Eau en bouteille contaminée par des particules de plastique : faut-il s'inquiéter ?

Santé

INTERVIEW - Polypropylène, nylon, polytéréphtalate d'éthylène (PET) se trouvent dans de nombreuses eaux en bouteilles, selon une étude américaine. LCI a demandé à un toxicologue si ces particules de plastique pouvaient poser un problème pour la santé. Celui-ci se veut plutôt rassurant.

Elles n'ont a priori rien à faire là. Et pourtant, des particules de plastique telles que le polypropylène, le nylon et le polytéréphtalate d'éthylène (PET) notamment, sont présentes  dans de nombreuses bouteilles d'eau. C'est ce que montre l'analyse du contenu de 250 bouteilles de marques différentes, dont Aqua (Danone), Aquafina (PepsiCo), Dasani (Coca-Cola), Epura (PepsiCo), Evian (Danone), Nestlé Pure Life (Nestlé), San Pellegrino (Nestlé) et vendues dans neuf pays tels que les Etats-Unis, le Brésil ou la Thaïlande.

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L'étude conduite par des chercheurs de l'université de Fredonia dans l'Etat de New York et publiée mercredi 14 mars 2018 révèle que 93% des bouteilles analysées contiennent en moyenne 10,4 particules d'environ 0,10 millimètre par litre d'eau. Faut-il pour autant s'inquiéter ? "Tout est question de proportion", assure le docteur François Hubert, expert en toxicologie, joint par LCI. 

LCI : Ces particules peuvent-elle poser un problème pour la santé ?

Dr. François Hubert : A mon avis, il n'y a pas lieu de s'inquiéter. Les proportions annoncées dans l'étude sont quasi nulles. Cela représente 20 particules par jour, pour une personne qui boirait deux litres de l'une de ces eaux. Vous pouvez avaler bien plus de particules en mangeant un sandwich dont vous auriez arraché sans faire attention un petit bout de papier d'emballage ou en buvant un verre de vin dans lequel quelques fragments de bouchon seraient tombés. A des niveaux pareils, le risque est donc faible. Quant à la dangerosité des particules en question, je n'ai pas connaissance d'études la mesurant. Mais vu leur taille, de l'ordre de 100 microns, elles sont beaucoup trop grandes pour pouvoir êtres absorbées par le système digestif. Elles doivent donc se retrouver intactes dans les selles de personnes ayant bu ces eaux.

Rien à voir avec le bisphénol A - Dr. François Hubert

LCI : D'où ces particules peuvent-elles provenir ?

Dr. François Hubert : Je pense qu'il s'agit potentiellement d'une erreur technique de fabrication. Les polypropylènes, nylon et phtalates sont des composants qui ne se dissolvent pas dans l'eau et qui entrent dans la fabrication des plastiques souples utilisés pour fabriquer les bouteilles. En règle générale, et pour autant que je le sache, l'extrusion du plastique voire des bouchons est faite sur la ligne d’embouteillage. Les petits bouts de plastiques présents dans les eaux analysées par les chercheurs -d'une taille environ 10 fois plus grande que celle d'un globule rouge- peuvent provenir de là. Les barbes, c'est-à-dire les excroissances ou bavures liées au process, se retrouvent dans l'eau.

LCI : Peut-on faire un lien avec le bisphénol A, qui étaient présent dans les plastiques alimentaires avant son interdiction en 2015 en France ?

Dr. François Hubert : Non, il ne faut pas mélanger les choses. D'un côté, il y a les particules de plastique, qui, rappelons-le, ne sont pas solubles dans l'eau. De l'autre, le bisphénol, qui est un disrupteur hormonal (c'est -à-dire une substance susceptible d'agir sur l'équilibre hormonal : ndlr). Ces deux types de produits n'ont donc rien à voir.

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