mois, nombreux sont ceux qui vantent les mérites de la cigarette électronique, consommateurs mais aussi professionnels de santé. En février dernier, une étude publiée dans la revue médicale "Annals of Internal Medecine" démontrait que cette fameuse e-cigarette était moins toxique que la cigarette classique. Malgré ce plébiscite, un nouveau produit associé à la cigarette électronique pourrait assombrir le tableau. 


En effet, parmi la très large gamme de e-liquides proposés, certaine boutiques et des sites internet proposent ni plus ni moins qu’une substance extraite du cannabis : le cannabidiol, aussi connu sous l’acronyme CBD. Dans son édition de ce mardi, Le Parisien s’est penché sur ce phénomène qui séduit de plus en plus de consommateurs, précisant que la France est l’un des pays européens les plus friands de cannabis, avec près d’1,4 million de fumeurs réguliers et 5 millions en ayant fumé au moins une fois l’an dernier.

Le CBD associé au citron, à la mangue et à la fraise

Le quotidien francilien a d’ailleurs tenté de s’en procurer, sans grande difficulté. En effet, en tapant les simples mots-clés "cbd e-liquid" ou encore "cbd e-cigarette" sur un moteur de recherche, plusieurs dizaines de résultats s’affichent, allant des simples forums de consommateurs aux vendeurs spécialisés sur le web, en passant même par des grandes enseignes en ligne, qui proposent des produits dès 7,99€, pour une dose de 30 mg. Des produits souvent fruits d’association entre le CBD et un parfum plus "grand public", comme la fraise, la menthe, le citron ou encore la mangue.


Dans certaines boutiques parisiennes de vapotage, des rayons entiers sont consacrés à cette gamme de liquides. "C’est un carton, les médecins m’envoient même leurs patients. Cet antistress agit aussi contre les insomnies. Certains de mes clients prenaient des cachets pour dormir, maintenant ils prennent du CBD, ça les détend. C’est incroyable", explique notamment au Parisien une des premières vendeuses en boutique de ces "joints électroniques".

Des effets sur la santé encore méconnus

Fin 2014 déjà, le site Vice se penchait sur l’éventualité de voir arriver les premières vapoteuses au cannabis en France et avait rencontré trois Français prêts à se lancer dans le commerce de ces produits. À l'époque, l'un des associés expliquait notamment sa démarche, et détaillait notamment le principe du CBD et la différence qu'il présente avec le THC, autre composant du cannabis : "Nous ce qui nous motive, c'est de voir comment on peut aider des gens qui souffrent, qui ont des maladies graves, grâce à ces molécules de cannabinoïdes. (...) Le CBD est l'un des 80 cannabinoïdes présents dans la plante de cannabis, dont le plus connu d'entre eux est le THC. La différence avec le CBD, c'est que le THC a un effet psychotique et euphorisant, qui peut amener à de la paranoïa pour les personnes sensibles. À l'inverse, le CBD n'a pas d'effet euphorisant et il est anti-psychotique." 


Néanmoins, les principes de cette molécule sont encore très flous et les professionnels de santé, dont les tabacologues, n'approuvent pas l'utilisation de ce genre de liquides. "On le présente comme un remède miracle qui peut tout guérir. C'est faux. Cela doit cesser", souligne notamment au Parisien Bertrand Dautzenberg, tabacologue à l'hôpital de la Salpêtrière. Du côté des autorités sanitaires, les avis diffèrent. L'agence nationale du médicament (ANSM) s'est positionnée pour l'interdiction de ces cigarettes électroniques au CBD alors que le ministère de la santé estime au contraire que qu'il s'agit d'un produit légal, ne présentant pas de propriété stupéfiante. Cependant, le gouvernement entend encadrer sa vente en le cantonnant exclusivement au vapotage, avec une quantité maximale de 0,2% de THC.

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